Nechama Cheli

L'amour véritable

Les sages juifs sur la vie familiale Ce n'est un secret pour personne : la crise du mariage s'aggrave de plus en plus dans le monde entier ; les liens familiaux se distendent, l'amour et la chaleur dans les relations entre époux se font de plus en plus rares. Quelle en est la cause ? Serait-ce parce que les gens sont incapables de satisfaire leurs passions sans cesse croissantes…

L'amour véritable

Les sages juifs sur la vie familiale

Ce n'est un secret pour personne : la crise du mariage s'aggrave de plus en plus dans le monde entier ; les liens familiaux se distendent, l'amour et la chaleur dans les relations entre époux se font de plus en plus rares. Quelle en est la cause ? Serait-ce parce que les gens sont incapables de satisfaire leurs passions et leurs sentiments toujours plus intenses ? Pourtant, de nos jours, dans le « monde libre », les gens n'ont honte d'aucun penchant, n'en cachent aucun et satisfont ouvertement tous leurs désirs. Et pourtant, l'amour véritable et durable reste toujours introuvable. Pourquoi ?

Nos sages ont dit[1]: « Tout amour qui dépend de quelque chose [est passager] : cette chose (cette condition) disparaît, et l'amour disparaît lui aussi. Mais l'amour qui ne dépend de rien (inconditionnel) ne s'éteint jamais. Quel exemple d'amour “conditionnel” [connaît-on] ? L'amour d'Amnon et de Tamar[2]. Et d'amour “inconditionnel” ? L'amour de David et de Yonathan[3]». Ces paroles nous révèlent le principal secret de l'amour. Un mari et une femme qui souhaitent — et qui ne le souhaiterait pas ? — un amour durable et la paix dans leur foyer doivent éprouver l'un pour l'autre un amour inconditionnel. Souvent, l'attirance sexuelle est la cause principale de l'amour, même si nous n'en avons pas conscience. Rien d'étonnant à ce qu'un tel amour « dépendant », « conditionnel », s'éteigne peu à peu et finisse par disparaître complètement.

Le Tout-Puissant, Créateur de l'être humain, « connaît » sa psychologie et sa physiologie, puisqu'Il a créé à la fois notre corps et notre âme. Grâce à cette connaissance, Il sait aussi comment nous aider à apprendre à nous aimer d'un amour véritable. « Rabbi Méïr dit : “Pourquoi la Torah a-t-elle fixé à sept jours la durée [de l'état] de nidda ? Parce que [le mari] s'habitue à elle (sa femme) et qu'elle finit par le lasser. La Torah a dit : qu'elle soit impure pendant sept jours, afin qu'[ensuite] elle soit désirée par son mari comme au moment d'entrer sous la ‘houppa” »[4]. À une période sans intimité physique succède la reprise de cette intimité, et c'est véritablement un renouvellement des sentiments, qui aide à éviter la monotonie et la routine dans la relation et, par conséquent, l'extinction de l'amour. En outre, la période de nidda, pendant laquelle toute proximité physique est interdite aux époux, constitue pour eux une sorte d'école de l'amour véritable. C'est précisément à ce moment-là que les époux établissent et renforcent un lien plus élevé que l'intimité physique, fait d'échanges spirituels et affectifs et d'expériences partagées ; ils construisent un amour « qui ne dépend de rien ». C'est là le seul moyen de rendre l'amour durable.

L'amour des parents pour leurs enfants et l'amour entre frères et sœurs, naturels et instinctifs, n'ont bien entendu nul besoin d'intimité physique. Cet amour est en lui-même fort et profond. De même, un amour véritable entre époux n'exige pas de relations intimes ininterrompues, même si, pour construire une relation pleine et entière entre mari et femme, l'intimité physique est bien sûr importante en tant que fondement de leur relation et de leur proximité spirituelle. Mais une intimité physique sans interruptions ni limites peut, au contraire, être nuisible, tandis que sortir de la routine de la relation corporelle peut favoriser le rapprochement des âmes.

Bien entendu, l'explication donnée ci-dessus n'est pas la seule raison des lois de nidda, qui relèvent, comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, de la catégorie des « ‘houkim », c'est-à-dire des lois dont nous ne pouvons saisir pleinement le sens. Mais c'est l'une des significations que nos sages nous ont révélées.

Il ressort clairement de ce qui précède que les lois de séparation pendant la période de nidda ont pour but non de séparer les époux ou de les éloigner l'un de l'autre, mais, au contraire, d'apporter de la fraîcheur et du renouveau à leurs sentiments, de leur permettre de revivre chaque mois les joies du jour de leur mariage. C'est précisément cela qui peut faire de leur foyer un édifice éternel.

L'amour et l'attirance que les époux éprouvent l'un pour l'autre sont si importants aux yeux du Tout-Puissant qu'Il S'est Lui-même soucié des détails de la rencontre du premier couple au monde. Le Talmud de Babylone[5] dit qu'avant d'amener ‘Hava à Adam, le Tout-Puissant l'a coiffée « de Ses propres mains » !

[1] Pirké Avot, 5:19.

[2] Tanakh, Chmouel II, 13. Amnon aimait Tamar pour sa beauté. Après être parvenu à avoir des rapports avec elle, il la prit en haine.

[3] Chmouel I, 18. David et Yonathan étaient fidèles et dévoués l'un à l'autre, bien qu'ils fussent tous deux prétendants au trône royal.

[4] Traité « Nidda », 31b.

[5] Traité « Berakhot », 61a et ailleurs.