Rabbanite Esther Offengenden
Les problèmes d’argent sont souvent à l’origine de conflits. Par exemple, j’ai reçu cette question :
Est-il vrai que, dans le monde harédi, il est mal vu qu’une femme gagne plus que son mari ?
Répondons d’abord directement à la question : non.
C’est faux. C’est même, dans une certaine mesure, un non-sens. Imaginez, par exemple, qu’une épouse veuille prendre en charge les besoins matériels de la famille pour que son mari puisse se consacrer entièrement à l’étude de la Torah. Est-il possible, dans une telle situation, « que la femme ne gagne pas plus que son mari » ?
Ou prenons une famille d’avrekhim ordinaire : le salaire de l’épouse ne sera jamais inférieur à la bourse que reçoit son mari au kollel…
Comme dans toute autre société, les familles du monde harédi sont diverses : la femme comme l’homme peut gagner davantage, et ils peuvent aussi gagner autant l’un que l’autre. En période de crise, il peut même être admis de ne rien gagner temporairement.
Dans le monde harédi, la responsabilité de subvenir aux besoins de la famille incombe au mari.
Comment assume-t-il concrètement cette responsabilité ? La famille décide-t-elle que le mari gagnera de l’argent, qu’il fera « tourner les guemakhim », que son épouse l’aidera, ou choisit-elle un autre moyen ? La décision appartient à chaque famille.
En réalité, cette question n’a vraiment… rien de « harédi ». Rappelons-nous l’histoire de Rabbi Akiva et de son épouse. Lorsqu’il partit étudier, Rahel ne se contenta pas de vivre seule et de gagner de quoi faire vivre toute la famille : elle vendit aussi ses cheveux pour lui envoyer de l’argent. Ou encore l’histoire d’Ikar et de sa grand-mère. Ou celle de la petite boutique que tenait l’épouse du Hafets Haïm : il ne lui permettait pas de l’ouvrir l’après-midi pour ne pas faire concurrence aux autres. Il existe des centaines d’histoires de ce genre à chaque génération.
Le fait est que l’argent est un sujet entouré de clichés, souvent très contradictoires.
Il serait intéressant d’examiner ce que nous pensons de l’argent et dans quelle mesure cela correspond à la réalité. Par exemple :
L’argent est sale.
On n’a jamais trop d’argent.
Celui qui paie choisit la musique.
Le mari est le chef de famille parce qu’il pourvoit à ses besoins.
Et voilà que nos idées habituelles — qui n’ont rien de harédi ! —, nos peurs et les mythes avec lesquels nous avons grandi se mettent à jouer un rôle important, mais très négatif, dans les relations familiales.
Ajoutez à cela que l’argent est un sujet dont il est mal vu de parler.
C’est inconvenant. Cela manque de savoir-vivre.
Une étude menée en Amérique a montré à quel point on ne parle pas d’argent. Il s’est avéré, par exemple, que les employeurs peuvent sans la moindre difficulté verser des salaires totalement différents à des personnes qui, non seulement font le même travail, mais travaillent aussi dans la même pièce : elles ne le découvriront pas, puisque l’on ne parle pas d’argent.
Dans la famille, il est impossible d’éviter les conversations sur l’argent. Mais ce sujet est-il réellement discuté, ou se contente-t-on de donner des directives, d’exprimer des griefs et des critiques, tandis que l’insatisfaction et l’incompréhension s’accumulent ?
J’ai rencontré des familles dont les problèmes apparaissaient lorsque l’épouse commençait à gagner plus que son mari.
On pourrait se dire : quelle bonne nouvelle ! Il y aura moins de difficultés matérielles, l’épouse pourra éprouver un sentiment de réussite, et le mari se réjouir pour elle.
…Soudain, les mêmes clichés ressurgissent chez tous les deux : stop ! Qui est le maître à la maison ? Peut-on me/le respecter si je ne rapporte pas/s’il ne rapporte pas d’argent au foyer ? Qui fait vivre la famille ? Qui « choisit la musique » ?
Et il s’avère que la question porte sur le pouvoir, la responsabilité et le contrôle, plutôt que sur l’argent.
Ajoutez la difficulté d’en parler ouvertement et calmement : voilà le conflit.
Une autre situation est également possible. Dans la famille, on a tellement peu l’habitude de parler d’argent que l’on découvre que tout repose sur les épaules d’une seule personne. Les choses se sont ainsi « faites », sans que l’on sache trop comment, et l’on ne sait pas quoi faire.
L’argent peut se compter. Mais ce qui importe, ce n’est pas la quantité d’argent : c’est la place que nous pensons avoir et la façon dont nous nous sentons dans notre famille.
Il y a la responsabilité du mari et celle de l’épouse.
Il y a les capacités du mari et celles de l’épouse.
Il y a les possibilités réelles du mari et celles de l’épouse.
Il y a la vie, qui suit son cours, change et nous confronte à de nouvelles tâches.
Dans une famille harédie, les rôles du mari et de l’épouse sont établis. Établis, et non achetés. Nous nous efforçons d’avancer ensemble dans la vie, et savoir qui réussit le mieux au travail n’est pas le facteur le plus important.
Voici quelques exercices que vous pouvez faire :
- Notez sur une feuille le plus possible de proverbes, d’expressions et d’idées concernant l’argent.
- Repérez ceux qui se contredisent. (Par exemple, « l’argent ne fait pas le bonheur » et « le bonheur, c’est être en bonne santé et riche »).
- Soulignez les phrases auxquelles vous et votre conjoint croyez.
- Prenez pour axiome que toute opinion contient une part de vérité. Essayez de discuter des idées sur lesquelles vous divergez.
Bonne chance !
À suivre