Rav Baroukh Froukhter
L'éducation des adolescents : les particularités de la période de transition
Dédié à l'élévation de l'âme d'Ahouva bat Daniel
Qu'est-ce qu'un adolescent ?
Le mot « adolescent » évoque généralement chez chacun de nous certaines images : une silhouette gauche, de brusques sautes d'humeur, des révoltes, un comportement totalement incompréhensible pour nous, adultes… À moitié enfant, à moitié adulte, sans avoir encore pleinement conscience de son rôle et de sa place dans ce monde, notre fils (ou notre fille) qui grandit est un être extrêmement fragile. Il convient de faire preuve d'une prudence particulière dans nos échanges afin de ne pas abîmer, à D-ieu ne plaise, notre relation pour longtemps, voire parfois pour toute la vie.
Précisons d'emblée que nous considérons comme adolescents les enfants de 11-12 à 15-16 ans, avec de légères variations individuelles. Toutefois, l'âge chronologique peut avoir peu de rapport avec la réalité : on peut discuter de grandes questions de la vie avec sa fille de 14 ans et sentir en elle l'intelligence d'une femme adulte de 30 ans, puis, cinq minutes plus tard, voir cette même fille courir se battre avec sa petite sœur pour un sachet de friandises, comme une fillette de 7 ans. Ce conflit intérieur est ressenti non seulement par l'entourage, mais aussi par les adolescents eux-mêmes. L'adulte et l'enfant se livrent en eux une lutte constante, dont l'issue varie ; la maturation émotionnelle et intellectuelle se fait de manière extrêmement inégale, d'où les débordements émotionnels, les comportements illogiques et bien d'autres étrangetés.
La construction de l'identité
On peut énumérer une multitude de problèmes propres aux adolescents, les classer par catégories et par degré d'importance, mais il est difficile de contester que la tâche essentielle de l'enfant qui grandit est de se définir. Pendant plusieurs années, l'adolescent cherche chaque jour une réponse aux questions qui comptent le plus pour lui : « Qui suis-je ? » et « Que suis-je ? ». Dans les articles précédents, nous avons longuement examiné l'importance d'établir un lien émotionnel étroit, une relation de confiance et un dialogue ouvert avec les parents ; autant d'outils qui peuvent grandement faciliter le passage à l'âge adulte et la construction de l'identité. Cela fonctionne particulièrement bien dans une société religieuse relativement homogène, où les parents et leur entourage proche constituent le principal modèle, sans qu'il soit nécessaire de passer par des hésitations, les tourments de l'expression de soi et la recherche de sa place dans le monde. Cependant, tout n'est pas si simple : l'expérience montre qu'à ce stade, les parents, aussi fort que nous le souhaitions, sont loin de représenter une autorité incontestée.
Le plus important : les amis
Les parents doivent comprendre et accepter une réalité objective : en grandissant, les enfants cherchent avant tout à être bien considérés par leurs camarades et leurs amis. Les compliments ou les déceptions des parents passent au second plan. Si le groupe décide que le blanc est noir, c'est ainsi que l'adolescent le verra, et toute tentative d'apprécier lucidement la réalité, avec l'aide de parents aimants et riches d'expérience, bien sûr, se heurtera probablement à un mur d'incompréhension. Ce qui compte le plus pour l'adolescent, c'est son poids dans le groupe, sa place parmi ses amis, leur approbation et leur reconnaissance. Cette dépendance se maintient souvent toute la vie, et l'adulte qu'il devient considérera toujours sa réussite au sein du groupe comme le seul critère de réussite.
Il nous sera utile ici de revenir une nouvelle fois aux articles précédents pour nous rappeler ceci : plus nous avons réussi à renforcer l'estime que notre enfant a de lui-même, plus il y a de chances que cette dépendance envers le groupe disparaisse avec l'instabilité hormonale. À l'inverse, si le lien et la confiance avec les parents sont altérés, tous les problèmes et complexes de l'enfance peuvent s'exacerber à l'adolescence, à D-ieu ne plaise, avec une force terrible. Le passage à l'âge adulte, déjà difficile, devient alors une torture pour l'enfant comme pour ses proches. Il faut également comprendre que, aussi fort que nous le souhaitions, nous ne réussirons pas à changer le groupe : les insolents resteront insolents et les coquettes resteront coquettes ; laissez à leurs parents la responsabilité de leur conduite. Pour nous, l'essentiel est de comprendre à temps les sentiments de notre enfant et, si nécessaire, d'essayer de l'aider à changer de groupe d'amis, puisque l'approbation de ses camarades passe avant tout, afin que le modèle de comportement qui se construit soit aussi proche que possible de celui que nous souhaitons.
Les signes extérieurs du passage à l'âge adulte
Il faut avant tout bien comprendre que la maturation émotionnelle est indissociable des changements physiologiques dans l'organisme de l'enfant. Les hormones de croissance sont trop nombreuses durant cette période et cherchent à s'évacuer par tous les moyens possibles. Parfois, l'excès d'hormones se manifeste sur la peau : ce sont les fameux boutons de l'adolescence, par lesquels l'organisme se débarrasse des substances en excès. Ces boutons se traitent assez facilement avec les soins cosmétiques modernes et disparaissent généralement sans laisser de traces en un mois ou deux, à condition de maintenir une bonne hygiène.
La situation est plus compliquée chez les adolescents dont l'excès d'hormones ne s'évacue pas par les pores de la peau, mais passe dans le sang et y circule pendant quelque temps. Les signes extérieurs de ce déséquilibre hormonal ressemblent beaucoup à une dépression, avec des accès périodiques d'agressivité, des disputes, des comportements insolents, etc. Parfois, les parents ne reconnaissent tout simplement plus leur fils (ou leur fille) idéal, transformé littéralement en une semaine en un monstre inconnu. Il est important que ces parents comprennent qu'il s'agit, là encore, d'une manifestation du dessein du Tout-Puissant et que l'organisme en croissance se débarrasse ainsi, tout simplement, des hormones en excès. Cette situation ne durera probablement, avec l'aide de D-ieu, pas plus de deux ou trois mois, et il n'y a pas lieu de traîner l'adolescent chez le médecin généraliste et de lui donner un calmant. Souvenez-vous que cet état ne se soigne pas : armez-vous de patience et de sagesse, et tenez bon jusqu'à ce qu'il passe.