Nechama Cheli

L’élève de rabbi Preïda : aucune place pour le désespoir !

Il est dit dans le traité Erouvin (54b) que rabbi Preïda avait un élève auquel il répétait l’enseignement 400 fois (il lui répétait chaque chose jusqu’à ce que l’élève la retienne — commentaire de Rachi). Un jour, rabbi Preïda dit à son élève qu’il devrait peut-être interrompre leur étude pour accomplir une mitsva. Pourtant, finalement, il…

L’élève de rabbi Preïda : aucune place pour le désespoir !

Il est dit dans le traité Erouvin (54b) que rabbi Preïda avait un élève auquel il répétait l’enseignement 400 fois (il lui répétait chaque chose jusqu’à ce que l’élève la retienne — commentaire de Rachi). Un jour, rabbi Preïda dit à son élève qu’il devrait peut-être interrompre leur étude pour accomplir une mitsva. Pourtant, finalement, on ne l’appela pas. Il répéta l’enseignement à son élève 400 fois, mais celui-ci ne retint toujours rien. Rabbi Preïda lui demanda ce qui s’était passé. L’élève répondit que, sachant que son maître devrait bientôt partir, il n’avait pas pu se concentrer. Il n’avait cessé de penser que le rav allait partir d’un instant à l’autre et le laisser au milieu de leur étude. « Bien, dit rabbi Preïda, maintenant, concentre-toi, et je vais t’enseigner. » Et il lui répéta l’enseignement encore 400 fois. Alors, une voix céleste (bat kol) se fit entendre et lui demanda : « Que souhaites-tu : que l’on t’accorde encore 400 années de vie, ou que toute ta génération mérite le Monde à venir ? » Il choisit que toute sa génération mérite le Monde à venir, et le Très-Haut dit alors : « Accordez-lui les deux ! »

Cette histoire est connue. Mais une question se pose : comment rabbi Preïda a-t-il su que cet élève avait besoin de 400 répétitions ?

Voici certainement comment les choses se sont passées.

Un Juif frappe à la porte du rav pour lui exposer un problème : son fils est au héder et ne comprend rien à ce qu’il étudie. Les autres enfants étudient la Michna, ils vont bientôt commencer la Guemara, tandis que lui ne connaît même pas encore le Houmach. Ses camarades se moquent de lui, le maître l’ignore presque ; il ne sert à rien de le laisser poursuivre ses études. Lui, le père, a déjà parlé au cordonnier, qui est prêt à prendre son fils comme aide. Seulement, le directeur du héder a dit qu’il fallait obtenir la bénédiction du rav ; voilà pourquoi il est venu.

« Amène-le-moi demain », dit le rav.

Le père amena le garçon, un enfant merveilleux au regard éteint. « Laisse-le ici, dit le rav au père, et reviens le chercher à midi. »

Le père partit, et le rav caressa la tête du garçon avant de lui demander : « Sais-tu lire ? »

« Ça, oui, grâce à D.ieu. » « Et alors, tu étudies déjà le Houmach ? » « Oui, nous avons commencé Vayikra il y a quelque temps, mais je n’ai rien compris… » Une larme roula sur sa joue.

Le rav lui caresse à nouveau la tête. « Commençons. Assieds-toi, je vais t’expliquer. Lorsqu’un Juif commet par erreur une grave transgression de la Torah. Par exemple, il se lève au milieu de la nuit et oublie que c’est Chabbat : il allume par erreur la lumière pour aller boire. Or, le Chabbat, il est interdit d’allumer la lumière, n’est-ce pas ? Il doit alors apporter un sacrifice expiatoire. Très bien. Maintenant, répète ce que je t’ai expliqué. »

« Hein ?… Je ne me souviens pas », répondit l’enfant, embarrassé.

« Ce n’est pas grave, je vais répéter. » Deux fois, trois fois, quatre fois, une cinquième fois : rien.

On peut comprendre le maître du héder, le directeur et le père. On répète une sixième, une septième, une huitième fois. « Faisons une pause, va jouer un peu. » Une neuvième, une dixième fois : « Prends un bonbon. » « Maintenant, répète ce que j’ai dit. » — « Je ne me souviens pas. » Ce n’est pas grave, recommençons depuis le début.

À midi, le père arrive. Le rav l’accueille avec un large sourire ; le garçon, lui, a le regard un peu inquiet (le rav va maintenant dire, lui aussi, qu’il ne comprend rien…).

« Quel fils merveilleux tu as ! dit le rav. Quelle persévérance, quelle application ! Étudier avec lui est un vrai plaisir ! Qu’il rentre manger et se reposer, puis qu’il revienne. »

Après le déjeuner, le garçon revient. Ils répètent trente, quarante fois : rien. Cinquante, soixante : aucune avancée. Soixante-dix, quatre-vingts : une lueur de compréhension, mais sans plus. Cent : une petite pause, puis on reprend.

Deux cents, trois cents : un mur infranchissable. Trois cent cinquante, trois cent soixante… Quatre cents, et un cri de victoire : « Bravo ! Tu vois, tu en es capable, tu as tout retenu ! Je vais écrire un petit mot à papa pour lui dire quel fils intelligent il a ! »

Et ainsi, jour après jour, goutte après goutte… Et s’il n’avait toujours pas su après 400 répétitions ? Nul doute que rabbi Preïda aurait continué à essayer…

Combien d’efforts faut-il donc déployer pour ouvrir à un élève les portes de la Torah ! Nous n’avons pas le droit de désespérer, même s’il nous semble que les « progrès » sont inexistants ou trop faibles.

Et tout ce qui vient d’être dit concerne aussi bien nos élèves que nos enfants, car ce n’est pas sans raison que la Torah appelle les élèves des fils.