Nechama Cheli

L'immense secret des chats

Aujourd'hui, je voudrais parler des chats. Oui, des chats. Un jour, je m'apprêtais à quitter un parking quand j'ai soudain aperçu une chatte — une adorable petite chatte sauvage. La voilà assise au beau milieu du passage, sans le moindre souci. Et moi, je n'ose même pas klaxonner : et si elle faisait un de ces bonds de peur et qu'ensuite une quelconque orga…

L'immense secret des chats

Aujourd'hui, je voudrais parler des chats. Oui, des chats.

Un jour, je m'apprêtais à quitter un parking quand j'ai soudain aperçu une chatte — une adorable petite chatte sauvage. La voilà assise au beau milieu du passage, sans le moindre souci. Et moi, je n'ose même pas klaxonner : et si elle faisait un de ces bonds de peur et qu'ensuite une quelconque organisation de protection des chats sauvages me collait une amende ?

Bien sûr, il est très important de protéger les animaux. Moi-même, je ne leur fais jamais de mal, et j'aime tout ce que le Tout-Puissant a créé dans Son monde. Mais que pouvons-nous apprendre d'un chat ? Car il a son propre secret de chat. Et ce n'est pas l'art de bloquer la sortie d'un parking.

Chez les chats, on observe parfois un comportement intéressant : ils semblent se battre contre eux-mêmes, tournant sur eux-mêmes pour essayer d'attraper leur propre queue. On dirait qu'ils sont sur le point de l'attraper, mais elle leur échappe de nouveau — et cela recommence sans cesse.

Il y a des gens qui agissent exactement de la même façon. Ils restent bloqués à un certain point et se mettent à tourner autour d'eux-mêmes. Ce n'est pas très raisonnable, alors qu'une personne intelligente cherche toujours à aller de l'avant. Nous ne restons pas toute notre vie en première année d'école, nous évoluons.

Un jour, une femme présente à l'un de mes cours est venue me voir et m'a dit : « Tu ne sais pas à quel point je suis émerveillée ! Je ne savais pas que cette mitsva prévenait les maladies, et que celle-là permettait d'être toujours dans la joie. Je comprends qu'il faut renforcer ma pratique. Je me suis engagée à réciter “Acher Yatsar” (la bénédiction après être allée aux toilettes) à pleine voix, avec l'intention qui convient — en reconnaissance du fait que mon corps, grâce à D-ieu, fonctionne correctement. » J'ai revu cette même femme 20 ans plus tard : elle en était toujours au même stade.

Vous comprenez, j'estime beaucoup cette femme — elle a beaucoup de mérite, mais on ne se nourrit pas toute sa vie d'aliments pour bébés : on avance, on grandit intérieurement. On ne peut pas rester bloqué à une seule étape, à une seule bénédiction.

Dans la paracha Choftim, on trouve un conseil pour transformer ce qui t'a donné un élan spirituel en une force motrice, en quelque chose qui te pousse à avancer. Et pour prolonger cette sensation d'élévation, pour entretenir « le feu dans l'âtre ». Et pour ne pas laisser passer ce moment, comme on dit : « Si le fer est chaud, commence à repasser », c'est-à-dire profite du fait que le fer est chaud maintenant, ne le laisse pas refroidir.

Ainsi, il est écrit dans la paracha Choftim : « Tu établiras des juges et des surveillants pour toi à toutes tes portes » (Dévarim 16:18). Le Sfat Emet dit qu'il s'agit ici des portes du cœur : le juge et les surveillants doivent donc se tenir aux portes du cœur lorsqu'elles s'ouvrent sous l'effet d'un élan spirituel. Qui sont, dans ce cas, « le juge et le surveillant » ? Cette expression imagée signifie « transformer ce sentiment d'élévation en actes ». Il arrive qu'une personne se mette à raconter à tout le monde qu'elle doit travailler dans une certaine direction — sur elle-même, sur l'éducation des enfants, sur la paix au foyer — sans aller au-delà des paroles. Il est donc important d'établir des juges et des surveillants qui empêcheront « la vapeur de s'échapper » et la transformeront en énergie motrice.

Je voudrais terminer par l'histoire d'un… éléphant. Un jour, un éléphant rencontra un mille-pattes. L'éléphant fut si stupéfait qu'il demanda au mille-pattes :

— Comment fais-tu pour gérer autant de pattes ? Je ne comprends pas. J'ai déjà du mal à m'en sortir avec mes quatre pattes, et toi, tu en as pas moins de 40 !

Et l'éléphant s'en alla. Environ un mois plus tard, il repassa au même endroit et revit le mille-pattes. L'éléphant lui demanda :

— Mais tu n'as donc pas quitté cet endroit ?

— Oui. Depuis que tu m'as posé cette question, je n'arrête pas de me demander quelle patte je dois avancer maintenant pour ne pas en heurter une autre, pour ne pas m'emmêler, pour ne pas tomber. J'y réfléchis et je m'embrouille de plus en plus. Et je n'arrive plus du tout à bouger !

Ne soyons pas des mille-pattes. Mettons en pratique les enseignements que nous avons entendus et qui nous ont marqués. Qu'un cours qui nous a donné matière à réflexion nous incite aussi à agir.  Et alors, nous pourrons nous voir en mouvement, constater que nous avançons, que nous nous améliorons, au lieu de courir après notre propre queue.

Traduction et adaptation de Mme Zissi Skarjinskaïa