Nechama Cheli

L’incompréhension entre époux

L’incompréhension qui naît entre le mari et la femme du fait de leurs attentes réciproques contradictoires est totale. Ils ne se comprennent littéralement pas. Il n’est pas rare qu’une femme se plaigne : « Pourquoi, chaque fois que je parle à mon mari du bébé qui pleurait sans arrêt, de la b…

Rav Simha Cohen

L’incompréhension entre époux

L’incompréhension qui naît entre le mari et la femme du fait de leurs attentes réciproques contradictoires est totale.

Ils ne se comprennent littéralement pas. Il n’est pas rare qu’une femme se plaigne : « Pourquoi, chaque fois que je parle à mon mari du bébé qui pleurait sans arrêt, de la bouillie qui a brûlé ou de la soupe renversée, réagit-il ainsi : “Laisse tomber ces bêtises, ce n’est rien !” Pourquoi ne prend-il pas au sérieux ce que je lui raconte ? » Elle ne peut même pas imaginer qu’en réalité, il ne lui vient pas à l’esprit de ne pas prendre au sérieux sa femme et ce qui lui arrive.

Au contraire, il veut l’aider, il veut atténuer sa souffrance. En qualifiant ses problèmes de « broutilles », il veut en réalité lui dire : « C’est dommage que cela te préoccupe et te pèse. En fait, il ne s’est rien passé qui mérite que tu t’en fasses et que tu y consacres ton énergie. » Mais elle a précisément besoin que son mari reconnaisse qu’il s’est produit quelque chose de pénible pour elle. Or elle ne l’entend pas ; elle entend le contraire : rien de grave ne s’est passé, on peut passer au sujet suivant.

La bonne réaction du mari doit se dérouler en deux étapes.

Dans un premier temps, il faut exprimer sa solidarité face aux problèmes de son épouse : ta douleur est très pénible. Tu es très fatiguée, et c’est difficile. Aujourd’hui, il fait vraiment très chaud. Dans un second temps, un peu plus tard, il faut engager avec elle une conversation sur les mesures qui pourraient atténuer ces difficultés. Sans adopter une posture de donneur de leçons, mais en partenaire qui entend ses remarques et ses problèmes. Ainsi, le mari répondra à ses besoins : il exprimera sa solidarité face à ses difficultés, lui apportera son soutien d’homme et s’efforcera de trouver avec elle une solution à ses problèmes.

Qui doit faire un pas vers l’autre ?

Si vous posez cette question : puisque le mari a besoin de voir sa femme heureuse, de l’entendre dire qu’elle se sent bien et qu’elle éprouve du plaisir, tandis qu’elle a besoin de se plaindre auprès de lui de ses difficultés et de sa souffrance, lequel des deux doit proposer un compromis pour résoudre ce conflit d’intérêts ?

Le mari doit-il agir en fonction des besoins de sa femme et lui donner raison, ou est-ce plutôt à la femme de se retenir et de mettre fin au flot de propos négatifs qui déplaît à son mari ?

Dans ce cas, il est clair que c’est bien le mari qui peut et doit dépasser ses propres sentiments et permettre à son épouse de se plaindre, d’exposer ses problèmes, les écouter attentivement et lui témoigner de la compréhension. Il est important de savoir que les femmes qui n’ont pas la possibilité de parler de leurs problèmes peuvent sombrer dans la dépression.

C’est pourquoi, lorsque sa femme lui parle de ses difficultés et de ses problèmes, le mari doit réagir comme il convient et confirmer que les faits qu’elle expose témoignent effectivement de difficultés réelles. Bien plus, il devrait même, dans une certaine mesure, exagérer le problème.

Revenons à l’exemple précédent. Lorsque la femme dit : « Je suis fatiguée », il serait juste et approprié que son mari réponde : « Il ne fait aucun doute que ton travail te fatigue beaucoup. Je pense que, si je devais faire chaque jour tout ce que tu fais, j’aurais depuis longtemps fait une dépression nerveuse. » Lorsqu’elle se plaint d’une chaleur insupportable, il est important que son mari reconnaisse ce qu’elle ressent et accentue même, par ses paroles, la description de ses difficultés. Par exemple : « Oui, aujourd’hui, il fait vraiment très chaud ; j’ai l’impression que c’est l’un des jours les plus chauds de la saison. »

Si elle se plaint d’une souffrance physique ou morale, il est très important qu’aucune minimisation de ses tourments ne transparaisse dans sa réaction.

Au contraire, il devrait en accentuer quelque peu l’appréciation : « C’est vraiment très douloureux et particulièrement désagréable. » Lorsqu’elle raconte ses problèmes avec les enfants ou au travail, il est important que son mari reconnaisse que ses sentiments négatifs sont justifiés et correspondent aux difficultés auxquelles elle doit faire face.

Parfois, lorsque son mari commence à souligner et à exagérer ses difficultés et ses souffrances, la femme peut, au contraire, « faire marche arrière » et dire que tout n’est pas si terrible : « J’ai vraiment un peu chaud aujourd’hui, mais ce n’est pas grave, on survivra », ou « J’ai mal, mais ce n’est ni nouveau ni inconnu ; cela passera », « Oui, j’ai vraiment du mal avec les enfants, mais, en réalité, ils sont adorables ; D.ieu merci, nous avons des enfants aussi merveilleux. »

Lorsqu’elle dit que ses souffrances ne sont pas aussi terribles que son mari le prétend, ce ne sont pas des paroles en l’air : son soutien moral a réellement atténué sa souffrance.

Des études psychologiques ont montré que le niveau de souffrance diminue considérablement lorsque l’on accorde de l’attention à la personne qui souffre et qu’on lui témoigne de la solidarité et de la sollicitude.

Si le mari rentre à la maison en sachant que sa femme ne se sentait pas bien depuis le matin, il devrait prendre lui-même de ses nouvelles avant qu’elle ne commence à se plaindre. Son intérêt sincère pour elle l’aidera non seulement à surmonter ses difficultés, mais il lui sera aussi plus facile d’écouter ses problèmes si elle les raconte en réponse à sa question.

Peut-être ces suggestions — accepter et reconnaître les difficultés vécues par leurs femmes — sembleront-elles contraires à la logique à certains hommes.

Ils ressentent intérieurement les choses ainsi : « Si je reconnais avec ma femme qu’elle va mal, ce sera encore plus difficile pour elle ; mes paroles ne feront qu’intensifier ce qu’elle ressent. » Ou : « Si je confirme qu’il existe une raison valable à sa fatigue, elle se sentira encore plus fatiguée. » Mais l’expérience montre que le résultat sera exactement inverse : plus la femme sent que son mari accepte et reconnaît ce qu’elle ressent, plus elle se sent soulagée. Le mari doit effectivement reconnaître que c’est difficile pour elle.

Mais leur relation ne sera pas parfaite si l’épouse, de son côté, ne s’efforce pas de se maîtriser et se met à parler de ses problèmes et  de ses déceptions sans aucune limite, même dans des situations où elle ne devrait pas le faire.

Il faut donc savoir qu’il ne convient pas de parler de ses problèmes à son mari au moment où il entre dans la maison, ni lorsqu’il fait quelque chose pour le foyer ou la famille. Ni dans les moments de joie et de bonne entente. Au contraire, la femme doit se rappeler qu’il souhaite entendre combien elle se sent bien, combien elle est satisfaite et heureuse.

Nous exprimons notre profonde reconnaissance à la maison d’édition « Michpa’ha ke-Halakha » (www.mishpacha.ru) pour l’autorisation de publier des chapitres du livre « Le Foyer juif ».