Nechama Cheli

L'influence de l'entourage — que faire ?

Première partie Tout le monde connaît probablement la parabole populaire originaire d'Orient sur le grand-père, le garçon et l'âne. Un vieux meunier avançait sur un âne, et son petit-fils marchait à côté. Mais les gens n'ont pas apprécié : le vieil homme était monté, tandis que le petit garçon marchait. Le grand-père est descendu de l'âne et y a fait monter son petit-fils, mais les gens n'ont de nouveau pas apprécié. Ils ont alors essay…

Rabbanite Léa Gans

L'influence de l'entourage — que faire ?
Première partie

Tout le monde connaît probablement la parabole populaire originaire d'Orient sur le grand-père, le garçon et l'âne. Un vieux meunier avançait sur un âne, et son petit-fils marchait à côté. Mais les gens n'ont pas apprécié : le vieil homme était monté, tandis que le petit garçon marchait. Le grand-père est descendu de l'âne et y a fait monter son petit-fils, mais les gens n'ont de nouveau pas apprécié. Ils ont alors essayé de monter tous les deux sur l'âne, mais les gens se sont aussi moqués de cette solution… Finalement, le grand-père et son petit-fils allaient à pied, tandis que le petit âne voyageait sur le dos du grand-père. [Les personnes originaires de l'Union soviétique connaissent cette parabole dans l'adaptation de S. Marchak, « Où a-t-on jamais vu cela ? Où a-t-on jamais entendu cela ? »]

Quel enseignement pouvons-nous tirer de cette parabole ? Celui qui n'agit pas selon son propre raisonnement, mais écoute sans cesse les autres, finit par devenir ridicule aux yeux de son entourage.

Notre sujet d'aujourd'hui : est-il juste d'agir comme la société nous le dicte ? Ou faut-il suivre son propre chemin ? L'influence de l'entourage se manifeste beaucoup plus fortement chez les enfants, moins chez les adultes, mais elle reste présente. Que devons-nous donc faire ?

De la mauvaise compagnie au désert

Le Rambam dit à ce sujet (Hilkhot Déot 6,1) : « Par nature, l'homme tend à suivre ses amis et ses proches dans ses décisions et ses actes, et à se comporter selon les usages de sa ville. C'est pourquoi il doit s'efforcer de se rapprocher des justes et de s'asseoir toujours parmi les sages (dans leur assemblée), afin d'apprendre de leurs actes… et de s'éloigner des méchants qui marchent dans les ténèbres, afin de ne pas adopter leur comportement. » Le Rambam poursuit en disant que, si une personne est entourée d'un mauvais milieu, elle doit vivre « seule » (sans se rapprocher de ses voisins). Et si les pécheurs qui l'entourent sont si malveillants qu'ils ne la laissent pas vivre tranquillement tant qu'elle ne devient pas comme eux, et l'empêchent de fuir ailleurs, alors « qu'elle parte dans une grotte, dans des buissons épineux ou dans le désert, mais qu'elle ne suive leurs actes sous aucun prétexte ».

Le Rambam nous avertit très clairement que, si nous sommes entourés de méchants, nous avons l'obligation de nous séparer d'eux, car personne ne peut se porter garant de lui-même : « Je vivrai parmi les pécheurs, mais je saurai résister. Mes convictions sont inébranlables, rien ne m'arrivera. » La vérité est que l'être humain est un être social et que la société l'influence, même sans qu'il le veuille. Cela vaut pour les adultes, mais plus encore pour les enfants. Les enfants, dont les convictions ne sont pas encore formées, sont indéniablement sensibles à l'influence de leur entourage. Où que nous les placions, ils ne peuvent manquer d'y apprendre quelque chose.

Un jour, le 'Hazon Ich s'entretenait avec le Rabbi de Satmar. La conversation porta sur le passage des « Hilkhot Déot » du Rambam cité plus haut, et sur ce qui pouvait, à notre époque, être appelé une « grotte, un désert », c'est-à-dire un refuge contre l'influence du monde environnant. Le 'Hazon Ich dit qu'à notre époque, ce sont les saintes yéchivot. On y trouve un monde tout à fait particulier, fermé aux influences extérieures.

En face de chez nous se trouve la yéchiva « Kaplan ». Parfois, lorsque nous sortons sur le balcon, nous voyons les jeunes assis, plongés dans l'étude, dans leur propre réalité. Quel que soit le moment où nous regardons — le matin, l'après-midi, la nuit —, il y a toujours quelqu'un assis en train d'étudier. Certains étudient jusque tard dans la nuit, d'autres se lèvent avant l'aube : l'étude ne s'interrompt pas. Les jeunes y vivent à l'écart, comme dans un désert, coupés du monde extérieur. Leur entourage se limite à leurs camarades ; le monde environnant ne pénètre pas à l'intérieur.

Un test de conformisme

Parfois, l'influence de l'entourage est si forte que même la logique et la raison sont incapables de lui opposer quoi que ce soit.

En 1951, le scientifique américain Solomon Asch mena des recherches intéressantes auprès d'étudiants. Sous couvert d'un « test de la vue », on évaluait leur sensibilité à l'influence d'autrui (le conformisme). Huit personnes étaient invitées dans une salle. On remettait à chacune des paires de cartes : la première représentait une ligne verticale, la seconde en représentait trois, dont une seule avait la même longueur que la ligne de la première carte. La tâche des étudiants était assez simple : il fallait indiquer laquelle des trois lignes de la seconde carte avait la même longueur que celle représentée sur la première carte. Au total, on comparait 18 paires de cartes au cours de l'expérience. S. Asch constituait les groupes d'étudiants de telle sorte que, sur 8 personnes, il n'y avait que 1 véritable sujet de l'expérience, convaincu qu'il s'agissait d'un « test de la vue ». Lorsqu'on recueillait les réponses, il répondait en dernier.

Tous répondaient correctement aux deux premières questions, puis les « complices » commençaient à donner des réponses qu'ils savaient fausses (la même réponse). Ils répondaient avec assurance et calme. Les « sujets » se mettaient alors à douter de leurs réponses et à s'embrouiller. Bien qu'ils voient clairement que les lignes étaient différentes, ils suivaient la majorité, puisque celle-ci choisissait une autre réponse.

Lorsqu'on leur expliqua ensuite qu'il ne s'agissait pas d'un test de la vue, mais d'un test de conformisme, portant sur la modification de leur propre opinion sous l'influence d'autrui, on leur demanda : « Pourquoi donniez-vous des réponses fausses ? » Ils répondaient : puisque les autres étaient si sûrs d'eux en donnant une réponse erronée, c'est donc nous qui nous trompons.

On confirma ainsi que l'avis unanime de l'entourage modifie réellement le point de vue d'une personne et sa logique, même sur des choses élémentaires et évidentes. Nous ne pouvons être sûrs, adultes comme enfants, de ne pas nous mettre à imiter notre entourage si nous nous retrouvons en « mauvaise compagnie ».

Le Rabbi de Kotzk disait cette phrase saisissante : « Si je suis moi parce que tu es toi, et que tu es toi parce que je suis moi, alors tu n'es pas toi et je ne suis pas moi. Mais si je suis moi parce que je suis moi, et que tu es toi parce que tu es toi, alors je suis moi et tu es toi. » Si une personne ne vit pas selon ses propres convictions, mais observe constamment les autres et les imite, alors ce n'est plus elle, mais quelqu'un d'autre : « je », c'est « tu ». En revanche, si chacun réfléchit et prend ses propres décisions logiques, chacun reste lui-même.

En quoi se distinguer ?

Dans son recueil de lettres « Kovets Igrot », le 'Hazon Ich donne ce conseil aux jeunes : « Il faut être vigilant et ne pas faire des choses étranges que les autres ne font pas. Il faut être très vigilant à cet égard. » Il souligne le mot « très ».

Nous venons de dire qu'il ne faut pas suivre son entourage. Une personne peut dire : « Je me fiche de ce que font les autres. J'agirai tout autrement. J'ai une opinion originale qui m'est propre. » Mais le 'Hazon Ich met en garde contre les actes étranges, différents de ceux des autres. Que faire alors ? Et que devons-nous dire à nos enfants : « Fais comme tout le monde » ou « Suis ton propre chemin » ? Il me semble qu'il faut distinguer deux cas pour répondre.

Lorsque l'entourage est mauvais, il faut agir comme l'écrit le Rambam. S'il existe un risque de subir une mauvaise influence, il faut s'éloigner soi-même et en éloigner ses enfants. Il faut développer chez l'enfant une volonté forte, afin qu'il puisse résister à la pression. Il doit savoir que, sur les questions importantes, sur les mitsvot, il ne suit pas l'avis d'un mauvais entourage.

Nous en parlerons peut-être plus en détail par la suite, mais j'aimerais souligner ceci : dès le départ, il ne faut pas soumettre l'enfant à une telle épreuve et le placer dans un milieu qui va à l'encontre de ses convictions. Il ne faut pas l'avertir : « Ne les suis pas », puis attendre de lui qu'il tienne bon. Espérer que l'enfant saura résister est, pour le moins, dangereux.

Si nous savons que notre fils risque de découvrir des contenus indésirables chez un garçon du voisinage (livres, médias, films), nous ne pouvons pas lui dire : « Va chez lui, mais ne lis pas et ne regarde pas. » Même un adulte manque souvent de force pour s'abstenir de regarder ou de lire. Que dire alors d'un enfant ?

Mais si l'enfant se retrouve dans un tel endroit, il doit avoir une volonté assez forte pour résister aux tentations et disposer des outils nécessaires. Dans son livre éponyme sur les lois de la médisance, le 'Hafets 'Haïm écrit qu'une personne se retrouve parfois dans une situation où tous ceux qui l'entourent sont des moqueurs, médisent et tournent les choses sacrées en dérision. Que faire alors ? Il donne plusieurs conseils pour cette situation : partir, se boucher les oreilles avec les mains… Puis il écrit : même si l'on se moque de lui, « mieux vaut que l'on te traite de sot toute ta vie plutôt que de pécher, ne serait-ce qu'un instant, devant le Tout-Puissant ». Si l'on envisage les « jours de la vie » d'une personne à la lumière de l'éternité qui attend son âme après 120 ans, il vaut mieux passer pour un sot dans cette vie que de perdre la vie éternelle.

Quand le vaccin ne protège pas

Certains parents pensent qu'il faut donner à l'enfant un « vaccin » contre diverses choses, c'est-à-dire le laisser y goûter petit à petit « sous surveillance », et qu'alors ces choses négatives ne pourront plus lui nuire. Il existe, par exemple, des mouvements de jeunesse où garçons et filles sont ensemble. Ils pensent qu'il ne se passera rien…

Dans notre manière d'éduquer, nous n'utilisons pas cette approche. Nous estimons que l'enfant reçoit déjà trop de « vaccins » : il lui suffit de sortir de chez lui, dans la rue, dans un magasin ou chez le médecin. Que nous le voulions ou non, l'enfant subit l'influence de son environnement. C'est pourquoi, dans la mesure de nos moyens — à la maison et dans les établissements d'enseignement —, nous protégeons nos enfants. Nous ne pourrons pas le faire toute leur vie. Mais de même que, dans une serre, on protège une plante des influences de l'environnement et des insectes pour qu'elle grandisse forte et saine, nous veillons sur nos enfants. Les enfants sont de tendres pousses dont la protection nous a été confiée, et nous devons, autant que possible, les protéger et les préserver des parasites. Il faut vérifier quels livres nous leur donnons à lire, ne pas les exposer à l'influence des médias et ne pas les laisser aller sur Internet. Il ne faut pas leur dire : « Nous vous faisons confiance, vous saurez vous-mêmes choisir ce qui est bon et de qualité. » Souvent, dans une telle situation, nous ne pouvons même pas nous faire confiance à nous-mêmes…

 à suivre

Préparé par — Mme Zissi Skarjinskaïa