Rabbanite Léa Gans
Le mimétisme est un moyen de défense pour l'enfant
D'un autre côté, examinons la situation dans un milieu religieux. Si, à la maternelle, l'usage veut que tous les garçons portent des chaussettes d'une certaine couleur, il ne faut pas faire porter à son fils des chaussettes d'une autre couleur en disant que nous nous moquons de ce qu'on pensera de nous, mais que nous ferons comme nous l'entendons. Si, dans une école de filles, on ne porte pas certaines chaussures, il ne faut pas acheter précisément celles-là pour prouver que nous les porterons quand même.
Il existe des héders où l'usage veut que les garçons viennent uniquement avec des sacs, pas avec des cartables. Et nous, nous enverrons le garçon avec un cartable, parce que « c'est ce qu'on a à la maison, je ne vais pas courir acheter un nouveau sac simplement parce que tout le monde au héder en porte ». Agir ainsi avec son propre enfant est injuste envers lui. Il n'a pas à « faire face » à cela : la pression de l'entourage est très forte.
L'un de mes fils, alors qu'il était dans le premier groupe du héder (héder-maternelle, 4,5 ans), a soudain refusé toute garniture à tartiner dans son sandwich — il voulait simplement du pain. Chaque matin, je lui demandais : « Qu'est-ce que je te mets sur ton pain ? Ça ? »
– Non.
– Ça ?
– Non.
– Quoi, alors ?
– Rien.
– Tu veux que nous achetions autre chose, que nous n'avons pas à la maison ?
– Non.
Je savais pourtant qu'il n'aimait pas le pain sans rien, qu'il préférait le pain tartiné. Un jour, il a fini par se confier et m'a raconté que les autres enfants trouvaient les garnitures à tartiner dans les sandwichs dégoûtantes. Pendant quelque temps, il avait tellement peur d'aller à l'encontre de l'avis des autres qu'il mangeait du pain sans rien.
Au début de l'hiver, je lui ai acheté de nouveaux gants et un parapluie, mais il a refusé de les prendre. Après la première journée froide et pluvieuse, mon fils est rentré et a dit : « Je veux les gants et le parapluie ». Qu'est-ce qui avait changé ? Jusque-là, il n'avait pas plu, et il pensait qu'il n'était pas d'usage d'apporter des gants et un parapluie. Mais ce jour-là, à cause de la pluie, tout le monde avait apporté des gants et un parapluie — et il en a voulu lui aussi.
Autrement dit, ce qui compte le plus pour lui, ce n'est pas qu'il ait froid, mais qu'il soit comme tout le monde.
L'une de mes filles, alors qu'elle était dans les classes supérieures du séminaire, voulait vraiment se maquiller. Je ne l'approuvais pas : à mon époque, à cet âge (15-16 ans), on ne se maquillait pas encore (je parle d'un maquillage léger). J'ai refusé, et ma fille n'a plus posé la question. Quelque temps plus tard, sa petite sœur, plus hardie, est venue me voir et m'a dit : « Toutes les filles de sa classe se maquillent déjà, et il n'y a qu'elle qui reste comme ça ». Il s'est avéré que c'était vrai : toutes les filles se maquillaient, et elle était très gênée d'être la seule à ne pas le faire. Pourtant, elle se taisait par timidité. Puisque c'est désormais accepté dans les familles respectables, je l'ai autorisé moi aussi.
Autre exemple : les filles ont commencé à porter des collants « d'adultes » — beiges ou couleur chair. Autrefois, cela ne se faisait pas. Aujourd'hui, c'est à la mode. Et de fait, de plus en plus de filles s'habillent ainsi. Mais il ne faut pas être les premiers à introduire cela dans la classe. Attendez que la nouvelle tendance s'installe, ne soyez pas parmi les premiers à acheter ce nouveau vêtement — ainsi, la fille ne se distinguera pas dans sa classe. Elle sera « comme tout le monde ». Quand un vêtement est une nouveauté, il attire le regard. Peu importe que les collants soient jaunes, gris ou verts — n'importe quelle couleur est cachère (sauf le rouge), mais pas lorsque cette couleur tranche avec le reste.
Nous n'imaginons même pas ce qui peut susciter le rejet parmi les enfants : les chaussures, les lunettes, les vêtements. On a déjà écrit de nombreux récits véridiques sur la façon dont des enfants se moquaient de certaines particularités, de choses inhabituelles. Une mère envoie son enfant à l'école, et il en revient malmené, maussade. Elle ignore qu'il est la cible de moqueries à l'école. Il vaut la peine d'essayer de faire parler l'enfant pour savoir ce qui se passe à l'école. Les petits se confient plus facilement ; les plus grands peuvent longtemps garder le silence sur ce qui se passe, mais il faut les convaincre que nous sommes prêts à les écouter.
Qui est « tout le monde » ?
Lorsqu'un enfant dit que « tout le monde » s'habille ainsi, cela ne signifie pas toujours qu'il s'agit vraiment de tout le monde. Un jour, ma fille est rentrée de l'école très contrariée et a déclaré que « tout le monde va à la piscine ». Quand j'ai essayé de lui poser des questions sur chacune de ses amies, elle répondait : « Elle, non, mais toutes les autres y vont ». En réalité, il s'est avéré que seules deux filles allaient à la piscine. Cela ne signifie pas que l'enfant ment. Simplement, pour elle, ces deux filles représentent « tout le monde ». Les parents ne doivent pas céder immédiatement aux supplications : il faut vérifier à quel point ce phénomène a « gagné » la classe. Mais si l'enfant se retrouve seul face aux moqueries et qu'il ne s'agit pas de choses fondamentales, il vaut la peine de faire des concessions.
D'ailleurs, lorsqu'on choisit une activité extrascolaire, il faut se renseigner sur les enfants qui s'y inscrivent. Il vaut la peine d'appeler l'animatrice de l'activité et de lui demander comment elle évalue le niveau de religiosité et le degré d'ouverture des enfants. Pendant l'activité, les enfants partagent ce qu'ils ont vu et lu, et nous sommes loin d'être certains de vouloir que notre enfant connaisse ces choses. Nous pouvons même ignorer que l'enfant a entendu quelque chose qu'il n'aurait pas dû entendre, qu'il a vu quelque chose d'interdit à la maison. Il faut être particulièrement attentif aux cours de natation.
Lorsque les enfants insistent beaucoup pour quelque chose d'illogique, je vérifie systématiquement si cela se passe réellement dans la classe : il s'agit peut-être de la pression de l'entourage. Si c'est quelque chose de mauvais, peu importe que toutes ses camarades de classe le fassent — cela ne se fera pas. Si ces choses touchent à des fondements, à des principes qui me sont chers, je chercherai à convaincre l'enfant d'être fort et de ne pas céder.
On sait qu'il existe une différence fondamentale entre les poissons cachères et les poissons non cachères : les poissons cachères savent nager à contre-courant. Les poissons non cachères nagent uniquement dans le sens du courant.
Lorsque l'enfant se trouve confronté à de mauvaises choses, il doit savoir nager à contre-courant.
En ce qui concerne le comportement, il faut tenir compte du fait qu'il s'agit de quelque chose d'intérieur ; dans ce domaine, il est important d'expliquer à l'enfant qu'il peut être différent. Ma fille m'a raconté que personne n'écoutait la nouvelle enseignante qui remplaçait l'enseignante habituelle. Toutes les filles chantaient pendant le cours, dérangeaient et désobéissaient. Pourquoi l'enseignante ne demandait-elle donc pas conseil à la direction ? Parce qu'elle savait qu'elle serait aussitôt écartée et remplacée. La situation continuait donc ainsi. J'ai dit à ma fille que, même si toutes les autres se comportaient mal, elle ne devait pas se joindre à elles dans ce cas. Un mauvais comportement — dans ce domaine, on ne peut pas faire comme tout le monde.
La norme est établie
Certaines choses sont admises dans un endroit donné et, même si elles ne nous plaisent pas, dès lors qu'elles ne sont pas mauvaises en soi, il vaut la peine de les accepter. Il existe des yéchivot où les attentes en matière d'habillement sont élevées. Les jeunes gens achètent des vêtements coûteux, et souvent la famille ne peut pas assumer de telles dépenses. Mais si les parents ont déjà inscrit leur fils dans une telle yéchiva (il faut bien sûr se renseigner au préalable sur l'établissement où l'on envoie son enfant), on ne peut pas dire ensuite : « Tu vas étudier ici parce que c'est un bon endroit qui te convient, mais tu ne nous demanderas aucune chemise ni aucun costume coûteux. Nous faisons nos achats une fois par saison, et nous n'achetons pas ce qu'il y a de mieux, mais ce que nous pouvons nous permettre ». Si nous y envoyons notre enfant, il faut prendre en compte tous les aspects pour qu'il se sente à l'aise — y compris l'habillement.
Nous savons certes qu'il y a eu des cas exceptionnels où des enfants ont su faire face, avec succès, à des conditions extérieures qui ne convenaient pas tout à fait à leur famille. Mais, en règle générale, il faut se renseigner et choisir pour l'enfant un établissement dont le style ne contredit pas les usages de la maison. [N.d.l.r. Toutefois, si les enfants choisissent une yéchiva qui est bonne dans l'ensemble (les filles, un séminaire), même si cela ne correspond pas tout à fait aux usages de la maison, il ne faut pas lutter contre ce choix !]
Chaque enfant possède des qualités propres, en fonction desquelles on peut choisir son établissement scolaire.
À une fille convient un séminaire où les matières sont étudiées plus en profondeur ; à une autre, un séminaire au contenu plus spirituel, plus fermé ; à une troisième, un établissement plus petit, avec des classes à petits effectifs et plus d'attention de la part des enseignantes. Il faut tenir compte du caractère. On connaît toutefois ce phénomène : lorsqu'une fille est allée dans un certain séminaire, il est très probable que les autres y aillent aussi. Chez les garçons, chacun entre généralement dans la yéchiva qui lui convient.
J'ai à l'esprit l'exemple d'une femme qui suivait un cours de « formation des parents ». Cette femme a dit qu'elle ne pardonnerait jamais à sa mère de l'avoir envoyée étudier dans un séminaire de Gour (un courant du hassidisme). Ma voisine, qui animait ce cours, appartenait justement au courant hassidique de Gour et s'est sentie offensée : « Qu'y a-t-il de si mauvais à Gour ? » La femme a répondu qu'il n'y avait rien de mauvais, simplement que sa famille n'appartenait pas aux hassidim de Gour, et qu'on l'avait envoyée là, apparemment, parce que ce séminaire était près de chez elle. Cette jeune fille n'était pas préparée à d'autres codes sociaux. Et cela ne concernait pas seulement les vêtements. Quand toutes ses camarades parlaient d'un mariage dans la famille du Rabbi, de tichs, de choses propres aux seuls hassidim de Gour, cette fille ne pouvait pas participer à la conversation. Elle se sentait constamment étrangère. Aujourd'hui encore, elle considère que sa mère a commis une terrible erreur.
Son propre chemin de développement
Les parents doivent suivre l'avis du Hazon Ich et veiller à ce que l'enfant ne se comporte pas de façon étrange. Il arrive qu'un garçon décide de se comporter de façon particulièrement « pieuse », d'adopter certaines conduites qui paraissent étranges chez les jeunes gens de notre époque (peut-être les a-t-il apprises auprès de grands admorim, d'éminents justes, qui en sont arrivés là après de nombreuses années d'étude de la Torah et de travail sur eux-mêmes), et qui ne conviennent pas à son âge. Les autres enfants le trouvent étrange et, plus tard, il devient réellement « étrange ». Il faut être prudent à ce sujet.
Chacun doit savoir développer sa personnalité, son « moi », sans se démarquer des autres.
Il est écrit dans le livre de Malachie (3:18) : « Et vous distinguerez de nouveau entre le juste et le pécheur, entre celui qui sert D-ieu et celui qui ne Le sert pas ». La Guemara explique ce verset en prenant l'exemple de la différence entre celui qui a étudié sa leçon 100 fois et celui qui l'a étudiée 101 fois. Le rav Wolbe dit à ce sujet : celui qui a étudié sa leçon 100 fois ne sert-il donc pas D-ieu ? Seul celui qui l'a étudiée 101 fois Le sert ? Le rav répond qu'à cette époque, tout le monde apprenait par cœur et qu'il était d'usage de répéter précisément 100 fois. Mais celui qui répétait une fois de plus fournissait un peu plus d'efforts que tous les autres — c'est à son sujet qu'il est dit qu'il « sert D-ieu ». Nous en déduisons que faire un effort, réfléchir, ne pas étudier comme tout le monde, exactement 100 fois selon l'usage, mais répéter une fois de plus — voilà la différence « entre celui qui sert D-ieu et celui qui ne Le sert pas ». Cela nous montre qu'il est important d'exprimer qui nous sommes précisément à travers les mitsvot que nous pouvons accomplir d'une manière unique — avec davantage de réflexion, avec l'état d'esprit approprié. Comment, précisément, nous pouvons approfondir l'étude de la Torah — avec nos forces uniques, avec notre intelligence unique.
Chacun doit regarder en lui-même, considérer ses forces intérieures, que le Très-Haut lui a données à lui en particulier pour sa mission.
Lorsque l'on vient consoler des personnes en deuil, il est d'usage de dire : « Le Très-Haut vous consolera parmi les autres endeuillés de Sion et de Jérusalem ». Pourquoi le Très-Haut ? N'est-ce pas nous qui sommes venus les consoler ? Parce qu'aucun être humain ne peut être remplacé par un autre. Chacun est absolument unique. On ne peut pas dire : il était rabbin, mais il reste encore beaucoup de rabbins. Elle était femme au foyer — il y a encore beaucoup de femmes au foyer dans le monde. Le monde perd quelqu'un qui n'a pas de remplaçant. Le seul qui puisse consoler les personnes en deuil est le Très-Haut Lui-même. Lui seul peut combler le vide laissé par cette personne dans le monde et la ramener lors de la résurrection des morts.
Chacun doit savoir que sa place dans le monde est unique, que personne ne peut accomplir sa mission à sa place.
Utiliser les forces que le Très-Haut nous a données pour notre mission dans ce monde, c'est précisément ce qui peut nous distinguer de notre entourage. Non pas dans l'apparence — tous les êtres humains sont déjà différents — mais précisément dans la vie intérieure. On peut passer toute sa vie à faire comme les autres : prier comme eux, étudier comme tout le monde. Mais on peut aussi se lever le matin et décider : aujourd'hui, je serai moi-même, j'accomplirai les mitsvot comme personne d'autre que moi ne peut le faire. Il faut beaucoup réfléchir à la manière d'utiliser correctement les forces que le Créateur nous a données. Cela nous concerne aussi bien que nos enfants. Il faut expliquer à l'enfant que, puisqu'il est venu au monde, il possède nécessairement certaines particularités qu'il doit développer et qui sont nécessaires dans ce monde — sinon, il ne serait pas là.
Préparé par — Mme Zissi Skarjinskaïa