L’interdiction d’humilier et d’insulter (halbanat panim)
6. Il est interdit de s’adresser à son prochain par un surnom susceptible de le blesser. Même si la personne y est déjà habituée, il est interdit de le faire si l’on cherche à la blesser. Celui qui s’abstient de donner des sobriquets aux autres agit bien, même lorsqu’il n’a pas l’intention de les blesser. Mieux encore agit celui qui ne donne à personne de surnom, même inoffensif. Les Sages ont dit que celui qui invente pour autrui des sobriquets et des surnoms au lieu de l’appeler par son prénom perd sa part dans le monde futur.
**** Lorsque nous étions encore toutes petites, nous avions une institutrice qui se souvenait de la grand-mère de Tova. Tova avait reçu ce prénom en l’honneur de sa grand-mère. Il arrivait à l’institutrice de l’appeler par erreur Guitel. (Les prénoms Tova et Guitel ont le même sens : « bonne », mais le premier est hébreu et le second yiddish.) Tova était terriblement gênée, car, en Israël, beaucoup d’enfants ont honte de leur prénom ou de ceux de leurs proches lorsqu’ils sont considérés comme démodés. À partir de là, certaines élèves ne cessèrent de se moquer d’elle en l’appelant Guitel, ce qui lui était très désagréable.
7. Celui qui traite son prochain d’esclave est exclu de la communauté ; celui qui traite son prochain de mamzer (« enfant illégitime ») est puni de flagellation au beth din. Dans certains cas, le contrevenant peut, à l’appréciation du beth din, être condamné à une amende.
8. Si une personne tient des propos déshonorants sur un sage de la Torah (même en son absence), elle est exclue de la communauté jusqu’à ce qu’elle lui demande pardon et que le sage lui ait pardonné. De plus, elle peut être contrainte de payer une amende. Si elle a tenu ces propos après la mort du sage, il ne lui reste que le repentir.
9. Lorsqu’on blesse son prochain en présence d’un sage, à la synagogue ou à proximité d’un rouleau de la Torah, cela constitue une transgression plus grave que si cela se produisait en un autre lieu et à un autre moment.
10. Il arrive que le chantre qui dirige la prière à la synagogue, ou celui qui lit la Torah, se trompe et soit aussitôt corrigé. Il faut alors faire preuve de retenue et ne pas ajouter de remarques ni d’exclamations inutiles.
11. Il arrive que, dans un groupe, des amis commencent à plaisanter aux dépens de l’une des personnes présentes. Celle-ci fait semblant de trouver cela drôle elle aussi, mais il est tout à fait possible qu’elle en souffre en réalité. Malheureusement, cela arrive très souvent lorsque les gens se réunissent (par exemple à Pourim). Il faut donc faire preuve d’une grande prudence lors de ces fêtes et de ces rencontres : on peut ainsi très facilement transgresser plusieurs interdits graves.
**** Un jour, le Rabbi de Gour (auteur du « ‘Hidouché Harim ») entendit un Juif appeler un Juif aveugle par le sobriquet « Na’hman l’aveugle ». Horrifié, le rav s’approcha de lui et lui demanda :
— Qui t’a permis de t’adresser ainsi à ton prochain ?
L’homme, cherchant à se justifier, répondit :
— Et alors ? Tout le monde l’appelle comme ça.
— Tout le monde ? s’indigna le Rabbi. Sache que le Guéhinom (l’enfer) est très grand : il y a de la place pour tout le monde !