Rav Simha Cohen
Un autre aspect de la tendance des femmes à nouer des liens affectifs se manifeste dans la difficulté qu’elles éprouvent à se séparer des gens.
Imaginons un couple lors d’un événement quelconque. La femme fait remarquer à son mari qu’il est déjà tard et qu’il faut rentrer à la maison. Le mari est d’accord, et ils décident de partir immédiatement. Peu de temps après, le mari se retrouve seul près de la porte, à attendre sa femme. Mais elle tarde à venir. Elle ne cesse de dire au revoir à ses amies : elle serre la main à l’une, adresse à une autre quelques paroles amicales, fait signe de la main à une troisième… Lorsqu’elle arrive enfin à la porte, son mari l’accueille par cette question : « C’est toi qui as dit qu’il était déjà tard ! Pourquoi as-tu mis si longtemps ? » Elle répond : « Je devais dire au revoir à mes amies ! » Il hausse les épaules et conclut : « Pourquoi dire au revoir ? Tu pars, et c’est tout ! »
Le sens du partenariat chez la femme et son absence chez l’homme apparaissent dès l’adolescence.
Quiconque a des fils et des filles peut remarquer que, lorsqu’un ami prend congé de son fils, celui-ci l’accompagne au mieux jusqu’à la porte. En revanche, lorsqu’une amie quitte sa fille, celle-ci prévient sa mère qu’elle va la raccompagner. « Ne rentre pas trop tard ! » demande la mère. Et effectivement, la fille raccompagne son amie jusqu’au coin de la rue, puis celle-ci, à son tour, la raccompagne en direction de chez elle, et ainsi de suite.
Ces différences de comportement entre le mari et la femme tiennent au fait que la femme, qui a le sens du partenariat, a du mal à se séparer de ses amies, et que les adieux sont un processus lent et prolongé. L’homme, lui, ne possède pas cette qualité : il peut quitter la salle presque sans prendre congé, ou ne pas raccompagner un ami venu lui rendre visite.
Nous pouvons aussi constater dans d’autres situations que, chez la femme, les processus qui consistent à nouer des liens et à se séparer se déroulent différemment.
Par exemple, un jeune homme et une jeune femme se rencontrent avec une intention sérieuse : vérifier s’ils se conviennent en vue du mariage. On suppose que la femme est plus désireuse de se marier que l’homme, mais lorsqu’il faut prendre une décision, les jeunes femmes réfléchissent généralement plus longtemps que les jeunes hommes. Cela ne vient pas nécessairement d’une indécision ; il s’agit plutôt de la structure particulière de la psychologie féminine : la femme porte en elle l’idée que le mariage consiste à se lier totalement et à s’imposer un cadre d’obligations. Accepter ce cadre exige beaucoup de forces intérieures.
Il est évident que le jeune homme pense aussi de cette manière, mais la femme a une conscience plus profonde et plus forte de ses obligations, ce qui rend la décision plus difficile pour elle.
Nous pouvons observer quelque chose de semblable dans le lien affectif entre le mari et la femme.
Le mari n’a pas de difficulté à nouer une amitié et un lien dans le cadre du mariage, et il en prend généralement l’initiative, tandis que sa femme suit son initiative. Mais il est également capable de se détacher rapidement de son épouse une fois le lien établi. Il lui est beaucoup plus facile de se séparer d’elle qu’à sa femme de se séparer de lui.
Cela tient au fait que, son approche du mariage reposant davantage sur le « bénévolat » et moins sur les obligations, le mari ne ressent pas le besoin d’un attachement absolu : le lien est donc facile pour lui. En revanche, la femme, dont l’approche repose sur le lien, a du mal à s’engager dans la relation tant qu’elle ne ressent pas de lien absolu avec son fiancé ou son mari.
Même des paroles blessantes qu’il lui a dites il y a longtemps peuvent entraver son attachement affectif. Cela est moins marqué chez l’homme.