Nechama Cheli

La communication dans la famille

La communication est l’une des choses les plus importantes pour construire un foyer juif, puis pour entretenir des relations harmonieuses. Mais qu’est-ce que la communication, en hébreu, tikchoret ? Dans le mot tikchoret se cache le mot kécher, le lien. Il s’agit donc d’un lien entre deux personnes, à un niveau qui permet …

Rabbanite Léa Gans

La communication dans la famille
La communication est l’une des choses les plus importantes pour construire un foyer juif, puis pour entretenir des relations harmonieuses.

Mais qu’est-ce que la communication, en hébreu, tikchoret ? Dans le mot tikchoret se cache le mot kécher, le lien. Il s’agit donc d’un lien entre deux personnes, à un niveau qui permet à chacune d’exprimer ses sentiments et ses souhaits, de connaître l’humeur de l’autre, de comprendre le sens de ses paroles (car chacun parle son propre langage, et il arrive que les mots aient un sens différent selon les personnes), autrement dit, de parvenir à une compréhension mutuelle.

On distingue deux formes de communication : la communication verbale (par la parole) et la communication non verbale (sans recours à la parole, par exemple par les gestes, les mimiques, les postures, le regard, les manières). Si nous comprenons généralement sans ambiguïté les paroles d’une personne que nous ne connaissons pas, il nous faut du temps pour apprendre à connaître et à comprendre ses mimiques et son « langage corporel ». Une fois que nous connaissons mieux cette personne, nous pouvons déterminer avec davantage de précision ce qu’elle voulait dire.

Avec une personne que nous connaissons, il nous est plus facile de comprendre ce que peut signifier le fait qu’elle torde les lèvres, fronce le nez ou les sourcils. Quel geste exprime chez elle le doute, lequel exprime l’attention, dans quel état elle se frottera nerveusement les mains et quand elle haussera les épaules. Avec une personne que nous ne connaissons pas, il nous est beaucoup plus difficile de déterminer dans quel état d’esprit elle nous parle. De plus, l’usage des gestes dans différents pays peut donner lieu à des situations cocasses : un même geste peut être tout à fait courant dans un pays et totalement inacceptable dans un autre.

Ainsi, avant de faire des suppositions sur l’humeur de notre conjoint à partir de sa communication non verbale, il faut beaucoup échanger par la parole, expliquer et demander des explications : ce qu’il voulait dire, quels sont ses souhaits, ce qui le gêne et ce dont il a besoin, ce qui lui est difficile et ce qui, au contraire, le réjouit.

Avec le temps, les moyens non verbaux prennent une place de plus en plus importante dans la communication entre époux. Il arrive souvent qu’un geste discret, un bref regard de l’un des conjoints, auquel personne à table ne prêtera attention, en dise long à l’autre : « Arrête ! », « Attention ! », « Bravo ! », « N’en tiens pas compte ! » Par exemple, le mari souhaite faire comprendre à son épouse qu’elle peut passer au plat suivant et lui adresse discrètement un clin d’œil. Pratiquement personne à table n’en comprendra le sens, mais son épouse, qui connaît ce geste depuis de nombreuses années, commencera à débarrasser les assiettes.

Les époux ont intérêt à prendre le temps d’observer les mimiques et les gestes de l’autre, afin de maîtriser ce mode de communication non verbale et de mieux se comprendre.

 Le monologue intérieur

Une autre forme de communication est propre à l’être humain : la conversation intérieure avec soi-même.

Lorsque je travaillais comme comptable dans le magasin « Birkat Ra’hel », le trajet en autobus pour aller au travail durait plus d’une heure dans chaque sens. Ce temps perdu en route me fatiguait énormément. Mais j’ai ensuite appris à le mettre à profit en entretenant un dialogue intérieur. Pendant le trajet, j’organisais ma journée, j’établissais un emploi du temps précis, je planifiais : que dois-je faire et qu’est-ce que je veux, qu’est-ce que le Tout-Puissant attend de moi aujourd’hui, que puis-je corriger et améliorer ? Un jour, lorsque quelqu’un m’a conduite en voiture, j’ai compris que cette heure m’avait manqué ce jour-là !

Aujourd’hui, avec les téléphones, on peut joindre quelqu’un partout ; il ne reste presque jamais seul avec lui-même. Mais autrefois, les trajets étaient des moments où l’on pouvait mieux se connaître, réfléchir tranquillement à quelque chose dans sa vie, ou même simplement organiser sa journée. On peut passer cette heure à s’ennuyer ferme, ou tirer profit d’une conversation intérieure avec soi-même : trouver les pensées positives qui donnent de l’énergie et les distinguer des pensées qui freinent, nuisent et accablent.

Nous ne parlons pas ici du hechbon néfech, l’examen de conscience, ni de la prière, la conversation avec le Tout-Puissant : ce sont des sujets qui méritent des cours à part entière. Mais si une personne se retrouve seule avec elle-même sans ressentir de vide intérieur, c’est merveilleux.

 Ne pas jouer les héroïnes

Parfois, les femmes veulent jouer les héroïnes. Elles estiment qu’elles n’ont besoin de partager ni leurs joies ni leurs peines avec qui que ce soit, et encore moins avec un mari toujours occupé. Que leur mari conserve sa « tranquillité pour ses occupations » ; d’ailleurs, les hommes demandent souvent eux-mêmes qu’on ne leur casse pas la tête. Ces femmes héroïques répriment donc le désir naturel, inscrit en elles par le Tout-Puissant, de partager ce qu’elles ressentent. Mais cela ne peut pas durer longtemps. En général, les femmes ne supportent plus cette tension émotionnelle et finissent par « exploser », souvent sous l’effet d’émotions négatives.

Un tel comportement n’est pas de l’héroïsme, c’est « aller contre sa nature ». L’être humain est créé pour vivre en société, pour communiquer, pour partager. Les hommes comme les femmes éprouvent de temps à autre le désir de partager ce qu’ils vivent. Le réprimer a de lourdes conséquences sur le psychisme.

L’idéal est que la conversation se déroule dans une ambiance calme, autour d’une tasse de thé et de quelque chose de bon à manger. On peut alors parler sereinement des événements heureux de la journée, de ce que l’on a ressenti, de ses réussites et de ses déceptions, de ses craintes.

Nous en voyons le reflet dans la loi juive. Lorsqu’une personne perd un proche, elle doit observer pour lui la chiva, 7 jours pendant lesquels des gens lui rendent visite pour la consoler. Ce n’est pas un simple rite. Il est important pour cette personne de sentir que sa douleur sera entendue, qu’elle sera soutenue dans un moment de faiblesse, qu’elle n’est pas seule et qu’elle a quelqu’un à qui se confier. Lorsque nous venons consoler une personne en deuil, il nous est interdit d’engager la conversation en premier. Pourquoi ? Parce que si elle ne souhaite pas parler, si elle reste « fermée », repliée sur elle-même, incapable d’accueillir le réconfort, il est inutile de lui parler. Pour pouvoir écouter, la personne en deuil doit elle-même être prête à se confier ; elle pourra alors entendre ce que les personnes venues la consoler ont à lui dire. De plus, celles-ci peuvent partager son chagrin, prendre une petite part de son fardeau pour la soulager. Cette semaine rend le chagrin supportable, afin que la personne puisse continuer à vivre. Mais pour cela, il faut qu’elle ait quelqu’un avec qui partager ses émotions.

Le Tout-Puissant, qui a créé l’être humain, a établi dans Sa miséricorde cette loi des sept jours de deuil, afin que la personne puisse partager son chagrin et ainsi le supporter. Le Tout-Puissant sait combien il est important pour l’être humain de partager ses émotions : c’est ainsi qu’Il l’a créé.

L’interruption, c’est l’observance

Certaines femmes considèrent que de telles conversations avec leur mari constituent du bitoul Torah (« annulation de la Torah » — une situation où un Juif n’étudie pas la Torah alors qu’il en a la possibilité). Au lieu de parler avec son épouse, le mari pourrait étudier ! Le temps de mon mari est précieux ! Ce calcul est erroné. Dans ce cas, « l’interruption, c’est l’observance ». Mieux vaut se confier peu à peu que tout accumuler jusqu’à l’explosion : pour l’apaiser et en réparer toutes les conséquences, il faudra beaucoup plus de temps et d’énergie.

 Tout sauf ça !

D’un autre côté, lorsque le mari rentre à la maison, il est prêt à écouter son épouse, mais pas à entendre des plaintes incessantes. Si elle ne lui parle que pour se plaindre, il la fuit, il fuit la maison, pour ne plus entendre son mécontentement continuel. Bien sûr, on peut de temps en temps se plaindre de sa fatigue, du mauvais comportement des enfants, de la charge de travail générale, mais il ne faut pas le faire constamment. Malheureusement, il arrive souvent qu’une femme attende toute la journée que son mari ouvre la porte et que, dès qu’il franchit le seuil, elle l’intercepte : « Ouf ! Quelle journée horrible j’ai eue aujourd’hui ! Je me suis levée, je les ai habillés, nourris, accompagnés, je suis partie, rentrée, je les ai nourris, les devoirs, je les ai amusés, calmés, j’ai rangé, cuisiné, fait la lessive… Je les ai couchés ! Ouf ! Quelle journée difficile ! » Si c’est ainsi qu’elle accueille son mari tous les jours, il n’est pas étonnant qu’il ne se presse pas de rentrer.

En général, ce qu’un mari souhaite entendre avant tout, c’est que son épouse va bien. C’est très important pour lui : il se sent alors un bon mari. Il est néanmoins prêt à écouter des plaintes de temps à autre, mais aussi rarement que possible, et de préférence constructives, car sa réaction suivante sera de remédier à tout ce qu’il peut. Si son épouse se plaint constamment et qu’il ne peut rien changer, il lui devient désagréable de rester dans un tel foyer : il s’attarde au travail, se trouve des occupations pour éviter cette maison où l’on se sent mal. Il « s’envole » de la maison (par analogie entre l’exclamation « ouf ! » et le mot « ouf », qui signifie en hébreu « vole »).

À suivre

Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa