Nechama Cheli

La communication émotionnelle - Réagir de façon juste

​Une autre règle très importante : on ne peut pas brûler les étapes. Lorsqu'on parle avec un enfant, on se met aussitôt à analyser la situation, on lui propose de la regarder avec du recul. C'est naturel, mais c'est précisément ce qui revient à brûler les étapes. Il existe un ordre précis dans lequel les cho…

Rabbanite Esther Offengenden

La communication émotionnelle - Réagir de façon juste

​Une autre règle très importante : on ne peut pas brûler les étapes. Lorsqu'on parle avec un enfant, on se met aussitôt à analyser la situation, on lui propose de la regarder avec du recul. C'est naturel, mais c'est précisément ce qui revient à brûler les étapes. Les choses doivent se dérouler dans un certain ordre et, pour que cela porte ses fruits, cet ordre doit être respecté.

​L'enfant doit d'abord constater qu'il y a quelqu'un qui l'écoute et le comprend. C'est seulement alors qu'il acceptera de réfléchir avec cette personne et de chercher une solution à son problème. Il est même très probable qu'il se mette lui-même à réfléchir.

​Voici ce qu'a raconté une femme. Sa fille de cinq ans est tombée, s'est écorché le genou, a déchiré son collant et s'est mise à pleurer. Elle et son mari ont naturellement pensé que leur fille pleurait de douleur. Et sa mère lui dit : « Tu pleures parce que tu as peur ? » La petite enchaîne : « Oui, oui ! J'ai peur que tu me grondes parce que j'ai déchiré ce collant tout neuf et si joli ! » En réalité, elle ne pensait même pas à la douleur, mais avait peur de tout autre chose. Son père la tient dans ses bras, tandis que sa mère la rassure et lui dit qu'on ne la grondera pas. Alors la petite se penche et achève de déchirer son collant pour voir comment tout cela va se terminer.

Quelques jours plus tard, son amie est elle aussi tombée et s'est blessée. Sa mère a eu très peur parce qu'il y avait beaucoup de sang. Elle a eu encore plus peur que la petite et s'est mise à crier. Alors cette petite fille de cinq ans s'approche d'elle et lui dit : « Il ne faut pas crier ! On ne se fait pas gronder pour un collant déchiré ! » Et quelques jours plus tard encore, elle s'approche de ses parents et leur dit : « Et quand je tomberai, vous m'aimerez quand même, n'est-ce pas ?! »

​Nous ne pouvons pas imaginer l'effet que des mots tout à fait anodins produisent sur les enfants.

C'est l'un des miracles qui se produisent lorsqu'on écoute une personne jusqu'au bout, au lieu de réagir à toute vitesse sans avoir fini de l'écouter. Je ne sais pas ce qu'elle a besoin d'entendre. Mais lorsque je lui renvoie ce qu'elle m'a dit, elle place elle-même ces mots là où ils lui manquent ! Après cette histoire, cette petite fille ne doutera plus jamais qu'on l'aimera quand même, même si elle tombe. Et cette certitude lui a été donnée par sa mère qui, dans l'agitation du moment, n'a pas crié ni commencé à lui dire dans la panique que ce n'était rien, qu'on allait vite nettoyer ça à l'iode et que tout irait bien !

Dans la vie, il est très important de réagir plus fortement aux émotions positives qu'aux émotions négatives. ​

Par exemple, un enfant a des difficultés scolaires. Une première cause possible : il ne ressent pas la joie de la victoire, n'a pas confiance dans sa capacité à réussir et n'éprouve pas de plaisir à surmonter les difficultés. À quoi bon rester assis à étudier si rien de bon ne vous attend en retour ?!

​Il est très, très important de renforcer les émotions positives, de les mettre en valeur et de permettre à l'enfant de les vivre à nouveau. On peut s'appuyer sur la moindre petite réussite pour qu'un enfant en difficulté scolaire devienne un enfant qui, pour commencer, s'intéresse au moins à ses études. Bien sûr, rien ne changera en une seule fois, mais en soulignant ces occasions, sans les laisser passer, on peut beaucoup aider l'enfant. Comment réagir dans une telle situation ? « Bravo, qu'est-ce que tu es formidable ! Je l'ai toujours su ! J'ai toujours cru en toi !! »

​Et comment beaucoup de parents réagissent-ils automatiquement (et à tort !) dans cette situation ? « Tu vois, quand tu fais des efforts, tu peux obtenir la mention “excellent” ! »

Une mère m'a raconté que son enfant avait obtenu 100 à un examen et qu'elle avait accroché sa copie au mur dans un petit cadre. Et l'enfant a complètement cessé d'étudier ! Vous comprenez, sa réussite est encadrée à l'endroit le plus visible, et il n'a plus aucune raison d'étudier. Il a déjà tout accompli, il ne peut plus aller plus loin ! Que signifie 100 ? Cela signifie qu'il n'y a pas une seule erreur. Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'il va maintenant étudier comme un idiot, dépenser ses forces et son temps, et que, s'il fait une toute petite erreur, ce sera déjà 99 ! Et quelle réussite y a-t-il à obtenir 99 après cent ?! En faisant de ce cent une si grande fête, sa mère l'a engagé dans une terrible compétition avec lui-même, une compétition qu'il est impossible de gagner : l'enfant ne pourra de toute façon pas obtenir plus de cent ! Il ne peut pas monter plus haut !

​La mère pensait que son geste soutiendrait son fils et ferait naître en lui le désir de réussir. Mais en réalité, avec les meilleures intentions, elle a détruit en lui l'envie et même la possibilité de faire des efforts.

Il suffit de dire : « Tu es content, tu as réussi, c'est formidable ! Moi aussi, je suis tellement heureuse pour toi ! Tu sens comme ce moment est doux pour toi ?! Tiens, prends cette tablette de chocolat, mange-la. Pour que ce soit encore plus doux ! » Je peux renforcer l'émotion positive, faire en sorte qu'il se souvienne bien de la joie qu'il a ressentie en remportant cette victoire, de ce bonheur d'avoir réussi. Et « réussir » ne signifie pas forcément obtenir 100. Par exemple, un garçon apprend l'anglais et suit des cours supplémentaires. Voilà qu'il obtient 100 et dit qu'il n'a plus besoin de ces cours. Il faut d'abord partager avec lui la joie de sa réussite. Mais que faire ensuite ?

​On peut engager la conversation avec lui et lui demander l'air de rien ce qui l'a précisément aidé à se sentir aussi sûr de lui maintenant. Puis l'amener à comprendre, à être convaincu que ce sont justement ces cours supplémentaires qui l'ont tant aidé. Le plus souvent, nous ne faisons que donner un indice, puis l'enfant réfléchit lui-même et fait ses propres « découvertes ». S'il ne comprend pas de lui-même qu'il a réussi précisément grâce à ces cours supplémentaires, on peut l'aider à y parvenir. (« Formidable, c'est peut-être grâce à ces cours, tu te souviens ? Bien sûr, je ne doute pas que tu puisses aussi réussir seul, mais puisque tu as cette possibilité, tu devrais en profiter, pourquoi pas ? » Et, bien entendu, il faut vérifier : peut-être que, dans sa classe, prendre des cours supplémentaires est tout simplement considéré comme honteux ? (« Les élèves intelligents et doués ne vont pas à ces cours ! ») Mais il faut absolument en parler. Certains enfants refusent les cours supplémentaires, et il est très intéressant d'écouter leurs raisons.

​Mes parents, comme beaucoup d'autres, ont passé énormément de temps à me convaincre d'apprendre la musique. Ils ne parvenaient pas à comprendre pourquoi je détestais tant la musique. J'avais honte de leur en parler, mais je me souviens encore d'où venait cette aversion. Il y avait une émission de télévision intitulée « En visite au pays des contes ». Ma professeure de musique venait me donner cours précisément au moment où cette émission commençait. Pour moi, chaque minute passée au piano était vécue comme une perte terrible, qui me privait du plaisir de regarder mon émission préférée.

Ainsi, sur le plan émotionnel, lorsque l'on communique, il faut :

– analyser et maîtriser les émotions qui surgissent en vous ;
– au moment de l'échange, placer les émotions de l'enfant au centre de votre attention.
Nous exprimons notre profonde gratitude à l'auteure, la rabbanite Esther Offengenden, et aux éditions « Michpaha ké-Halakha » (www.mishpacha.ru) pour l'autorisation de publier des chapitres choisis du livre « Grandis ! ».