La course. Qu’est-ce que c’est ? Pour moi, c’est sans doute la « course de la vie », la course à la réussite. Je voudrais conserver la vie et la réussite et supprimer la « course », parce que j’aime travailler et que, comme le disait ma mère, « si l’on aime travailler, c’est le signe d’un corps sain et d’un esprit sain ».
Mais nous voyons autour de nous une course, une poursuite d’une vie meilleure. Comment trouver un peu de tranquillité tout en continuant à gagner sa vie ? Je vais vous révéler comment, dans cette « course au million », garder le sentiment de préserver notre qualité de vie. Nous ne gagnerons peut-être pas ce million, mais nous nous sentirons bien, avec l’aide de D.ieu.
Dans la paracha de la semaine, Béréchit (2:5), il est écrit : « et il n’y avait pas d’homme pour cultiver la terre ». Personne ne travaillait la terre tant que le Tout-Puissant n’avait pas créé l’homme. Une fois créé, l’homme pria, la pluie tomba et toutes les plantes germèrent.
Mais nos Sages donnent un commentaire tout à fait différent du précédent : « et l’homme (devint comme s’il) n’existait pas (lui-même), en travaillant la terre ». Autrement dit, l’homme travaille tellement qu’il semble ne plus exister. Il s’est usé au travail, il s’est épuisé. Il appartient entièrement à son travail.
Certaines personnes travaillent jusqu’à l’épuisement total, « du lever du soleil jusqu’au départ de l’âme ». Elles cumulent plusieurs emplois. Où trouver alors la moindre qualité de vie ? Ni repas ni sommeil ! Et la famille ? On ne se parle pas ! Il arrive quand elle s’en va déjà, elle rentre quand il sort. Et la maison ? Les enfants vivent grâce au micro-ondes et aux surgelés !
Bien sûr, c’est formidable de disposer aujourd’hui d’un congélateur, d’un four à micro-ondes et de toutes sortes d’appareils électriques qui nous facilitent la vie. Et pourtant… Chacun doit malgré tout « recalculer son itinéraire », se demander s’il n’est pas trop pris par la course à l’accessoire, en laissant de côté l’essentiel dans la vie.
Nos Sages disent que lorsqu’un homme se fait « aïn » (il n’existe plus, il s’annule) face à son travail, l’argent qu’il gagne n’est pas béni. Autrement dit, même s’il gagne 2000 de plus, il peut les perdre : le lave-linge tombe en panne, des réparations urgentes deviennent nécessaires dans l’appartement, un plombage se détache d’une dent…
Ainsi, le montant de l’argent gagné ne suffit pas à lui seul comme indicateur. Cet argent doit être béni, sinon il filera entre les doigts.
Le ‘Hafets ‘Haïm illustre cela par une parabole. Imaginons un tonneau rempli d’eau, muni de quatre robinets. Un jour, son propriétaire dit : « Je veux avoir plus d’eau », et installa un cinquième robinet sur le tonneau. Aura-t-il plus d’eau ? Peu probable, car la quantité d’eau dans le tonneau est restée la même. Il peut simplement ouvrir un robinet de plus. Ce qui est destiné à une personne, voilà ce qu’elle aura, ni plus ni moins.
Mais alors, peut-être ne faut-il rien faire du tout ? Peut-être puis-je rester assise les jambes croisées tout le mois, et qu’à la fin tout ce qui me revient me tombera du ciel ? Hélas non ! Nous devons fournir des efforts pour gagner notre vie. Sans efforts, nous n’aurons rien, car nous ne sommes généralement pas au niveau spirituel qui permettrait de tout recevoir grâce à un miracle manifeste. Nous sommes tous soumis à la malédiction qui frappa le premier homme : c’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain !
Il est écrit dans nos livres saints : qui est « l’homme perspicace (pikéa’h) » ? Celui qui « écarte (mékapéa’h) » son gagne-pain. Lorsqu’un homme pense avoir tout calculé, tout prévu, et se dit qu’en travaillant encore plus d’heures, il gagnera encore plus d’argent, c’est précisément là qu’il se trompe. La somme qui lui est destinée pour le mois ne changera pas ; il dépensera simplement plus d’énergie.
Je voudrais conclure par ce qui est écrit dans le livre « ‘Hovot Halévavot » : il vaut mieux exercer un métier que l’on aime, et l’on bénéficiera ainsi de beaucoup plus de bénédictions. Il arrive souvent que les gens travaillent non seulement beaucoup, mais aussi dans un endroit qui ne leur convient pas et qui les épuise complètement sur le plan moral. Là, leur revenu ne sera pas béni, même si le montant figurant sur leur fiche de paie est plus élevé. En revanche, si les relations au travail sont bonnes, que les gens sont agréables et que le travail lui-même procure du plaisir, la personne se sent « à sa place » ; alors son revenu sera béni.
À ce sujet, le rav Kanievsky a dit que ce n’est pas en augmentant le nombre d’heures de travail que l’on gagne plus d’argent, mais par la prière et le repentir. Peut-être devrions-nous améliorer nos relations avec les autres et avec le Tout-Puissant ; Il nous accordera alors une subsistance plus abondante, car tout vient de Lui.
Et alors, même si nous ne gagnons pas des millions, ce que nous gagnerons nous permettra de mener une vie de meilleure qualité, plus paisible et plus agréable. Nous ne participerons pas à la « course au million », mais nous vivrons avec la bénédiction, au sein de notre famille, en profitant de la vie.