Rav Simha Cohen
Le mariage est un partenariat familial qui unit un homme et une femme pour de longues années.
Pour resserrer leurs liens dans le cadre de ce partenariat et le faire fonctionner correctement, chacun doit avoir une disposition psychologique à se lier à une autre personne et à dépendre d’elle. L’homme et la femme possèdent-ils suffisamment de qualités intérieures pour leur permettre de s’unir en tant que personnes et de consolider la famille ?
Cela est d’autant plus important que, par nature, le mariage comporte une routine, des contraintes réciproques et une restriction durable et substantielle de la liberté, alors que l’être humain aspire par nature à la liberté et à l’indépendance et tend à se désintéresser des processus routiniers qui durent.
On peut répondre sans ambiguïté à cette question. La psychologie féminine comporte des qualités intérieures orientées vers le partenariat et adaptées à la vie familiale ; ces qualités sont toutefois absentes de la psychologie masculine, qui, par nature, ne répond donc pas aux exigences du mariage.
C’est là la principale pierre d’achoppement pour un homme et une femme qui, malgré les immenses différences qui les séparent, ont décidé d’unir leurs destins dans le cadre d’un lien officiel et permanent. Nous pouvons identifier ce problème dans plusieurs situations fréquentes.
Presque tous les hommes traversent une « crise de liberté » immédiatement après leur mariage.
Il se dit : je pensais qu’après le mariage tous mes problèmes seraient résolus, et maintenant je vois que le mariage est un problème supplémentaire que je suis obligé de résoudre. Je dois dire à mon épouse d’où je viens et où je vais, je suis obligé de lui rendre compte de ce que j’ai fait et de ce que je compte faire, et comme si cela ne suffisait pas, elle n’oublie pas non plus de me demander à quoi je pense. Après chaque conversation téléphonique (et parfois pendant la conversation), elle me demande : « À qui as-tu parlé ? Qu’est-ce que tu lui as dit ? » Et si je réponds que je n’ai rien dit, elle veut alors savoir pourquoi je n’ai rien dit…
Et l’épouse, lorsqu’elle remarque le mécontentement de son mari et voit que son intérêt profond et sincère pour sa vie l’étonne, se dit : que lui arrive-t-il, n’a-t-il pas encore compris qu’il est marié ? Ne sait-il pas que nous formons un tout ? Ne remarque-t-il donc pas que tout ce qui lui arrive compte pour moi ? Ne sait-il pas qu’il a des obligations envers moi et une responsabilité à l’égard de notre relation ?
En principe, c’est bien la femme qui a raison de s’intéresser aux affaires de son mari et de l’interroger sur sa conversation téléphonique : en se mariant, deux personnes prennent des engagements l’une envers l’autre pour les décennies à venir. Elles vivent sous le même toit, partagent leurs finances, leurs enfants et leurs descendants, et entretiennent des échanges affectifs étroits et constants.
N’oublions pas qu’au fond, ils sont une seule âme !
Bien plus encore. La femme se sent « liée à son mari » : elle porte au doigt une bague qui symbolise leur lien, elle porte son nom de famille et, souvent, tient compte de son avis. Elle estime que son manque d’intérêt pour la vie et les affaires de son mari témoignerait de la faiblesse de leur lien. Elle-même se sent blessée lorsqu’elle a l’impression que son mari ne s’intéresse pas à elle, et elle apprécie qu’il lui pose des questions sur ce qui lui arrive. C’est pourquoi, afin de préserver et de renforcer leur lien, elle le couvre chaque jour de questions.
Quant au mari, il a tort d’exprimer son mécontentement et de s’irriter de devoir satisfaire sa curiosité. Il lui manque les qualités de partenaire que possède sa femme, et c’est pourquoi il considère qu’elle met son nez dans les affaires des autres.
Nos Sages (Pirké de-Rabbi Eliézer 13) ont admirablement exprimé cette qualité de partenaire propre à la femme en décrivant la raison pour laquelle Ève fit manger à son mari, Adam, un fruit de l’Arbre de la Connaissance, après en avoir elle-même goûté et avoir appris que celui qui en mangerait mourrait. « Elle dit : peut-être vais-je mourir maintenant, et le Tout-Puissant créera une autre femme et la donnera à Adam. Mais non, je le ferai manger avec moi. Si nous mourons, nous mourrons tous les deux ; si nous survivons, nous survivrons tous les deux. Et elle prit des fruits de l’Arbre, en mangea et en donna à son mari pour qu’il mange avec elle. »
Cette disposition au partenariat, présente chez la femme et absente chez l’homme, se manifeste encore sous un autre aspect.
Il est bien connu qu’en règle générale, les femmes parlent davantage que les hommes. La disposition psychologique de la femme à parler correspond mieux au principe du partenariat conjugal et contribue davantage à établir une relation que le silence du mari. En effet, l’être humain se distingue de l’animal précisément par la faculté de parler, qui relie les personnes entre elles.
Lorsque les gens se disputent et échangent des paroles blessantes, le signe le plus manifeste de leur séparation et de l’absence de lien entre eux est le silence et le fait de s’ignorer. Au début, ceux qui se sont disputés se crient dessus, mais ensuite, ils expriment leurs sentiments par le silence : ils cessent de se parler, parfois pendant de nombreux jours, voire des années. Les personnes qui se sont disputées éprouvent une aversion affective l’une pour l’autre, et elles s’éloignent encore davantage et rompent leur lien en cessant de se parler. Le rav Meïr Hadach l’a admirablement formulé : « Il n’est pas de cri semblable au cri du silence. »
La Torah nous l’enseigne également : l’absence de communication verbale crée une séparation entre les personnes.
Lorsque les hommes se sont unis dans le but néfaste de construire la tour de Babel, le Tout-Puissant a confondu leurs langues, si bien qu’ils ne pouvaient plus communiquer correctement entre eux ; cela a conduit à leur désunion et à leur séparation.
Sachant que la parole relie les personnes entre elles, nous ne nous étonnerons pas que la femme, dotée de qualités spirituelles favorisant le lien et le partenariat, parle non seulement pour transmettre une information ou demander quelque chose, mais surtout parce que le besoin de parler fait partie de sa personnalité. Pour amorcer et mener à bien le processus de consolidation de la famille par la communication.