Nechama Cheli

La foi - notre héritage

Aujourd’hui, nous parlerons de la foi. Il est écrit dans les Téhilim (116:10) : « J’ai cru lorsque j’ai parlé… » Certaines choses demandent qu’on en parle encore et encore. Commençons par éclaircir certaines choses pour nous-mêmes, puis nous parlerons de la manière de transmettre la foi aux enfants. Ce monde est un monde de dissimulation (monde – olam – vient du mo…

Rabbanite Léa Gans

La foi - notre héritage

Aujourd’hui, nous parlerons de la foi. Il est écrit dans les Téhilim (116:10) : « J’ai cru lorsque j’ai parlé… » Certaines choses demandent qu’on en parle encore et encore. Commençons par éclaircir certaines choses pour nous-mêmes, puis nous parlerons de la manière de transmettre la foi aux enfants.

Ce monde est un monde de dissimulation (le mot « monde » — olam — vient du mot héélem, « dissimulation »). Le Tout-Puissant dirige ce monde de manière cachée ; le sens profond de ce qui s’y passe nous est dissimulé. Autrement dit, nous voyons se produire divers événements que nous ne comprenons pas, nous sommes confrontés à différentes choses qui nous échappent. Des questions demeurent, l’étonnement s’accumule. L’être humain ne peut s’empêcher de demander : pourquoi cela m’est-il arrivé ? Pour quelle faute ? Cela comprend les questions liées au « juste qui souffre » et au « méchant qui est heureux ». Comment se peut-il que celui qui agit avec droiture vive mal, tandis que celui qui fait le mal vive bien et jouisse du bonheur dans ce monde ? Tout cela découle du fait que le Tout-Puissant nous cache le sens profond de Ses actes.

Tout d’abord, la question « Pourquoi ? » n’a pas lieu d’être. Ce n’est tout simplement pas la bonne question. Nous savons que le Tout-Puissant est notre père. « Le Rocher, Son œuvre est parfaite, car toutes Ses voies sont justice ; D.ieu fidèle et sans injustice, Il est juste et droit » (Devarim, 32:4). Nous savons avec certitude qu’Il ne commet aucune injustice. Mais si cela n’est pas immédiatement clair, si cela ne se voit pas au premier regard, c’est parce que telle est la nature de ce monde, un monde de dissimulation.

Le ’Hafets ’Haïm l’explique à l’aide d’une parabole. Un étranger arriva à la synagogue un Chabbat, au moment où l’on attribuait les aliyot — les montées à la Torah. Il regarde et ne comprend pas ce qui se passe. À ses yeux, il faudrait appeler tout le monde dans l’ordre. Par exemple, les personnes de la rangée de devant, à droite, monteraient d’abord à la Torah ; au Chabbat suivant, celles de la rangée de devant, à gauche — et ainsi de suite jusqu’à la dernière rangée. Tout suivrait un système strict, clair et compréhensible. Mais il voit se produire des choses étranges. D’abord, le gabbaï appelle un jeune homme de la rangée de devant, à droite, puis soudain un homme âgé de la rangée du fond, à gauche, puis quelqu’un du milieu. L’étranger s’étonne, car il n’y voit aucune logique. Après la prière, il s’approche du gabbaï et lui dit : « Excusez-moi de m’en mêler, mais expliquez-moi, s’il vous plaît, l’ordre des appels à la Torah dans votre synagogue. Je ne vois absolument aucun sens à cette répartition ! » Le gabbaï répond : « C’est parce que vous êtes ici un visiteur, un étranger. Voilà pourquoi vous ne comprenez rien. Les fidèles de cette synagogue connaissent ces personnes, tout comme moi, et savent pourquoi je les appelle précisément. Ce jeune homme de la rangée de devant, à droite, est devenu père ; c’est pourquoi je l’ai appelé. Quant à l’homme âgé de la rangée du fond, à gauche, c’est aujourd’hui son yahrzeit (anniversaire du décès d’un proche parent) ; c’est pourquoi je l’ai appelé ensuite. Et le troisième appelé est un futur marié. Chaque appel à la Torah a une raison particulière. Nous savons tous de quoi il s’agit, mais toi, l’étranger, tu ne pouvais pas le savoir ; c’est pourquoi il t’a semblé qu’il n’y avait là aucune logique. »

Dans ce monde, nous sommes tous semblables à des visiteurs, à des étrangers. Nous sommes venus ici à un moment donné, sans savoir ce qui nous a précédés ni ce qui nous attend. Nous ne comprenons pas le comportement du « gabbaï », nous ne voyons pas de logique dans ce qui se passe. Ce que nous voyons nous paraît décousu et dépourvu de sens. Notre vision est incomplète, ce ne sont que les « yeux d’un étranger ». Mais si nous pouvions tout voir du point de vue du Tout-Puissant, qui voit toutes les causes, il deviendrait immédiatement clair que tout obéit à un système précis.

Le ’Hafets ’Haïm donne une autre parabole sur le même thème. Il est écrit dans le traité Chabbat (55a) : « Le sceau du Tout-Puissant est la vérité. » Un sceau est, au fond, une signature. Autrefois, au lieu de signer un document, on pouvait y apposer son sceau. Si l’on soulève le sceau pour le regarder par-dessous, les lettres apparaissent inversées, à l’envers. Ce n’est qu’au prix d’un effort que l’on peut comprendre ce qui y est écrit. Mais lorsque les lettres sont imprimées sur le papier, chacun peut les lire sans grand effort — tout est à l’endroit et clair. Lorsque nous regardons ce qui se passe de bas en haut, nous ne pouvons pas déchiffrer le sceau du Tout-Puissant. Mais lorsque les lettres sont imprimées, c’est-à-dire si l’on regarde de haut en bas, il devient clair que c’est la vérité. Tout ce que fait le Tout-Puissant est vérité ; seulement, nous ne savons pas la lire.

Prenons encore un exemple. Si nous prenons une magnifique tapisserie et la regardons à l’endroit, nous verrons l’œuvre d’un maître : des points réguliers et lisses, un tableau sur le tissu. Mais si nous la retournons, que verrons-nous ? Des nœuds. Une multitude de nœuds disgracieux sur l’envers. Le Tout-Puissant brode pour nous la tapisserie de notre vie. Mais nous, placés en dessous, ne voyons que les nœuds sur l’envers de la broderie. Cependant, lorsque nous arriverons dans le Monde de vérité et que nous aurons le mérite de voir notre vie d’en haut, nous pourrons alors apprécier la complexité et la beauté de l’œuvre du Maître. Et chaque passage difficile, chaque petit nœud, se révélera être le début d’une nouvelle partie de cet extraordinaire dessin.

Je voudrais raconter un épisode. Madame ’Haya Miletski, fille de l’un des célèbres magguidim — le rav Chalom Schwadron —, a souffert d’une terrible maladie pendant trois ans. Elle est morte récemment, il y a deux ans. Je me souviens du premier Roch Hachana où elle a appris qu’elle était malade. J’hésitais à aller lui rendre visite. C’est une parente éloignée ; en outre, elle était veuve depuis de nombreuses années et vivait seule. Elle avait élevé ses enfants et les avait mariés toute seule. Nous nous connaissions, mais on ne pouvait pas parler de relations proches. C’est pourquoi j’hésitais à venir, je ne voulais pas la déranger. D’un autre côté, j’avais très envie de lui rendre visite pour la soutenir. À la fin de Roch Hachana, ma fille et moi rentrions de la synagogue, et notre chemin passait devant la maison de ’Haya. Soudain, je me suis décidée à monter chez elle, et nous sommes entrées ensemble, ma fille et moi. ’Haya était assise sur une chaise ; elle souffrait d’une forme de maladie qui faisait mal à tous les muscles. Je voulais lui prendre la main et lui souhaiter « Chana tova », mais elle m’a demandé de ne pas la toucher, car les contacts lui faisaient très mal. Je lui ai souhaité un prompt rétablissement et lui ai dit que le Tout-Puissant ne manquerait pas de l’aider. Elle m’a répondu : « Tu sais ce que c’est ? C’est mon Papa qui m’a fait une piqûre. Il a décidé que j’avais besoin d’une piqûre maintenant. Bien sûr, j’ai mal. Mais que puis-je dire ? Que cette piqûre ne m’a pas été bénéfique ? Si mon Papa, qui m’aime plus que quiconque au monde et qui est le plus miséricordieux, a décidé que j’avais besoin d’une piqûre, alors cette piqûre ne peut pas me faire de mal ! Elle m’est bénéfique. Je peux crier quand j’ai mal, mais je sais que cela vient d’un Papa aimant et ne peut m’apporter que du bien. »

Elle était une femme si sincère qu’on ne peut pas dire que ses paroles ne reflétaient pas ce qu’elle avait dans le cœur. Si elle l’avait dit, c’est qu’elle le pensait et le ressentait ainsi. Finalement, j’étais venue la soutenir, et c’est elle qui m’a soutenue. Pendant plusieurs années, je lui ai rendu visite chaque Chabbat. Elle traversait des moments plus difficiles, des périodes de faiblesse, mais elle ne perdait jamais la foi. Même lorsqu’elle souffrait atrocement et disait : « Qu’est-ce que c’est ? Que va-t-il m’arriver ?! », elle ne perdait pas la foi dans le fait que ces souffrances venaient d’un Père aimant, qui ne lui ferait aucun mal.

Il existe de nombreux récits dans lesquels un tanna (un sage de l’époque de la Michna) demandait que le prophète Éliyahou lui apparaisse et lui montre par quelles voies cachées l’Éternel gouverne le monde. Éliyahou acceptait à une condition : ne poser aucune question. Beaucoup de choses étranges allaient se produire, mais il ne fallait demander ni ce qu’elles signifiaient ni pourquoi elles arrivaient. Dès qu’une question était posée, le prophète Éliyahou disparaissait. On trouve de nombreux épisodes semblables dans le Talmud : des sages accompagnaient le prophète Éliyahou en chemin, des choses étranges se produisaient, et ils ne pouvaient s’empêcher de poser des questions.

L’un des épisodes rapportés dans la Guemara se déroula chez des gens pauvres qui ne possédaient qu’une seule vache. Ils accueillirent ce sage et le prophète Éliyahou, les installèrent comme leurs invités et leur servirent ce qu’ils avaient de meilleur. Mais lorsque les invités franchirent la porte pour partir, Éliyahou pria pour que la vache de ces gens meure.

Une autre fois, ils arrivèrent chez un homme riche, mais on ne les laissa pas entrer : on les chassa et on leur donna quelques restes. Le prophète Éliyahou pria alors pour que cette maison ne soit jamais détruite. Plusieurs autres épisodes suivirent.

Enfin, le sage qui accompagnait Éliyahou ne put plus se retenir et lui demanda d’expliquer son étrange comportement. Éliyahou l’avertit que, s’il répondait à sa question, le sage ne pourrait plus l’accompagner. Le sage acceptait tout, pourvu qu’il obtienne une réponse. Éliyahou lui expliqua alors les choses une à une. Chez les gens pauvres, il savait qu’un jugement avait été prononcé contre la maîtresse de maison : elle devait mourir dans l’année. Il avait donc prié pour que la vache meure à sa place. Quant à la maison du riche, un grand trésor était caché dans ses murs ; il avait donc prié pour que la maison ne soit pas détruite et que le riche n’obtienne pas ce trésor. Il expliqua ainsi tous les événements : tout est prévu, tout s’explique en réalité et a un sens.

Il en va de même pour nous : nous ne voyons que ce qui nous est accessible et nous en tirons des conclusions. Nous avons notre propre expérience de la vie, nos convictions. Mais même en mobilisant toutes nos facultés intellectuelles, nous ne pourrons pas saisir le tableau dans son ensemble tant que quelqu’un qui le connaît ne nous l’aura pas dévoilé.

Tout cela nous concernait, nous les adultes. Passons maintenant aux enfants.

Les enfants, même lorsqu’ils ont déjà grandi, se retrouvent souvent dans des situations où ils ne comprennent pas ce qui se passe. Ils ont beaucoup de questions, de dilemmes. Il y a des choses qu’ils ne peuvent tout simplement pas encore saisir. Le plus souvent, ils viennent poser leurs questions à leurs parents. Nous devons donc devenir ceux qui apportent des réponses et éclairent les problèmes.

Prenons l’exemple d’une fille. Elle étudie avec beaucoup d’application, se prépare avec soin avant chaque examen, fait tous ses devoirs ; elle est assidue et réfléchie. Juste avant l’examen, elle annule toutes ses activités prévues, s’assied et révise encore une fois l’ensemble du programme. Le matin, elle se rend à l’examen et… obtient péniblement 80 (un « quatre »). Elle revient en larmes auprès de sa mère et lui demande : « Comment est-ce possible ? J’ai une amie qui est née très douée. Il lui suffit de regarder son cahier une seule fois pour déjà tout savoir. Elle ne consacre pas autant de temps aux études, sèche les cours, ne se soucie pas de ses devoirs, bavarde et n’écoute pas en classe, participe à toutes les activités et à toutes les soirées de divertissement… et elle obtient 100 (un « cinq ») ! Elle est reconnue par les professeurs et ses camarades de classe. Et moi… » Une mère doit être prête à répondre à ce genre de questions.

Les enfants se comparent souvent aux autres. Pourquoi certains peuvent-ils se permettre de partir en vacances plusieurs fois par an, alors que d’autres doivent soigneusement préparer leur unique voyage pendant les vacances scolaires ? Pourquoi mangent-ils au déjeuner ce que nous ne mangeons que le Chabbat ? Pourquoi ne pouvons-nous nous offrir qu’une fois par an ce qu’ils achètent une fois par mois ? On peut poser de tels « Pourquoi ? » à l’infini.

Il arrive qu’un « enfant particulier » naisse dans une famille. Chacun se demande alors pourquoi ce sort lui est échu à lui précisément. Les enfants demandent pourquoi ils ont un tel frère : ils ont honte de sortir dans la rue avec lui. Pourquoi dois-je affronter les moqueries des autres ? Les adultes se demandent eux aussi pourquoi cet enfant est né chez eux plutôt que dans une autre famille. Parfois, l’enfant « particulier » lui-même demande pourquoi il est ainsi. J’ai une nièce qui est née avec une anomalie : il lui manque des doigts aux mains et les muscles de son visage ne se contractent pas ; elle ne peut pas sourire. Elle se demande sans cesse : « Pourquoi moi ? » Pourquoi dois-je affronter tout cela ?

Quelle est donc la réponse à ces questions ? Car elles existeront toujours dans ce monde où les choses sont voilées.

Je pense que, pour un petit enfant, les réponses à ces questions se trouvent dans l’enfance. Dès le début, il faut lui expliquer les situations simples à la lumière de la foi.

Par exemple, une famille devait se rendre à une célébration. Tout le monde était prêt à temps et ils sont partis en avance. Ils sont montés en voiture ou dans un autobus et se sont mis en route. Et soudain : un accident sur la route, un embouteillage. Ils y sont restés bloqués plusieurs heures et, bien sûr, sont arrivés en retard à la célébration. L’enfant est tellement déçu. Il demande à sa mère : pourquoi ?

La première chose qu’il doit entendre en réponse à sa question est : « Tout est pour le mieux. » Ce sont des mots avec lesquels l’enfant doit grandir. Tout est pour le mieux. Si nous avions dû être à cette célébration, nous y aurions été. Pourquoi cet accident s’est-il produit précisément aujourd’hui, précisément maintenant, précisément ici, sans parler de ceux qui ont été impliqués dans cet accident… ? Nous ne connaissons pas les calculs du Ciel. Nous savons seulement que, si le Tout-Puissant avait voulu que nous soyons à cette célébration, nous y aurions été. S’Il nous a retardés, c’est qu’Il avait Ses raisons ; nous pouvons essayer de les deviner, de les comprendre, mais ce ne seront que nos suppositions.

Lorsque l’enfant entend nos paroles, il lui est difficile, sur le moment, de les accepter. Il pleure, s’indigne. Mais il s’en souvient. Et il se souvient aussi de la réaction de sa mère. S’il voit qu’au fond d’elle, elle aussi s’indigne et se plaint, elle pourra lui répéter dix fois que tout est pour le mieux : il ne la croira pas. Au fond d’elle, la mère doit croire que tout est réellement pour le mieux. Si elle parle au téléphone et, pensant que l’enfant ne l’entend pas, dit : « Pff ! Que c’est énervant ! Je comptais arriver à l’heure à une réunion professionnelle, mais l’autobus a été pris dans un embouteillage et je suis arrivée en retard ! » Il peut s’agir de situations très diverses : pertes financières, projets compromis, ennuis personnels. Tout cela se déroule sous les yeux de l’enfant, même si nous ne faisons pas attention à lui. Si, en réalité, les parents réagissent à l’événement avec indignation et mécontentement, les paroles sur la foi ne convaincront pas l’enfant : il sentira les failles de notre foi.

Plus nous disons et répétons, de tout cœur, que tout vient du Tout-Puissant, que tout est pour le bien, qu’Il ne nous envoie pas d’événements dans l’intention de nous nuire, plus l’enfant s’en imprégnera profondément, même s’il ne le comprend pas immédiatement. Quand il grandira, cela deviendra aussi sa ligne de conduite. Les enfants dont les parents réagissaient à tous les événements en montrant, en toute situation, qu’ils comprenaient que « tout est pour le bien », se souviennent de ces situations et de la réaction de leurs parents, qui les a marqués. Peu à peu, cette interprétation des événements s’est transformée en la conviction que les choses sont réellement ainsi, et est devenue la vision du monde propre à l’enfant.

Il est impossible, ici, de ne pas nous écarter quelque peu du sujet, dans la mesure où notre compréhension le permet, et de ne pas citer les paroles du Ramban au sujet des enfants atteints de maladies ou d’infirmités congénitales. Nous ne parlons pas ici de récompense et de châtiment ; nous essaierons seulement d’aborder ce sujet. Le Ramban dit que, dans de nombreux cas, cela est lié au mystère du gilgoul, de la réincarnation. Ce nouveau-né n’a pas encore eu le temps de pécher : il ne mérite pas de châtiment. Mais son âme répare ainsi une faute commise dans une vie précédente. Le 'Hafets 'Haïm dit que, si un enfant naît sans un certain organe, cela signifie que, dans son incarnation précédente, il a péché au moyen de cet organe. Lorsque l’âme est montée au Ciel, elle a demandé, avant sa naissance actuelle, de ne pas avoir cet organe et de ne pas être confrontée aux épreuves qui s’y rattachent, afin de ne pas pécher de nouveau. Nous devons simplement garder cela à l’esprit ; aucune action ne nous est demandée à ce sujet, seulement de faire preuve de prudence. Mais nous ne pouvons pas calculer ni dire ce qui revient à chacun et pour quelle raison : ces choses dépassent notre compréhension, elles relèvent des mondes supérieurs.

On raconte l’histoire d’un couple qui n’avait pas eu d’enfant pendant de longues années et auquel, enfin, un enfant est né. Mais il est mort au bout de 6 mois. Sa malheureuse mère ne parvenait pas à se consoler : elle pleurait sans cesse. Ils sont allés exposer leur situation à un grand sage de la Torah et à un juste, pour demander pourquoi un tel malheur leur était arrivé. La réponse du sage leur a expliqué que l’enfant était la réincarnation d’un juste à qui il manquait six mois d’enfance auprès d’une mère juive. Pour cette âme élevée, il fallait réparer cela. La mère du petit garçon nouveau-né avait été choisie pour être cette mère juive qui aiderait l’âme à achever sa mission. De tels récits nous enseignent que, si nous connaissions les raisons de ce qui se produit, le dessein de Celui qui planifie les événements de ce monde, nous n’aurions plus de questions : la logique serait claire comme le jour.

Il est écrit dans les Pirké Avot (4:17) : « Une heure de bien-être (un plaisir fugace) dans le monde à venir vaut mieux que toute une vie (tous les plaisirs) dans ce monde. » Le rav Dessler explique que, si l’on réunissait tous les plaisirs de toutes les créatures de ce monde, c’est-à-dire les plaisirs multipliés par le nombre de tous ses habitants, cela représenterait moins qu’une infime parcelle de bien-être, pas même de plaisir, dans le monde à venir. Nous avons du mal à nous le représenter.

C’est pourquoi il est écrit dans le traité Kidouchin (39b) : « Il n’y a pas de récompense pour les mitsvot dans ce monde. » Certaines mitsvot donnent lieu à une certaine récompense dans ce monde, mais nous savons que, pour l’essentiel, la récompense nous attend dans le monde à venir. C’est pourquoi la question du « juste qui souffre et du méchant qui prospère » est si difficile à comprendre pour nous. Notre maître Moché, le roi Chlomo, le plus sage des hommes, ainsi que son père, le roi David, y ont réfléchi et médité sans parvenir à une explication complète. Nous voyons que cette question préoccupait tout le monde, du plus petit au plus grand. L’une des réponses admises est que la récompense d’une mitsva est si immense qu’il est impossible de la verser dans une monnaie aussi petite que le plaisir de ce monde. C’est pourquoi la récompense qui revient aux justes les attend dans le monde à venir, sous une forme qui peut en exprimer la véritable ampleur. D’un autre côté, la récompense accordée à une personne suit la même échelle que celle selon laquelle elle évalue sa mitsva. Ainsi, celui qui trouve tout à fait acceptable une prière commencée tard, en avalant les mots et en se pressant, recevra une récompense tout aussi imparfaite. Combien elle différera de la récompense de celui qui s’est levé plus tôt, qui, par un effort de volonté, s’est extrait de sa couverture bien chaude et a prié avec réflexion et lentement, parce que la prière a de la valeur à ses yeux !

Si nous parvenons à transmettre ces nuances aux enfants, s’ils nous entendent répéter ces choses encore et encore et voient que nos paroles concordent avec nos actes, cela enracinera la foi en eux. En revanche, parler seulement ne suffira pas, car les enfants sont très observateurs : nous pouvons répéter autant que nous voulons qu’il faut dire la vérité, mais si, dans les faits, nous taisons nous-mêmes certaines choses et en déformons légèrement d’autres, les enfants comprennent qu’on peut contourner la vérité.

Il est également écrit : « Et Il rétribue ceux qui Le haïssent : chacun en face, pour le faire périr. Il ne tardera pas envers celui qui Le hait ; en face, Il le rétribuera » (Devarim, 7:10). Pour les semblants de mitsvot que les méchants accomplissent dans ce monde, et selon la valeur qu’ils accordent à leurs mitsvot, une récompense leur revient dans ce monde : elle peut tout à fait leur être versée à la mesure de ce que permet ce monde. Ils reçoivent richesse, respect, tout ce dont ce monde est riche, afin qu’il ne leur reste aucun mérite pour le monde à venir.

À propos de l’exemple donné aux enfants, je me souviens de ma propre grand-mère. Pendant une certaine période, elle a vécu chez nous. Elle avait une grande chambre lumineuse, baignée de soleil. Mais peu de temps après, les voisins de la maison d’en face ont décidé de faire des travaux d’agrandissement. Une fois les travaux terminés, il s’est avéré que leurs fenêtres donnaient désormais directement sur les nôtres et qu’ils avaient complètement bloqué la lumière du soleil dans la chambre de ma grand-mère : elle était devenue sombre. Ma mère s’est indignée : « Ils n’ont sûrement pas d’autorisation pour faire une chose pareille ! » Mais ma grand-mère lui a répondu en yiddish : « Jérusalem se reconstruit ! Loué soit D.ieu ! » Autrement dit, malgré la lumière bloquée, la poussière et les déchets des travaux, ma grand-mère a su y voir que « tout est pour le mieux » : « Jérusalem se reconstruit. »

Un enfant, et parfois même un adulte, qui ne connaît pas le Créateur du monde ne comprend pas Qui accorde la récompense et le châtiment. Mais si un adulte accepte plus facilement de ne rien voir concrètement, un enfant a absolument besoin de voir ou de se représenter les conséquences des mitsvot accomplies, des bénédictions prononcées et des prières. Le rav Ye'hiel Jacobson racontait qu’un jour, sa fille avait voulu manger un bonbon sans prononcer de bénédiction dessus. Il lui a demandé de lui rendre le bonbon, l’a posé au bord de la table et lui a dit : « Voici le bonbon. Il est à toi et il t’attend. Mais tu ne peux pas le manger sans bénédiction. Dès que tu voudras prononcer la bénédiction, tu pourras le prendre. » Quelque temps après, la petite fille a prononcé la bénédiction à voix haute et a pris le bonbon. Le rav Jacobson lui a alors dit : « Maintenant que tu as prononcé la bénédiction, je vais te raconter ce qui s’est passé au Ciel. Des multitudes d’anges y demeurent. Certains chantent leur chant de louange au Tout-Puissant une fois par jour, d’autres une fois par mois, d’autres une fois par an. Il y en a aussi qui ne chantent qu’une seule fois dans leur vie ; leur tâche dans le monde est alors terminée et ils cessent d’exister. Soudain, le Tout-Puissant les fait tous taire. Un silence complet s’installe. Sais-tu pourquoi ? Parce que le Tout-Puissant veut entendre ta bénédiction. Et maintenant, on n’entend plus que la voix d’une seule petite fille ! Ta voix ! » En entendant cette description, la petite fille s’est exclamée : « Vite ! Je veux encore quelque chose pour pouvoir prononcer une bénédiction ! » Bien sûr, le rav Jacobson raconte tout cela de manière encore plus saisissante et vivante, en ajoutant des descriptions des armées célestes tirées des midrachim. De tels récits aident beaucoup les enfants à ressentir l’efficacité de leurs propres mitsvot.

De plus, les exemples qui montrent aux enfants qu’ils ont des raisons de remercier le Tout-Puissant, même les plus simples, sont eux aussi très efficaces. Si nous voyons une personne malade, il faut attirer l’attention de notre enfant sur le fait qu’il est en bonne santé et qu’il peut, par exemple, manger tout seul : ses muscles, son larynx, son estomac, etc., sont en bonne santé. C’est pour cela qu’il prononce une bénédiction. Avant de manger, il demande la permission de profiter de ces bienfaits ; après avoir mangé, il exprime sa gratitude. Autour de nous, il existe une multitude de choses sur lesquelles nous pouvons attirer l’attention de l’enfant afin d’éveiller en lui, autant que possible, le désir de remercier lui-même D.ieu.

Nous sommes tous « des croyants, enfants de croyants ». « Croyants », comme il est dit (Chemot, 4:31) : « Et le peuple crut » ; « enfants de croyants », comme il est dit au sujet d’Abraham : « Et il crut en l’Éternel » (Beréchit, 15:6). Notre foi est l’héritage que nous ont transmis nos ancêtres, avec l’étincelle de sainteté dans notre âme. Mais pour l’éveiller, nous devons nous-mêmes affermir notre foi, et dire et répéter à l’enfant que ce que notre Père céleste nous envoie est toujours pour le bien.

Préparé par Zissi Skarjinskaïa