Rabbanite Léa Gans
Il arrive qu’un malheur nous frappe, nous ou des personnes de notre entourage, et nous prions, nous prions, mais sans réponse. Comme si nous n’avions pas « obtenu par la prière » une heureuse issue. En réalité, aucune prière ne reste sans réponse ; nous ne le voyons tout simplement pas immédiatement.
Un autre cas où nous ne recevons pas de réponse est celui où nous ne prions pas pour la bonne chose.
Nous décidons que nous savons mieux ce qui nous convient le plus, et nous le demandons. Cependant, nos projets ne correspondront pas toujours à ce dont nous avons besoin, et nous pouvons nous entraîner nous-mêmes dans un piège, car il ne nous est pas donné de prévoir ce qui découlera de notre choix.
Le plus juste serait donc de prier à peu près ainsi : « Tout-Puissant, Tu sais que je poursuis des buts louables. Tu sais ce qui est bon pour moi (qui me convient, dans le cas d’un chidoukh) et quand cela doit se produire. Je T’en prie, fais en sorte que tout se déroule de la meilleure manière pour moi ». C’est ainsi, en nous en remettant à la Providence divine, que nous pouvons prier sans craindre que notre demande soit rejetée.
L’un de nos Sages demande : pourquoi une femme doit-elle accoucher ?
Autrement dit, pourquoi doit-elle traverser la douleur et la souffrance, l’attente angoissée de l’inconnu ? Lorsque le rav Yossef Chlomo Kahaneman, fondateur de la yéchiva de Ponevezh en Terre d’Israël, en était aux tout débuts de son grand projet, il racontait comment le rav ‘Haïm de Volozhine « pétrissait l’argile avec des larmes et non avec de l’eau », c’est-à-dire qu’il « pétrissait avec des larmes » les premières briques d’angle de l’édifice : il pleurait pour l’avenir de la yéchiva. C’est ainsi qu’a été bâtie la yéchiva de Volozhine, appelée la « mère des yéchivot ». Et c’est ainsi que chaque yéchiva doit être construite pour avoir la force d’exister.
Un nourrisson juif est une pierre angulaire du peuple.
Si tout se passait sans heurts, sa création ne serait pas accompagnée de larmes. Un enfant ne naît pas sans les larmes de sa mère, qui devrait, à ce moment-là, diriger toute la force de son âme bouleversée vers une prière pour ce nourrisson, afin qu’il acquière la crainte de D-ieu. Chaque enfant est un monde entier, et nous l’accueillons par une prière en larmes pour lui donner des forces.
Dans le traité Sanhédrin (44b), il est écrit : « Que l’homme fasse toujours précéder le malheur par la prière ».
On peut le dire de toute maladie, de toute difficulté : mieux vaut prier à l’avance pour que tout aille bien. Le ‘Hafets ‘Haïm écrit qu’il faut être attentif pendant la prière : il convient d’être au calme, serein, afin de prier avec réflexion et concentration. Mais comment prier sereinement lorsque les épreuves ont rempli le cœur d’amertume ?
Et pourtant, nous savons que si, pendant les périodes de répit, quand tout est calme, nous pouvons nous laisser distraire pendant la prière et penser à autre chose, lorsque notre cœur brisé parle en nous, notre prière est bien plus forte ; on dirait qu’elle « perce les Cieux ». Mieux vaut malgré tout ne pas attendre un événement qui nous obligera à prier avec kavana, mais prier avec concentration même quand tout est calme.
J’ai lu que, pendant la guerre de Yom Kippour, plusieurs chars se trouvaient dans la péninsule du Sinaï et y étaient tombés dans une embuscade.
Les chars égyptiens étaient beaucoup plus nombreux. Les soldats ont eu le sentiment que c’était la fin. À ce moment-là, le commandant a crié à la radio : « Quelqu’un sait-il prier ? » Le silence s’est installé. À leur honte, aucun des soldats ne connaissait un seul mot de prière. Puis l’un d’eux s’est souvenu que, lorsqu’il venait chez son grand-père, celui-ci lui donnait un verre de jus d’orange et disait : « Récite la bénédiction “Chéhakol nihya bidvaro” (“Que tout soit selon Sa parole”) ». Il a raconté ce souvenir à la radio. Le commandant a ordonné de charger un obus, ils ont récité sur cet obus la bénédiction « Chéhakol » et ont tiré. Et, pour la première fois, ils ont touché un char égyptien ! À partir de ce moment, chaque obus « béni » atteignait un char ennemi !
C’est à peu près ainsi que la prière agit dans les moments difficiles, lorsqu’elle vient du cœur.
Les femmes qui disposent d’au moins 15 minutes de temps libre peuvent prier en suivant le Sidour. Si la famille n’a plus d’enfants en bas âge, la mère a en général aussi le temps de réciter des Téhilim. Mais même les mères très occupées peuvent prier avec leurs propres mots au sujet de ce qui leur pèse sur le cœur : ce sera aussi une prière.
Les paroles établies par les Sages de la Grande Assemblée possèdent force et sainteté, et à plus forte raison les psaumes écrits par le roi David. Mais la prière qui vient du cœur n’est pas moins importante.
Lorsque le Tout-Puissant a dit à Moché, notre maître, de construire le Michkan, Moché a répondu qu’il ne le pouvait pas. Rachi commente ainsi le verset « Et ils apportèrent le Michkan à Moché » : « Ils ne pouvaient pas l’ériger eux-mêmes, et comme Moché n’avait participé à aucun des travaux de fabrication du Michkan, le Saint, béni soit-Il, lui a confié le soin de l’ériger ». Mais c’est un travail physiquement très lourd : soulever les piliers, tendre les tentures. Un seul homme, même tel que Moché, notre maître, ne peut y parvenir. Lorsque Moché a demandé : « Comment un homme peut-il ériger le Michkan ? », le Tout-Puissant a répondu : « Occupe-toi (de cela), toi, avec tes propres mains ». Il semblait que Moché dressait le Michkan, mais il ne faisait que le toucher, et le Michkan se dressait tout seul.
Lorsqu’une personne prie, elle ne voit souvent aucun changement se produire.
Les larmes ont déjà séché, le cœur est sec lui aussi, l’espoir a disparu : il semble impossible de continuer à prier avec kavana. Dans cette situation, nous pensons comme Moché : comment un seul homme peut-il formuler une prière capable de faire évoluer les circonstances ? Il faut malgré tout prier ; le Tout-Puissant comblera ce qui manque à notre prière et achèvera Lui-même de l’édifier.
À suivre
Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa