Rabbanite Léa Gans
La meilleure prière est celle du malade pour lui-même
Agar, chassée avec Ismaël à la demande de Sarah, marchait en portant son fils sur ses épaules (il était malade et faible). Lorsque leur eau fut épuisée, Agar déposa Ismaël sous un buisson et s’éloigna pour ne pas voir ses souffrances. Non loin de lui, elle priait en pleurant pour que son fils guérisse, tout en redoutant d’assister à sa mort. Pourtant, quelque temps plus tard, Ismaël pria lui-même pour lui, et le Très-Haut répondit à sa prière « tel qu’il était » (Béréchit, 21:17), c’est-à-dire dans l’état où se trouvait Ismaël à ce moment-là (au regard de ses actes), sans tenir compte du comportement futur des descendants d’Ismaël envers les Juifs.
Bien qu’Agar ait vu des anges et mené une vie juste dans la maison d’Abraham, qu’Abraham l’ait reprise auprès de lui après la mort de Sarah (comme le rapporte Rachi, Kétoura est Agar), et que ses actes aient été agréables au Créateur comme la kétoret (l’encens, dont le nom a la même racine que Kétoura), Il accueillit non pas sa prière en larmes, mais « la voix du jeune garçon ». Même le grand maître de l’enseignement ésotérique, Rabbi Chimon bar Yo'haï, disait de lui-même qu’il n’avait pas atteint le niveau d’Agar ; pourtant, le Créateur entend la « voix » de son fils plutôt que sa prière. Pourquoi ?
Parce que le malade comprend mieux son propre état. Il sait précisément ce qui le tourmente et l’épuise. C’est la prière d’Ismaël, de toute son âme et pour sauver son âme, que le Très-Haut accueille plus favorablement que celle de sa mère.
On connaît l’histoire d’un rabbin qui allait de maison en maison recueillir de l’argent pour les pauvres de sa petite ville. Le temps était affreux, un vent glacial soufflait et il neigeait. Le rav frappa à la porte d’un riche bien connu. Le maître de maison vint lui-même ouvrir, et le rav se mit à lui raconter les difficultés qui s’étaient abattues sur les pauvres et le manque de combustible… Le riche l’interrompit poliment : « Monsieur le rav, entrons donc et fermons la porte : il fait très froid dehors. Bien au chaud dans le salon, je serai heureux d’écouter tout ce que Monsieur le rav souhaite me dire ». Mais le rav répondit : « Non, je ne veux pas entrer au chaud ; au contraire, j’ai besoin que vous éprouviez le froid que ressentent ceux pour qui je suis venu demander de l’argent afin qu’ils puissent se chauffer et subvenir à leurs autres besoins ».
Une personne en bonne santé ne peut pas ressentir pleinement ce que vit un malade ; c’est pourquoi le malade lui-même doit impérativement prier pour lui. Cela ne remplace pas la prière des autres pour lui : simplement, sa propre prière sera plus efficace.
Puisque nous avons abordé la prière pour un malade, examinons ce sujet un peu plus en détail.
Dans le traité Nédarim (40a), il est écrit au nom du rav Dimi que celui qui rend visite à un malade l’encourage à vivre.
Celui qui rend visite à un malade implore pour lui la miséricorde d’En Haut afin qu’il vive, car il est à ses côtés et voit ses souffrances (ce n’est pas du tout la même chose que de prier pour un malade depuis chez soi). La Chékhina est présente auprès du malade. Dans le traité Nédarim, il est écrit qu’« il ne convient pas de s’asseoir sur le lit du malade, ni sur un banc, ni sur une chaise, mais de s’envelopper dans un talit et de s’asseoir par terre, car la Présence du Très-Haut se trouve au-dessus du lit du malade ». Le 'Hafets 'Haïm s’imaginait parler du malade directement devant le Très-Haut, face à la Chékhina, et demandait : Tu es le grand guérisseur, Tu sais tout ce que cet homme a déjà traversé, tout ce qu’il a enduré : guéris-le…
à suivre
Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa