Rabbanite Léa Gans
Reconnaissance (hodaa)
Lorsque notre matriarche Léa a eu son premier fils, elle l’a appelé Réouven (« L’Éternel a vu ma misère »), le deuxième Chimon (« L’Éternel a entendu que je ne suis pas aimée »), le troisième Lévi (« Cette fois, mon mari sera [plus longtemps] avec moi »), et le quatrième Yehouda (« Cette fois, je remercierai l’Éternel »). Si toutes les matriarches — les épouses de Yaakov — avaient eu le même nombre de fils, Léa aurait eu trois fils. Or, avec la naissance du quatrième, elle a reçu plus que sa part et en a rendu grâce.
Le peuple juif est appelé « am yehoudi », le peuple des Juifs, ceux qui savent remercier et reconnaître leurs erreurs (du mot hodaa, qui signifie reconnaissance et gratitude).
Notre tâche est de remercier le Tout-Puissant.
Le rav Chimchon David Pinkous compare la prière à une demande adressée à une personne. Si quelqu’un subvenait à tous nos besoins : nourriture, vêtements, travail, toit au-dessus de nos têtes, comme nous lui serions reconnaissants ! Et comment irions-nous le voir après avoir reçu ses cadeaux ? En exigerions-nous davantage ? Ou le remercierions-nous sans fin pour tout ? Et comment nous comportons-nous envers Celui qui nous a donné l’air, l’eau, la vie, une famille, un mari et des enfants, la santé ? Le remercions-nous à chaque seconde ou réclamons-nous davantage avec mécontentement ?
Le ‘Hafets ‘Haïm écrit que si, avant le « Birkat Hamazon » (la bénédiction après le repas), nous nous arrêtions un instant pour penser : « J’avais faim, et maintenant je suis rassasiée. D-ieu soit loué ! Je peux manger, sentir le goût des aliments et en tirer du plaisir », nous ressentirions une grande reconnaissance. Certaines personnes doivent s’alimenter par une sonde, et c’est une souffrance…
Chaque matin, nous exprimons notre reconnaissance envers le Tout-Puissant pour le fait de voir, d’avoir de quoi nous vêtir, parce qu’Il redresse ceux qui sont courbés et libère les prisonniers, pour tout ce qui nous est nécessaire… Nous récitons cela machinalement, mais il faut y réfléchir : c’est réellement le cas ! Nous voyons, D-ieu soit loué !
Avant la prière de « Chémoné Essré », nous reprenons les paroles du roi David : « Éternel, ouvre mes lèvres, et ma bouche proclamera Ta louange ».
Si nous comprenions devant Qui nous nous apprêtons à prier, la peur et la crainte révérencielle nous empêcheraient d’ouvrir la bouche… Autrefois, les hommes pieux étudiaient pendant une heure avant la prière, se préparaient et disposaient leur cœur à parler au Tout-Puissant. Et nous ? Souvent, nous ne nous souvenons même pas si nous avons récité le « Birkat Hamazon » ou non. Si nous nous arrêtions deux secondes avant la prière ou avant de réciter une bénédiction, nous nous souviendrions si nous l’avons récitée ou non.
Il est écrit à propos de notre matriarche Sarah : « Et la vie de Sarah fut de cent ans, de vingt ans et de sept ans — les années de la vie de Sarah ». Il existe plusieurs explications de ce verset. L’une d’elles se fonde sur les nombres (les années de sa vie) qui y sont mentionnés et sur des versets des Téhilim. Le psaume numéro cent commence par les mots « Psaume de reconnaissance » : c’est là son essence. Quant au psaume numéro vingt, on le récite lorsque surviennent des temps difficiles, que le chagrin nous accable. On y trouve ces paroles : « L’Éternel te répondra au jour de la détresse, le nom du D-ieu de Yaakov te fortifiera ».
Notre matriarche Sarah accueillait tous les événements de sa vie de la même manière, aussi bien ceux que l’on pouvait qualifier de « jours de détresse » que ceux pour lesquels on a envie de rendre grâce.
Elle éprouvait de la reconnaissance pour les uns comme pour les autres.
Le rav Pinkous racontait que, dans sa jeunesse, il étudiait avec son père. Lorsque, certains jours, il étudiait particulièrement bien, assimilait vite et comprenait le contenu étudié, son père lui disait : « Tu mérites une punition. Puisque tu as si bien étudié aujourd’hui, cela prouve que tu aurais pu étudier tout aussi bien hier ! Et avant-hier ! » On peut en dire autant de nous : pourquoi ne prions-nous de tout notre cœur que lorsque des ennuis nous arrivent ? Cela signifie pourtant que nous aurions pu prier tout aussi bien auparavant ?!
Dès le matin, quand nous venons à peine d’ouvrir les yeux, nous commençons par remercier le Roi vivant et éternel de nous avoir rendu notre âme dans Sa grande miséricorde.
Le Juif, yehoudi, continuateur de l’héritage de Yehouda, commence sa journée par la reconnaissance envers le Créateur, parce que son âme est revenue et qu’il est vivant. Si nous n’arrivons pas à nous le représenter, nous pouvons nous rappeler combien nous remercierions un bienfaiteur (par exemple, un médecin qui a pratiqué une lourde opération et sauvé la vie d’une personne). À plus forte raison, avec quel sentiment devons-nous exprimer notre gratitude au Tout-Puissant pour avoir, le matin, rendu notre âme à notre corps et nous avoir permis de nous réveiller.
Il existe un principe selon lequel la prière « en communauté » est acceptée plus rapidement que celle d’une personne seule. Il est donc préférable, si l’on en a la possibilité, de se joindre à la prière au sein d’un minyan.
Mais même dans une prière personnelle, on peut ajouter ses demandes en s’unissant à tout le peuple.
Dans la prière de « Chémoné Essré », on peut insérer une courte demande dans chaque partie des bénédictions centrales (ni dans les trois premières ni dans les trois dernières). Par exemple, dans « Tu accordes la connaissance à l’homme », on peut, avant la fin de la bénédiction (avant « Béni »), insérer la demande « Donne à mon fils une compréhension claire de la Torah, parmi les autres enfants de Ton peuple Israël », puis poursuivre : « Béni sois-Tu, Éternel, qui accordes la connaissance ».
Il faut impérativement ajouter « parmi les autres » : votre prière privée devient alors une « prière de plusieurs personnes ». Vous priez désormais pour tout le peuple d’Israël, et une telle prière acquiert davantage de force.
Il en va de même pour la subsistance, le retour à la téchouva ou un malade. Une seule bénédiction de « Chémoné Essré » est entièrement personnelle : « Chéma kolénou », « Écoute notre voix ». Mais elle aussi est constamment formulée au nom de tout le peuple ; on peut donc y insérer des demandes personnelles plus longues.
Mon beau-père (le rav Israël Gans, rav de Mattersdorf, puisse-t-il bénéficier d’une guérison complète) a entendu le rav Ye’hezkel Abramsky raconter ce qu’il avait demandé dans sa première prière au Mur des Lamentations.
Au cours même de la prière, dans « Chéma kolénou », le rav Abramsky a dit :
« À quoi ressemble ce que je Te demande ? Un riche marchand avait deux fils, l’un réussissait et l’autre n’avait pas de chance. À l’approche de sa vieillesse, le marchand a donné de l’argent au fils qui réussissait et l’a laissé partir : il pouvait se mettre sur pied et monter lui-même une affaire. Le père a fait entrer le fils malchanceux dans sa propre affaire. Tout-Puissant ! Je suis Ton fils malchanceux. Je veux étudier la Torah, et je n’arriverai pas seul à accomplir le projet “ouvrir une yéchiva”. Je T’en prie, fais que quelqu’un m’accueille dans sa yéchiva déjà existante ».
Et là même, au Mur des Lamentations, le rav Mordekhaï Choulman s’est approché de lui et lui a demandé de donner des cours à la yéchiva de Slobodka à Bné Brak ! Le rav Abramsky a raconté toute une parabole au Tout-Puissant au sein de la prière de « Chémoné Essré » ! Pourtant, cela n’est pas sorti du cadre de sa prière : il a senti qu’il pouvait ainsi se faire comprendre !
Combien de temps nous faut-il pour réciter Cha’harit ?
La version la plus courte, le Cha’harit pour les femmes occupées. Une demi-heure ? N’est-ce pas dommage de perdre une demi-heure à marmonner une prière ? Cela voudrait dire que pendant cette demi-heure de notre vie, nous aurions pu exprimer une demande et de la reconnaissance, mais qu’à la place, nous aurions récité machinalement le texte prescrit ?
Précédons la prière de quelques instants de réflexion : devant Qui allons-nous nous tenir et à Qui allons-nous parler ? Combien de possibilités nous offre cette adresse au Maître du monde ! Quelle force notre prière peut avoir si nous l’unissons aux prières de tout le peuple !
Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa