Rabbanite Léa Gans
L’un de mes plus jeunes fils étudiait au héder les Téhilim, le psaume 119, qui comporte huit versets pour chaque lettre de l’alphabet hébraïque. Les enfants avaient du mal : ils ne lisent pas encore très couramment, et le texte est très difficile. Alors, à la fin, le rebbe organisa une matinée festive pour récompenser leurs efforts.
Le vendredi de cette même semaine, je l’ai emmené avec moi au Mur des Lamentations (vous vous souvenez, nous avons parlé de l’importance pour une mère de montrer à son enfant combien elle apprécie son étude). Je priais Min’ha, tandis que mon fils était assis et lisait les Téhilim avec concentration (son psaume 119). Nous sommes allés aux Minharot HaKotel (le tunnel du Mur occidental), où il y a moins de monde et où l’on est plus au calme. C’était étonnant de voir cet enfant assis en train de lire, sans se laisser distraire, sans rien remarquer autour de lui.
Lorsque nous, adultes, lisons les Téhilim, nous n’arrivons pas à lire pendant 40 minutes sans nous laisser distraire. Pourquoi nous est-il difficile d’être aussi captivés par les Psaumes ou la prière qu’un enfant ? Pourtant, il lit plusieurs fois plus lentement que nous ; cela lui demande donc davantage d’efforts, mais il n’abandonne pas. Il est plongé dans sa lecture : rien ne peut le détacher de son livre.
La raison est simple : mitsvat anachim méloumada, une mitsva apprise par cœur s’accomplit automatiquement.
On peut s’habituer même à la chose la plus extraordinaire. Notre plat préféré peut finir par nous lasser, un ami proche peut nous ennuyer. Ce qui nous attire fortement tant que c’est nouveau finit par nous lasser et nous rebuter si cela se répète chaque jour, surtout lorsque c’est une obligation. À un certain moment, cela commence à ressembler à la prise d’un médicament amer : nous savons qu’« il le faut », nous fronçons le nez et nous avalons, pour en finir au plus vite. Est-ce ainsi que notre prière doit être ? Absolument pas. Et notre objectif est de l’empêcher de le devenir.
Le Très-Haut a créé le monde de telle manière que nous ne voyons pas clairement Sa présence. Le mot « monde », olam, vient du mot néélam, « dissimulation ». L’Éternel Se cache à nous derrière les phénomènes de la nature, derrière les processus naturels. S’habituer est un processus naturel, et ici, nous devons aller à l’encontre de la nature. C’est une épreuve pour notre foi : Le voir là où il faut regarder avec le cœur plutôt qu’avec les yeux. Il est avec nous et entend notre prière.
Quelques conseils pour éviter de tomber dans la routine
- Avant la prière, il faut s’arrêter et réfléchir quelques instants : que suis-je sur le point de faire ? Je vais me présenter devant le Roi des rois, devant le Souverain dont personne ne surpasse la puissance. Lors de cette audience, je pourrai demander ce qui compte le plus pour moi, pour mes proches, la santé et une prompte guérison… Le Roi daigne m’autoriser à me tenir devant Lui et à Lui adresser mes demandes, Il m’y invite : Il me donne l’occasion de Lui parler en Le tutoyant, puisque, dans la prière, nous nous adressons au Très-Haut en disant « Baroukh Ata », « Béni sois-Tu ».
- Il faut mener la guerre contre notre mauvais penchant. « Car c’est avec habileté (avec une tactique réfléchie) que tu mèneras ta guerre, et le salut réside dans le grand nombre de conseillers » (Michlé, 24:6). De nombreux commentateurs parlent ici de la guerre contre le yétser hara. Une tactique réfléchie permet de le vaincre. Qui sont ces conseillers qui nous aideront à le combattre ? Les livres de moussar. Et de quels moyens disposons-nous pour résister aux obstacles du mauvais penchant ? Prier avec cœur. Par exemple, si nous sommes distraites en priant à la maison dans le salon, avec les enfants autour de nous et le bruit, il vaut la peine d’aménager un endroit pour la prière dans une autre pièce et, éventuellement, d’en fermer la porte à clé.
- Il faut trouver un moment relativement calme pour prier, plutôt que de le faire à l’heure la plus « chargée » de la journée. Le rouleau d’Esther contient ce verset (9:25) : « Lorsqu’elle (Esther) se présenta devant le roi, il ordonna par écrit : que le mauvais dessein (d’Haman), conçu contre les Juifs, retombe sur sa propre tête !.. » Les mots de ce verset « im hasséfer yachouv ma'hachavto haraa » peuvent aussi se lire autrement : « … avec le livre, il se détournera (de) ses propres mauvaises pensées ». Autrement dit, en regardant le livre, le texte du siddour, les lettres, on se laisse moins détourner de la prière par des pensées étrangères.
- Il faut que nos oreilles entendent ce que nous prononçons à voix basse. Ce n’est pas une prière à voix haute, mais ce n’est pas non plus une prière purement intérieure. Ainsi, nous ne nous laisserons pas éloigner du texte : nos oreilles nous en empêcheront. Et nous n’en viendrons pas à penser à une chose tout en en prononçant une autre.
Un autre bon conseil consiste à ajouter nos propres demandes, en rapport avec le thème de la bénédiction, dans chacune des bénédictions centrales de « Chémoné Essré » (« Réfaénou », « 'Honen hadaat », « Hachivénou léToratékha », etc.).
Lorsque ce n’est plus seulement un texte de nos Sages, mais aussi nos propres mots, cela nous touche personnellement et nous sommes moins distraits.
D’autres endroits sont prévus pour nos demandes : « Chéma kolénou » et, à la fin de la prière, avant « Yihyou lératson ». On peut y insérer toutes sortes de demandes.
à suivrePréparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa