Nechama Cheli

La mitsva de juger autrui favorablement

Il est dit dans la paracha Massé : « Le témoignage d’un seul témoin (ne suffit pas) pour mettre un homme à mort. » Le Rambam écrit dans son commentaire (« Livre des commandements ») : « Le témoin doit se garder de juger l’homme au sujet duquel il témoigne, même s’il est lui-même sage et instruit, car on ne peut…

Rav Chalom Meïr Wallach

La mitsva de juger autrui favorablement
Il est dit dans la paracha Massé : « Le témoignage d’un seul témoin (ne suffit pas) pour mettre un homme à mort. »

Le Rambam écrit dans son commentaire (« Livre des commandements ») : « Le témoin doit se garder de juger l’homme au sujet duquel il témoigne, même s’il est lui-même sage et instruit, car on ne peut être à la fois témoin et juge. Il doit seulement raconter ce qu’il a vu, puis se taire. Les juges feront ensuite de son témoignage ce qu’ils jugeront bon. »

Ces paroles s’imposent à nous dans tous les domaines de la vie. Nous savons qu’il existe une mitsva positive de juger autrui favorablement : « Juge ton prochain avec justice. » Nous voyons maintenant qu’il existe aussi une mitsva négative interdisant de condamner autrui : « Un seul témoin ne suffit pas. » Ne tire pas de conclusions. Il existe peut-être des facteurs dont tu n’as pas connaissance, des détails que tu n’as pas vus, des circonstances que tu ignores. Tu as vu ce qui s’est passé ? Tu peux en témoigner. Mais ne tire pas de conclusions, ne prononce pas de verdict !

Le sage et juste de Jérusalem, rav Arié Lévin, racontait : « Un jour, j’ai assisté aux funérailles du rav Elazar Rivlin, l’un des sages de Jérusalem. Le défunt avait un ami proche, rav Chmouel Kook. Ils étaient amis depuis plus de trente ans. Bien entendu, lui aussi accompagnait son ami dans son dernier voyage. Soudain, je l’ai vu quitter le groupe qui accompagnait le défunt et entrer… chez un fleuriste ! J’ai pensé : “Incroyable, est-ce ainsi qu’un vieil ami doit se comporter ? Au lieu d’accompagner son ami jusqu’au cimetière, il va faire des achats ?” Quelques minutes plus tard, il est ressorti avec un pot de fleurs dans les mains et est parti dans une autre direction.

Je n’ai pas pu me retenir, je l’ai rattrapé et lui ai demandé : “Rav Chmouel, vous étiez pourtant un ami proche et dévoué du défunt ! Pourquoi quittez-vous soudain les funérailles devant tout le monde pour aller acheter des fleurs ?”

“Voyez-vous, répondit-il, pendant plusieurs années, je me suis occupé d’un malade atteint de la lèpre. Il est mort hier, et les médecins ont décidé de brûler toutes ses affaires afin que personne ne les utilise et ne soit contaminé, à D.ieu ne plaise. Or, parmi ses affaires, il y avait des téfilines ! Lorsque je l’ai appris, j’ai été profondément choqué et j’ai insisté auprès du médecin pour qu’il m’autorise à les placer dans un pot en terre cuite et à les enterrer, comme le prescrit la loi de la Torah. Le médecin a accepté à condition que je lui apporte le pot aujourd’hui avant dix heures du matin. Entre-temps, on m’a annoncé la mort de mon cher ami, rav Elazar. Bien entendu, je suis venu à ses funérailles. Mais, à mon grand regret, j’ai constaté qu’elles se prolongeaient. J’ai peur que le médecin n’attende pas… Je suis donc entré dans ce magasin pour acheter un pot en terre cuite. Mais le vendeur m’a dit qu’ils ne vendaient pas les pots seuls, uniquement avec des fleurs. J’ai donc dû acheter ce pot, et je compte jeter la fleur pour y placer les téfilines. Maintenant, rabbi Arié, permettez-moi de me dépêcher d’aller à l’hôpital. Il est déjà neuf heures et demie et, si nous continuons à parler, les téfilines risquent d’être brûlées.”

— Depuis ce jour, poursuivit rabbi Arié, j’ai pris sur moi l’engagement de juger toute personne favorablement ! »

Efforçons-nous, nous aussi, d’agir de la même manière : ne pas condamner les autres et, mieux encore, ne pas les juger du tout !

Nous pouvons l’apprendre de notre attitude… envers nous-mêmes ! Nous sommes imparfaits, n’est-ce pas ? Pourtant, nous jugeons favorablement chacun de nos actes. Nous inventons sans cesse des excuses : cette fois-ci, nous étions fatiguées ; cette autre fois, nous étions nerveuses ; à ce moment-là, nous ne savions pas, nous n’avions pas prévu ; et cette fois, nous n’y avons pas pensé… Et tout cela est vrai ! Mais nous devons comprendre que les autres ont les mêmes excuses !

Heureux le sort de celui qui juge autrui favorablement, car il est dit à son sujet : « De même que tu m’as jugé favorablement, le Tout-Puissant te jugera favorablement ! »

Traduction : Mme Léa Choukhman