Zissi Skarjinskaïa
Comme chacun sait, sur toute question, autant de Juifs, autant d’avis. C’est encore plus vrai des maîtresses de maison juives, chacune ayant ses propres méthodes, élaborées au fil des années, pour « survivre au coup de feu », autrement dit pour préparer les fêtes.
Certaines femmes sont capables de planifier leur journée littéralement au quart d’heure près, tandis que d’autres n’ont pratiquement aucun répit, de jour comme de nuit, à cause des circonstances (lisez : des jeunes enfants). Les unes comme les autres doivent pourtant, à un moment donné, affronter l’inévitable : comment préparer la fête en y sacrifiant le moins de cellules nerveuses possible. Et si toutes parviennent à gérer le petit coup de feu hebdomadaire (Chabbat), avant les fêtes, et particulièrement Roch Hachana, qui se célèbre pendant deux jours aussi bien en Israël qu’en diaspora, le moment vient de planifier les choses plus soigneusement. Or, cette année, les jours de fête commencent le dimanche, juste après Chabbat, ce qui ne simplifie en rien la tâche.
Et ici, beaucoup dépend du nombre d’heures dont cette femme dispose dans une journée. Bien sûr, nous avons toutes 24 heures, ou 1440 minutes, ou 86400 secondes. Mais le temps que chacune peut consacrer efficacement à la maison varie. Certaines femmes travaillent 8 heures par jour, auxquelles s’ajoutent les trajets, soit au total 10 heures hors de la maison. D’autres sont des mères de famille nombreuse à plein temps : apparemment, tout tourne autour de la maison, mais toute cette « ribambelle de sept enfants » a besoin d’attention et demande qu’on s’en occupe avec patience. Et il existe encore une multitude d’autres situations, entre ces deux cas et au-delà.
Être organisée pour les fêtes n’est pas seulement un agréable rêve qui facilite la vie.
C’est le gage de la sérénité de toute la famille, à commencer, bien sûr, par maman, jusqu’au plus jeune enfant. Quand maman sait que le réfrigérateur est rempli de nourriture, une assiette renversée ne provoquera pas une réaction trop vive. Quand toutes les chemises sont lavées (repassées, c’est déjà pour les perfectionnistes J), les traces de glace sont également accueillies assez calmement.
Bien sûr, certaines femmes disent d’elles-mêmes : "Je travaille mieux sous stress", "Je commence à cuisiner pour Chabbat le vendredi à deux heures de l’après-midi, et tout va bien". Mais reconnaissons qu’elles sont très largement minoritaires. Pour nous, les "simples maîtresses de maison", le stress, ce sont des tensions, des cris, des larmes… C’est l’envie, au lieu de commencer le repas de fête, de se terrer comme un ours dans sa tanière, et que ce soit le SILENCE !
Au fond, l’essentiel est que tout le monde se sente bien et soit dans une humeur joyeuse et festive.
Et le sourire de maman pendant la fête vaut plus que les gâteaux les plus délicieux. Il est donc très important de tout planifier à l’avance. Mais même si ce n’est pas le cas, l’essentiel est de bien évaluer la situation, de comprendre ce que j’aurai le temps de faire et ce que je ne pourrai plus faire (ou que je pourrai faire, mais à quel prix…) et de m’arrêter à temps. Peut-être même d’aller me reposer.
Nous avons voulu savoir comment des femmes de profils différents, par leur âge, la composition de leur famille, leur travail et, bien sûr, leur caractère, s’acquittent des préparatifs des fêtes. Plusieurs points nous intéressaient : les achats pour la fête en termes de temps et de dépenses, les préparatifs essentiels et le calendrier.
Voici donc la préparation aux fêtes vue par les maîtresses de maison juives :
Les femmes interrogées, que nous remercions vivement, ont partagé leurs méthodes éprouvées, leurs astuces et leurs précieux conseils. Pour plus de clarté, nous indiquerons également l’activité de chacune.
Rivka T., Jérusalem. Ganenet omanout (directrice artistique et éducatrice dans un jardin d’enfants) et enseignante dans un institut pour femmes.
Ma semaine n’a absolument pas d’horaires fixes. Je travaille tous les jours, une journée complète, du matin jusqu’à 5 heures du soir ; les trajets aller-retour prennent 1,5 à 2 heures. Le soir, j’enseigne le kodech aux jeunes filles, et je vais aussi aider ma fille aînée avec sa fille tant attendue. Pour moi, "tout faire le dernier jour" n’existe donc pas : je ne peux tout simplement pas me le permettre. Par conséquent, mon programme de préparation aux fêtes doit être mis en œuvre à l’avance.
Je prévois de faire l’essentiel des achats une semaine avant la fête ; tout au plus, si des invités se joignent à nous, je rachèterai quelques petites choses en cours de route. Nous avons aussi un congélateur supplémentaire, que l’on peut remplir à l’avance de viande et de poisson, de falafels, de bourekas et d’autres produits de boulangerie et de pâtisserie. Cela permet, en dernier recours, de sortir quelque chose et de le réchauffer sans courir les supérettes du quartier.
L’étape suivante est le Chabbat de la semaine où tombe Roch Hachana. Je prépare tous les plats chauds en double quantité : viande, poisson, farce pour les crêpes, ou même les crêpes elles-mêmes. J’en servirai la moitié à table et je congèlerai l’autre moitié pour le Chabbat suivant : il ne restera qu’à réchauffer, et c’est tout !
La semaine qui précède le Nouvel An, je travaille tous les jours, du dimanche au mardi, et il ne me reste que les soirées, lorsque je rentre fatiguée, avec une seule envie : manger et m’allonger pour me reposer. Encore faudrait-il qu’on m’en laisse le temps ! Mais j’ai fermement décidé que, chaque soir, je préparerai un plat pour les fêtes à venir, par exemple l’un des "simanim". Quant aux salades, on peut en découper les ingrédients juste avant de les servir, à condition de tout avoir préparé à l’avance.
Liat D., Mexique-Jérusalem. Assistante sociale retraitée.
Pour l’instant, je cherche du travail et je suis surtout à la maison, avec les enfants. Mais personne n’a de temps en trop pour autant. Je trouve que les préparatifs dans l’urgence ne me conviennent absolument pas : je perds mes moyens et je n’arrive pas à me concentrer lorsque je sens qu’il reste peu de temps.
C’est pourquoi j’établis un programme à l’avance. J’essaierai de faire les achats une semaine avant Roch Hachana. Je dresse une liste complète, y compris les douceurs. Autrement dit, une semaine avant la fête, j’ai déjà tout le nécessaire dans mon réfrigérateur.
De plus, une amie et moi convenons généralement de préparer les « simanim » pour nous deux. Autrement dit, nous nous répartissons à peu près par moitié tous les symboles de la fête, nous les préparons en double quantité, puis nous nous envoyons les plats tout prêts, pour deux repas. C’est très pratique pour nous deux et cela fait gagner du temps : on peut éplucher, faire tremper et vérifier en une seule fois, mais en double quantité, puis cela cuit tout seul. C’est plus rapide que de préparer chaque « siman » séparément. Les « simanim » que je prépare ne sont pas un plat spécial, mais une partie du repas. Il s’agit donc, en principe, d’une salade ou d’un accompagnement que je peux aussi servir à Chabbat.
En général, je veille à ce que tout soit déjà prêt deux jours avant la fête. Les derniers jours, je ne fais que nettoyer l’appartement. Même si je n’ai pas de très jeunes enfants et que personne ne salit, j’aime tout de même faire le ménage spécialement pour les fêtes. L’essentiel pour moi est le calme dans la maison et dans mon esprit.
Ra’hel D., Haïfa. Mère de famille nombreuse à plein temps. Conseillère en éducation spécialisée préscolaire et scolaire.
Deux jours de fête ? Mais c’est comme en Russie ! Nous y avons pris l’habitude. Il est vrai que nous sommes maintenant plusieurs fois plus nombreux…
À mon avis, l’essentiel est d’avoir une plata (plaque électrique de Chabbat). Alors, je peux tout gérer. Pendant la fête, on peut tout réchauffer : la soupe comme la viande en sauce. Et à Chabbat, on peut réchauffer le riz et les escalopes panées, puisqu’ils sont secs. Il faudra simplement rajouter de l’eau au méï’ham (bouilloire de Chabbat) : même si le nôtre est déjà assez grand, à la fin de la fête, il n’y aura certainement plus d’eau.
Bien sûr, nous faisons tous les achats à l’avance, environ une semaine avant. Mais nous attendons surtout les promotions et les ’haloukot (achats groupés à prix réduits pour les familles nombreuses) pour acheter la viande et les légumes. Notre famille s’est agrandie depuis notre arrivée en Israël et, bien sûr, nous essayons d’acheter tous les aliments lors de ventes promotionnelles spéciales. Et nous recevons aussi souvent des cartes-cadeaux de magasins pour les fêtes, ce qui facilite beaucoup la vie. Il ne me manque qu’une chose ! Il existe un livre d’Anne-Cath. Vestly intitulé « Papa, maman, 8 enfants et un camion ». Si seulement nous avions aussi un camion pour que notre bonheur soit complet ! (elle rit)
Je cuisine toujours avec ma fille aînée : elle aime beaucoup faire de la pâtisserie et, de manière générale, elle m’aide. Nos enfants ne sont bien sûr pas une référence : ils mangent peu, et j’ai arrêté de me casser la tête avec cela. À l’initiative de mon mari, évidemment. Au début, je cherchais toujours un moyen de faire plaisir à chacun, mais avec le temps, j’ai compris que préparer 4, 5, 6 sortes de plats différents était irréaliste. À ce stade, mon mari a dit : « Assez ! Soit ils mangent ce qu’on leur donne, soit ils restent le ventre vide. » Bien sûr, personne ne reste le ventre vide, surtout depuis que ma Guita a appris à faire de la pâtisserie et m’aide dans ce domaine. Il y a toujours un gâteau à la maison, souvent préparé par elle.
D’ailleurs, pour les fêtes aussi, nous préparons surtout des gratins, des tartes et des kougels. C’est ce que mangent la plupart de mes enfants. Je me serais limitée à l’assortiment classique de « simanim », comme en Russie : pomme dans le miel, betterave, carotte, tête de poisson, grenade, dattes, et puis poisson. Mais notre jeune « connaisseur de la Loi », David, insiste pour avoir les symboles de la fête à la manière de Jérusalem, c’est-à-dire la roubia, le karti et le kara, ainsi que la silka sous forme de feuilles. Puisque c’est important pour lui, volontiers. Si l’enfant lui-même y trouve la saveur de la fête…
Pour nos filles, les préparatifs de la fête doivent comprendre l’achat de nouveaux vêtements, ce qui, bien sûr, coûte cher en plus des autres dépenses, mais nous assure des vêtements de Chabbat pour la saison hivernale.
Et pour finir, quelques conseils utiles :
- Pour la fête, on peut acheter beaucoup de légumes pour les salades crues, de la laitue, des germes de soja et de luzerne (alfalfa) : ils se conserveront 3-4 jours.
- En dernier recours, on peut aussi ne pas dédaigner les conserves.
- Mieux vaut chercher les têtes de poisson dans les magasins à l’avance. En général, deux jours avant Roch Hachana, on ne peut déjà plus en acheter séparément.
- Toutes sortes de marinades se conservent très bien et, puisqu’il est de coutume de ne pas manger de plats très piquants à Roch Hachana, on peut préparer une marinade légèrement sucrée pour les légumes.
- Faire bouillir de l’eau pour le méï’ham, pour celles qui ont peur de laisser le gaz allumé, peut aussi se faire à l’aide de bougies. On dispose 6-8 bougies chauffe-plat autour d’un petit brûleur, on verse l’eau dans une casserole à fond mince et on la couvre. N’oubliez pas d’acheter et d’allumer à l’avance une bougie de vingt-quatre heures ! Elle va maintenant servir : on allume les petites bougies à sa flamme, et l’eau se met à bouillir ! Quant au feu, il ne faut pas s’inquiéter : la durée de combustion de ces bougies est limitée.
- L’essentiel est de ne pas se mettre en colère ! Nous espérons que le Tribunal céleste nous traitera comme nous aurons traité notre prochain !
- Il faut absolument écouter les cours de la rabbanite Tsipora Haritan sur la tenue de la maison. Cela fait gagner du temps, et l’on peut aussi les écouter en cuisinant.
- L’un des moments culminants est Sim’hat Torah. C’est la dernière des fêtes d’automne, et, dans un certain sens, leur sommet. Accepter la Torah dans la joie. Il est donc essentiel que maman ait encore la force de se réjouir, d’aller à la synagogue avec les jeunes enfants, de regarder papa danser ainsi que, lorsqu’il y en a, les grands frères. La joie d’accomplir une mitsva pénètre dans l’âme de nos enfants et y reste à jamais. Le plaisir et la joie vécus pendant les fêtes deviendront, à l’avenir, ce "moteur" qui les incitera à vivre selon la Torah, à s’y attacher et à ne pas l’abandonner. Sans compter que "vé-sama’hta bé’haguékha" ("réjouis-toi pendant ta fête") est un commandement positif de la Torah qui exige, comme toute autre mitsva, un travail particulier pour être accompli. Il convient donc de préparer Sim’hat Torah avec un soin tout particulier : de façon à ne plus avoir à cuisiner la veille de la fête, mais seulement, disons, à faire le ménage (avec de jeunes enfants, "faire le ménage à l’avance" n’existe pas), puis à avoir encore le temps de se reposer et de reprendre des forces )).