Rabbanite Léa Gans
Le livre « Cheal Avikha vé-Yaguedkha » rapporte l’histoire d’un jeune homme qui est soudain tombé malade. Son état se dégradait, la maladie progressait. À cette époque, on ne savait pas encore soigner cette maladie, et le jeune homme dépérissait à vue d’œil. On lui a conseillé d’aller voir le Hafets Haïm et de demander au juste de le bénir.
D’abord, le Hafets Haïm refusait, disant que le pouvoir de guérison de ses bénédictions n’était pas si grand, mais le jeune homme continuait d’insister et pleurait. Le Hafets Haïm lui a alors dit : « Il y a une petite ville, loin d’ici. Va là-bas et demande une bénédiction au rabbin de cette ville. Je te le dis à une condition : après ta guérison, ne raconte sous aucun prétexte à qui que ce soit ce que je t’ai conseillé. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Le jeune homme a rassemblé ses forces et est parti chercher cette bénédiction. Le voyage était long : deux semaines pour l’aller. À son arrivée, il s’est rendu sans tarder chez le rabbin de la ville. Celui-ci a été très étonné : « Que je vous bénisse ? Le Hafets Haïm lui-même vous a envoyé chez moi ? C’est étrange… Qui suis-je pour donner une bénédiction ? Mais puisque le Hafets Haïm lui-même l’a dit, bien sûr, je vous bénis. » Le retour a pris encore un demi-mois. De retour dans sa ville, le jeune homme était complètement guéri, grâce à D.ieu.
Avec le temps, il s’est marié et a eu des enfants. Les années ont passé. Soudain, la sœur de sa femme est tombée malade de la même maladie que lui autrefois. Sa femme, qui savait ce qui lui était arrivé avant leur mariage, lui demandait de révéler comment il avait pu guérir. Il gardait le silence et se dérobait, se souvenant de la condition que lui avait imposée le Hafets Haïm. Mais elle insistait, comme seules les épouses savent insister. À un moment donné, il n’a plus supporté les larmes et les reproches de son épouse et lui a révélé le secret. Lorsqu’il a terminé son récit, il s’est senti mal et s’est retrouvé de nouveau atteint de la même maladie. Le rabbin chez qui il s’était rendu avait entre-temps vieilli et était mort. Le Hafets Haïm, cependant, était encore vivant, bien qu’il fût au crépuscule de sa vie, faible et malade. Arrivé chez le juste, le héros de notre récit s’est jeté à ses pieds, pleurant et le suppliant de lui pardonner : il avait dû révéler toute la vérité à sa femme, s’en repentait profondément et demandait au Sage de lui donner un autre conseil pour guérir. Le Hafets Haïm a soupiré et a dit : « Tu crois que je t’ai envoyé dans une ville lointaine pour y recevoir une bénédiction et la guérison ? Pendant les trente jours où tu étais en voyage, j’ai jeûné et prié pour toi jour après jour, afin que la guérison te soit accordée. [Cela signifie qu’il jeûnait le jour et mangeait la nuit.] Le Très-Haut a entendu mes prières et t’a guéri. Mais aujourd’hui, je suis vieux et faible, je n’ai plus la force de jeûner aussi longtemps. Je ne pourrai pas t’aider à présent. »
Nous voyons que, dans cette histoire, il n’y avait pas de ségoulot, seulement la force de la prière du Hafets Haïm. La force extraordinaire de la prière
Dans le livre « Chorché ha-Nigoun », le rav David Zaritsky (qui était lui-même l’un des élèves de la yéchiva de Novardok) raconte un événement dont il a été témoin. Cela s’est produit du vivant du Hafets Haïm. L’un des jeunes gens de la yéchiva de Novardok s’est soudain mis à grossir très rapidement. Rien ne pouvait arrêter ce processus. Il prenait de plus en plus de volume, indépendamment de son alimentation ou de toute autre circonstance. On l’emmenait dans les meilleurs hôpitaux, mais aucun médecin ne pouvait expliquer ce qui lui arrivait ni poser de diagnostic. Pendant douze ans, il a souffert et consulté différentes sommités de la médecine, en vain. Il en est arrivé à ne plus pouvoir se lever de son lit, ni bouger un bras ou une jambe. Ses yeux étaient presque fermés par les dépôts de graisse sur ses paupières. On le nourrissait, car il ne pouvait pas porter lui-même une cuillère à sa bouche. Il fallait essuyer sa sueur et retirer les miettes de son lit. Il était devenu un malheureux réduit à l’impuissance. Il ne pouvait encore bouger que quelques doigts d’une seule main, pour montrer qu’il était vivant.
Tout le monde éprouvait une grande compassion pour le malheureux et se désolait que la mort ne vienne pas mettre fin à ses tourments. Ses camarades de la yéchiva avaient très peur que les médecins veuillent, en cachette, le « délivrer de ses souffrances ». Ils ont donc organisé une garde auprès de lui jour et nuit, étudiaient, priaient et lisaient les Téhilim.
Au cours de ces 12 années, différents médicaments ont été essayés, et peu à peu, le jeune homme s’est lassé de ces tentatives : il ne voulait plus rien et était apathique. Mais un jour, il a soudain eu envie de lever un peu le bras et de mettre les téfilines. Le camarade qui était alors de garde auprès de lui a été très étonné : « Tu comptes mettre les téfilines ? Tu ne peux même pas porter une cuillère à ta bouche ! Qu’est-ce qui te prend ? »
Le malheureux malade lui-même était également stupéfait, mais son désir de mettre les téfilines était si manifeste et si ardent qu'il a continué à insister. Alors, pour se prouver à lui-même qu'il ne fallait même pas y songer, il s'est dit : « Que veux-tu donc ?! Tu ne pourras même pas lever le bras à hauteur des yeux ! » Mais lorsqu'il a essayé de le faire, il a soudain senti que son bras se levait facilement, comme s'il ne pesait rien. Et il l'a levé au-dessus de sa tête. Stupéfait, il a « oublié » son bras au-dessus de sa tête. À ce moment-là, une aide-soignante est entrée avec un plateau de nourriture. En voyant que le malade, jusque-là immobile, avait le bras levé, elle a lâché le plateau de frayeur, a poussé un cri et a couru chercher les médecins. Lorsque les médecins sont entrés dans la chambre, il était déjà assis sur son lit. Peu après, il a essayé de se lever en s'appuyant sur les barrières du lit — et il y est parvenu ! Les médecins n'en croyaient pas leurs yeux. Un cas sans précédent. Le jeune homme lui-même ne pouvait pas expliquer pourquoi il avait soudain eu envie de lever le bras — d'où lui était venu ce désir brûlant.
Quelque temps plus tard, il a reçu une lettre. Elle venait d'un homme juste qui avait pris sur lui la lourde tâche de recueillir des dons pour soigner le jeune homme : à l'époque, il n'y avait pas d'assurance, et les soins, le séjour à l'hôpital ainsi que la nourriture cachère coûtaient très cher. Cet homme parcourait les villes et les villages de Lituanie pour recueillir des fonds. Lorsqu'il est arrivé à Radin, il s'est dit que, puisqu'il était déjà là, il valait la peine de rendre aussi visite au 'Hafets 'Haïm : peut-être ce juste lui indiquerait-il des voies de guérison et de délivrance pour le malheureux jeune malade. Le 'Hafets 'Haïm lui a demandé de lui en dire davantage sur ce jeune homme : étudiait-il, comment observait-il les commandements ? « Bien sûr, c'est un jeune homme de la yéchiva de Novardok ! Il craint D.ieu et étudiait la Torah avec beaucoup d'assiduité, jusqu'à ce que ces événements tragiques lui arrivent. Même s'il avait commis des péchés, douze années de telles souffrances auraient dû les effacer entièrement ! » Le 'Hafets 'Haïm lui a demandé de l'attendre, s'est retiré dans un coin de la pièce et a prié et pleuré pendant un quart d'heure, implorant la miséricorde pour le pauvre malade. Puis il s'est retourné et a dit : « Transmets-lui qu'il méritera une guérison complète, avec l'aide de D.ieu. » L'homme venu solliciter son aide a regardé sa montre et a noté l'heure. Dans sa lettre, il a indiqué l'heure à laquelle le 'Hafets 'Haïm s'était retourné vers lui. Il s'est avéré qu'au moment où le 'Hafets 'Haïm avait commencé à prier, le jeune homme avait été saisi du désir de lever le bras et de mettre les téfilines ; un quart d'heure plus tard, lorsque le 'Hafets 'Haïm avait terminé sa prière, le jeune homme s'était mis debout. Une concordance d'une précision étonnante !
Telle est la force de la prière d'un sage et d'un juste. Mais nos prières aussi possèdent une force que nous ne pouvons concevoir.
Voici encore une histoire tirée d'un hebdomadaire juif. Elle a été consignée par le père d'un garçon de dix ans. Il y parle de son fils, un garçon doué et intelligent que ses camarades de classe au 'héder importunaient, on ne sait pourquoi, sans raison apparente. Le père est allé parler au rebbe, au directeur, puis consulter un conseiller familial spécialisé dans l'éducation. Finalement, toute l'équipe pédagogique a conclu que les enfants qui s'en prenaient à son fils étaient tout simplement mal élevés et qu'on n'y pouvait rien. « Essayez de le faire passer dans une autre classe du même niveau. » Le garçon n'a pas voulu changer de classe, car il connaissait déjà ces difficultés, mais que se passerait-il dans la nouvelle classe ? Ne serait-ce pas encore pire ?
Tout cela a eu des répercussions négatives sur son caractère. Il s'est replié sur lui-même, a moins fréquenté les enfants de son âge et cherchait n'importe quel prétexte pour rester à la maison et manquer le 'héder. Le père du garçon a parlé aux enfants eux-mêmes, mais cela n'a rien changé. Il avait tout essayé, et pourtant le problème restait entier. Complètement désespéré, le père s'est mis à mal dormir la nuit, se demandant ce qu'il pouvait encore entreprendre et comment aider son fils.
Un jour, pendant le Moussaf de Chabbat, ces mots ont attiré son attention : « Rassasie-nous de Ta bonté et réjouis-nous par Ton salut. » En les lisant, il a eu l'impression de se réveiller. Il les avait pourtant déjà lus auparavant — le Chabbat précédent, par exemple —, mais ils n'avaient pas eu sur lui un effet aussi puissant. À cet instant, il a pensé : « Tout-Puissant ! J'ai fait tout ce que je pouvais et je ne sais plus quoi faire. Il ne reste pas une seule voie que je n'aie essayée. Je Te remets cette affaire. Tu es l'Éternel, le Tout-Puissant, le Maître de toutes les forces. Toi seul peux remédier à cette situation. »
Ce même Chabbat, un garçon de sa classe a invité son fils à réciter des Téhilim. En fin de journée, un autre garçon l'a invité à étudier en 'havrouta. D'un seul coup, son fils a été accepté dans la classe, et les autres garçons ont commencé eux aussi à le fréquenter. Cela ne s'est pas produit progressivement, mais tout de suite, en un seul Chabbat.
Pendant tout le temps où le père du garçon cherchait de l'aide sur terre — auprès des enseignants, du directeur, du conseiller en éducation —, le problème ne se résolvait pas. Ce n'est que lorsqu'il a entièrement « remis son affaire » au Maître de l'univers et s'est adressé à Lui dans une prière de tout son cœur que la situation s'est soudain débloquée et a pris une tournure favorable.
Le rav Ben Tsion Abba Chaoul était un grand sage de la Torah et le directeur de la yéchiva « Porat Yossef ». En 1983, il a été victime d'un grave accident vasculaire cérébral dont, selon les médecins, il ne devait plus se remettre. Les médecins lui donnaient quatre heures à vivre. On est parti de toute urgence demander une bénédiction au Steipler (rav Yaakov Israël Kanievsky). En entendant les pronostics des médecins, le Steipler a souri et a dit que les médecins ne décidaient de rien en ce monde, et que tout dépendait de la « Téfilat rabbim », la prière de nombreuses personnes. Beaucoup de gens ont prié pour le rav Abba Chaoul, et il a repris connaissance, puis s'est progressivement rétabli de sa paralysie partielle. Pour remercier la communauté d'avoir prié pour lui, le rav a ajouté un cours à ceux qu'il donnait régulièrement, s'acquittant ainsi de sa dette de reconnaissance envers ceux qui lui avaient rendu la vie. Le rav racontait que, lorsqu'il se trouvait entre la vie et la mort, il s'était vu de l'extérieur, allongé sur son lit. D'un côté, des anges tenaient le lit et le tiraient vers eux, vers le haut. De l'autre, des gens, les prières des gens, tenaient le lit et le tiraient vers la terre. « Et vous avez vaincu l'armée céleste », disait le rav Ben Tsion Abba Chaoul.
La prière de nombreuses personnes peut vaincre l'armée céleste. La prière d'une seule personne peut changer le monde entier.
Le rav Yits'hak Zilberstein racontait qu'il avait un jour reçu une lettre des élèves et des enseignantes d'un séminaire. Elles se plaignaient en pleurant de ce que les jeunes filles tardaient à trouver leur chidoukh, c'est-à-dire qu'elles n'arrivaient pas à trouver leur moitié. Certaines anciennes élèves avaient déjà un âge avancé, mais étaient toujours célibataires. Que faire ?
Voyant la douleur qui transparaissait dans chaque ligne de la lettre, le rav Zilberstein n'a pas pu trancher seul cette question et s'est adressé à son beau-père, le rav Yossef Chalom Elyachiv. Le rav Elyachiv a répondu : « Je n'ai aucun conseil à donner dans ce cas — seulement prier. » Le rav Zilberstein s'est également adressé au rav Aharon Yéhouda Leib Steinman. Le rav Steinman a dit : « Demande-leur combien de fois elles ont déjà prié. » Le rav Zilberstein a répondu que les jeunes filles avaient beaucoup prié et qu'elles étaient désespérées. Le rav Steinman lui a alors dit : « Raconte-leur combien la femme d'Ovadia a prié. [La femme du prophète Ovadia s'est adressée au prophète Élicha “avec un cri”, demandant de l'aide, car son mari, un juste, avait sauvé, caché et nourri cent prophètes pour que la reine impie Jézabel ne les tue pas. Cela l'avait ruiné et il avait dû emprunter une importante somme d'argent. À sa mort, le créancier est venu réclamer son dû et a exigé de la femme ruinée qu'elle lui livre ses enfants comme esclaves en guise de paiement. Elle ne voulait pas livrer ses enfants à cet homme impie et demandait à Élicha de l'aider à rembourser ses dettes. Élicha lui a demandé ce qu'elle avait chez elle. Il lui restait une petite cruche d'huile. Il lui a ordonné de préparer de nombreux récipients et d'en demander encore à ses voisines. Puis de rentrer chez elle, de fermer la porte derrière elle et de verser l'huile de sa cruche dans tous les récipients rassemblés. L'huile ne s'est épuisée que lorsque tous les récipients ont été remplis.] Cette histoire est racontée dans le Midrach, mais il n'est pas dit combien de prières cette malheureuse femme juste a élevées — 265, correspondant à la guématria du mot tsaaka (צעקה), “cri”. Peut-être ces jeunes filles n'ont-elles pas encore assez prié. Qu'elles continuent à prier, et la délivrance viendra. »
Il arrive souvent que nous priions longtemps pour quelque chose d'important, sans que cela nous soit accordé. Nous demandons encore et encore, nous sommes déjà fatigués de demander, déjà « à sec », désespérés. Mais peut-être n'avons-nous pas encore franchi un certain « seuil » de prières qu'il faut impérativement atteindre pour que le Tout-Puissant réponde. Il ne faut pas désespérer.
Moché Rabbénou demandait au Tout-Puissant de pouvoir entrer en Terre d'Israël. Il a récité 515 prières à ce sujet (la guématria du mot ואתחנן — vaet'hanan). Moché continuait à prier, bien que l'Éternel Lui-même lui ait dit qu'Il avait juré que Moché ne traverserait pas le Jourdain. Yéhochoua avait déjà été désigné comme son successeur. Pourtant, s'il avait prié une fois de plus, le Tout-Puissant aurait modifié l'ordre de la Création pour lui permettre d'entrer en Erets Israël.
Il ne faut jamais désespérer. Peut-être ne manque-t-il qu'une seule prière avec kavana pour que le « seuil » soit franchi et que le Tout-Puissant modifie pour nous l'ordre de la Création, fende Yam Souf — trouve un conjoint, guérisse un malade, accorde un revenu stable, la paix au foyer. Il faut continuer à prier.
Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa