Nechama Cheli

La recette du silence

Bonjour, mes chères amies ! Aujourd’hui, je veux vous donner une recette… du silence. Vous aurez raison de faire remarquer qu’avant d’apprendre aux autres à se taire, je devrais commencer par l’apprendre moi-même, alors que je ne cesse de bavarder. Je ne veux fermer la bouche à personne. Il est en effet très important d’exprimer ce que l’on ressent ; il faut simplement le faire cor…

La recette du silence
Bonjour, mes chères amies !

Aujourd’hui, je veux vous donner une recette… du silence. Vous aurez raison de faire remarquer qu’avant d’apprendre aux autres à se taire, je devrais commencer par l’apprendre moi-même, alors que je ne cesse de bavarder. Je ne veux fermer la bouche à personne. Il est en effet très important d’exprimer ce que l’on ressent ; il faut simplement le faire correctement, pour que la conversation ne laisse qu’une impression positive.

Moi aussi, je commence à mettre cette recette en pratique avec vous. Alors, commençons. Quel est le problème du bavardage ? Nous aimons partager les bonnes choses qui nous arrivent à la maison, au travail, mais… Le petit problème, c’est que tout le monde ne se réjouira pas avec nous, tout le monde n’est pas prêt à faire des compliments, tout le monde n’a pas le « bon œil ». Je ne vous incite pas à soupçonner vos amies de cela. Mais à nous aussi, il arrive parfois d’avoir du mal à dire des mots gentils, à faire un compliment, n’est-ce pas ?

Supposons que deux femmes soient amies. Le mari de l’une travaille, D.ieu merci, et gagne très bien sa vie — puisse D.ieu en accorder autant à chacun. Il lui donne sa carte de crédit en toute tranquillité : « Amuse-toi ! » Mais il n’est absolument pas disposé à l’aider à la maison ni à toucher aux tâches ménagères. Le mari de l’autre l’aide beaucoup à la maison, s’attelle à toutes les tâches, mais en revanche, il ne la laisse absolument pas sortir avec ses amies sans lui ; il la soupçonne, l’interroge pour savoir où elle était et avec qui elle y est allée — un homme tellement méfiant. Chacune des deux amies peut raconter les qualités de son mari, et l’une sera jalouse de l’autre. Mais si seulement elles connaissaient le revers de la médaille !

Parfois, un simple récit de ce qui se passe chaque jour chez vous, quelque chose de tout à fait banal à vos yeux, peut être une découverte pour votre amie et susciter son envie, même si elle n’est pas d’un naturel envieux. Simplement, ce sujet précis est un point sensible pour elle, et cela la rongera de l’intérieur.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas parler. Simplement, de même qu’il existe une écoute sélective (nous n’entendons souvent que ce que nous voulons — « Qu’est-ce que tu as dit ? Oh, excuse-moi, je n’ai pas entendu »), ce que nous disons doit aussi passer par un filtre intérieur.

Comme elle est grande, la sagesse du Tout-Puissant consignée dans Sa Torah ! Par quelles voies étonnantes Il nous enseigne à bien nous conduire ! Dans la paracha Ki Tetsé, la Torah évoque notamment l’interdiction de labourer avec un bœuf et un âne attelés ensemble (Devarim 22:10). Pourquoi ? Parce qu’une partie de la digestion du bœuf consiste en une seconde digestion : la nourriture remonte dans sa bouche et le bœuf la mâche de nouveau. Voici donc que le bœuf et l’âne ont reçu chacun leur portion d’herbe ou de foin. L’âne a mangé et le bœuf a mangé. Ils sortent labourer ; l’âne regarde et voit que le bœuf mâche encore quelque chose ! Cela veut donc dire que le maître a donné au bœuf un supplément de nourriture ! L’âne se met à envier le bœuf ! Et pour éviter cela — pour éviter l’envie —, le Tout-Puissant a interdit de labourer avec un bœuf et un âne ensemble. Nous pouvons en apprendre qu’il faut éviter l’envie avec le plus grand soin.

En outre, le midrach sur la paracha Ki Tissa (32:19) raconte que les premières Tables de la Loi, qui avaient été données au milieu du tonnerre, des éclairs et des sonneries de chofars, furent brisées précisément parce qu’elles avaient été données dans un grand fracas. Autrement dit, l’ensemble de l’événement avait été si bruyant et spectaculaire que cela conduisit à la destruction des Tables. Les secondes Tables furent données de manière bien plus discrète et modeste ; c’est pourquoi elles existent encore aujourd’hui, à ceci près que nous ne savons pas où elles se trouvent.

Ainsi, tout ce qui se fait avec un excès de pompe risque d’être détruit, brisé. À l’inverse, sur tout ce qui se fait dans le calme, la modestie, à l’écart de l’agitation, peut reposer la bénédiction ; la chance l’accompagnera.

La Torah nous enseigne à réfléchir à ce que nous disons. Nous pouvons bien sûr raconter certaines bonnes choses qui nous arrivent, mais mieux vaut réserver les choses importantes à nos plus proches — nos parents, notre mari — et ne pas en bavarder. Évitons l’envie autant que nous le pouvons et, dans la mesure du possible, évitons de nous exposer au regard de tous. Bien sûr, il ne faut pas soupçonner toutes nos connaissances d’avoir le « mauvais œil », d’autant qu’il n’agit pas sur celui qui n’y croit pas, mais la Torah n’écrit tout de même rien en vain.

Je souhaite de tout cœur que toute votre vie, mes chères amies, soit remplie uniquement de bonnes choses !

Traduction et adaptation de Mme Zissi Skarjinskaïa