Rabbanite Léa Gans
Consacrer du temps à ses excuses et y réfléchir
Mina se leva tard ce matin-là. Quand elle s’en rendit compte, elle fut prise dans un tourbillon : réveiller tout le monde, les faire manger, les préparer et les envoyer chacun dans son établissement scolaire. Ce marathon matinal la déstabilisa. Dans cet état, elle se dirigea vers David, son mari :
– Tu ne vois donc pas ce qui se passe ici ? C’est donc seulement ma maison et mes enfants — pas les tiens ? Apparemment, tu t’en moques !
La douleur transparaissait dans la voix de David lorsqu’il répondit :
– Tu le penses vraiment ? Même ces derniers jours, où tu te lèves plus tard ?
Et il sortit de la maison. Lorsque tous les enfants furent partis et que Mina se retrouva seule, elle réfléchit. « Mais il a raison ! Il m’aide tout le temps, et particulièrement ces deux derniers jours, où je ne dors pas assez ! » Elle décida qu’à son retour, elle essaierait de réparer la blessure qu’elle lui avait infligée. David rentra le soir, et l’on voyait qu’il gardait encore à l’esprit la conversation du matin. Mina lâcha : « Je m’excuse pour mes paroles de ce matin. On peut se laver les mains pour le dîner. » Elle ne comprenait pas pourquoi David semblait toujours blessé !
Bien sûr, il est désagréable de demander pardon.
Nous essayons de le faire le plus vite possible, pour « cocher la case » et passer à autre chose. Mais si la blessure était profonde, de telles excuses ne sont qu’une moquerie. Mina aurait dû réfléchir à la manière dont son mari l’avait effectivement aidée : il allait faire des courses lorsqu’il manquait quelque chose le matin, essayait d’aider à préparer les petits déjeuners… Il fallait apprécier ses efforts, les remarquer. Et comprendre qu’il était d’autant plus blessant d’être accusé aussi injustement. Elle aurait pu ajouter : « Tu as raison. Je n’ai pas fait attention à la façon dont tu m’aidais. J’ai parlé sans réfléchir, j’avais tort. » On peut ajouter d’autres paroles dans le même esprit. Mais si l’on marmonne des excuses, ou si l’on en fait un petit épisode sans importance avant l’invitation à dîner, il n’est pas étonnant que le mari n’y voie pas un désir de se réconcilier.
Se réconcilier avec un enfant
Le rav Chalom Schwadron donnait des cours à la synagogue. Un garçon s’y comportait mal et, un jour, il se déchaîna tellement que le rav Schwadron l’attrapa lui-même et le punit. Mais le rav retourna ensuite auprès du garçon et, pendant plusieurs minutes, le consola et lui caressa la tête, jusqu’à ce que celui-ci se réconcilie avec lui. Plus tard, ce garçon déclara : pour être consolé ainsi par le rav, cela aurait valu la peine de supporter encore une punition !
Précisons entre parenthèses que nous ne devons pas nous excuser auprès d’un enfant pour une punition justifiée, mais seulement si nous l’avons puni par erreur ou si la punition était disproportionnée par rapport à la faute. Dans ce cas, il faut présenter ses excuses.
Ne pas blesser à nouveau
Si nous alternons offenses et excuses, à un moment donné, nos excuses ne seront plus acceptées ! La personne pensera que nous jouons avec elle à ce petit jeu : un coup, une caresse. Ce n’est pas la bonne voie. Il faut travailler sur soi pour ne plus blesser du tout.
Il faut être particulièrement attentive aux moments de tension : les préparatifs du matin, ceux du Chabbat et des fêtes. C’est dans ces moments que se fait l’essentiel du travail sur soi ! Se contenir ! Tenir bon de toutes ses forces.
On ne peut pas passer toute sa vie à se disputer. Dans certaines familles, le mari et la femme se disputent constamment, mais on ne peut pas appeler cela la construction d’un foyer juif. Sur un véritable chantier de construction, il doit régner une atmosphère de travail paisible, sinon c’est tout simplement dangereux.
S’excuser, ce n’est pas se justifier
Souvent, nos excuses glissent peu à peu vers la justification de notre comportement. « Oui, j’ai eu tort de te dire cela de manière aussi blessante. Mais tu sais que j’étais tellement fatiguée, que l’enfant m’avait beaucoup contrariée, qu’il fallait faire ses devoirs avec lui, que le bébé pleurait et que j’avais des ennuis au travail… » Tout cela est vrai, mais ce n’est pas ce que le mari veut entendre. Pour le moment, ce n’est pas important. Il faut d’abord se réconcilier ; assure-toi que ton mari a pardonné tes paroles blessantes, puis, lorsqu’il sera bien disposé envers toi et que la paix au foyer sera rétablie, explique-lui ce qui s’est passé aujourd’hui. Il saura lui-même faire deux plus deux et compatir.
Les justifications donnent l’impression que l’on cherche à excuser son comportement, et les excuses paraissent alors peu sincères. Plus tard, en réfléchissant seule, la femme peut se dire qu’elle était fatiguée et de mauvaise humeur, et que c’est pour cela qu’elle ne s’est pas maîtrisée — et qu’à l’avenir, elle devra mieux se contrôler. Mais il ne faut pas insérer tous ces arguments dans les excuses.
Toute remarque doit être mûrement réfléchie : sous quelle forme la faire, à quel moment, quand elle sera le mieux accueillie — peut-être pas immédiatement après l’acte. [De la rédaction. Comme il est important d’apprendre à ne pas faire de remarques !]
Un jour, ma fille mariée et moi sommes parties passer quelques jours de vacances à Safed. Je savais qu’il n’y avait qu’un seul bus direct le matin, et un deuxième le soir, et j’avais demandé à ma fille de ne pas s’attarder, de se préparer à l’avance. Elle est arrivée en retard, alors que le bus était pratiquement parti, et nous étions très inquiètes. Je lui ai dit d’un ton irrité : « Tout était déjà prêt, tu es sortie en même temps que nous — où as-tu donc tant tardé ?! » Et j’ai aussitôt compris que j’avais parlé trop sèchement et que je l’avais blessée. Peut-être n’y était-elle pour rien, peut-être son mari l’avait-il retardée. Elle n’a rien dit, mais j’ai compris à son regard que je l’avais blessée. Elle était déjà adulte, mariée, je n’avais pas le droit de lui exprimer mon indignation de cette manière : bien des choses auraient pu la retarder ! Bien sûr, je me suis excusée.
à suivre
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa