Nechama Cheli

La réconciliation - Demander pardon et pourquoi c'est si difficile

Demander pardon ne nous diminue pas aux yeux de nos proches « Je l'ai blessé. Je l'ai humilié devant ses amis. Il ne me pardonnera pas… Peut-être devrais-je tout de même aller lui demander pardon ? Non, c'est exclu. Alors il ne m'accordera plus aucune valeur, il pensera que je suis une lavette. Ma fierté ne vaudra pas plus qu'une pelure d'ail ! » A-t-elle raison, l'épouse qui pense…

Rabbanite Léa Gans

La réconciliation - Demander pardon et pourquoi c'est si difficile

Demander pardon ne nous diminue pas aux yeux de nos proches

« Je l'ai blessé. Je l'ai humilié devant ses amis. Il ne me pardonnera pas… Peut-être devrais-je tout de même aller lui demander pardon ? Non, c'est exclu. Alors il ne m'accordera plus aucune valeur, il pensera que je suis une lavette. Ma fierté ne vaudra pas plus qu'une pelure d'ail ! »

Une épouse qui pense ainsi a-t-elle raison ? Vraiment, en demandant pardon, aura-t-elle moins de valeur aux yeux de son mari ? Au contraire ! Celui qui sait véritablement demander pardon et reconnaître ses torts ne fait que gagner le respect de ses proches, de son mari comme de ses enfants. Surtout si nous avons blessé notre mari devant les enfants. Dans ce cas, il faut aussi demander pardon précisément en leur présence. Il n'est pas nécessaire d'en faire toute une scène, mais l'enfant doit comprendre que nous n'avons pas laissé cette blessure en l'état, que nous savons reconnaître nos erreurs.

Il faut aussi demander pardon à un enfant lorsqu'on l'a blessé : mettre sa fierté de côté et reconnaître ses torts. Lorsqu'un enfant entend sa maman présenter des excuses à son papa ou à lui-même, il en retire plusieurs bénéfices à la fois : il apprend à dire la vérité, à reconnaître qu'il s'est trompé ; il apprend que la paix dans la famille passe avant tout ; son respect pour sa maman grandit.

Les enfants savent quand nous avons raison et quand nous nous trompons. Ils sentent quand nos cris ne sont qu'une manifestation de fierté. Et ils se demandent alors : si maman agit ainsi, puis ne reconnaît pas ses torts, cela signifie qu'elle ne sait pas ce qu'il convient de faire, ou qu'elle le sait mais ne le fait pas ; dans tous les cas, comment peut-elle penser qu'elle m'éduque correctement ?!

« Je n'ai jamais vu mes parents agir ainsi ! »

« Je ne me souviens pas que mes parents aient demandé pardon après une dispute. Puisqu’ils ne le faisaient pas, je ne le ferai pas non plus. Les choses finiront bien par s’arranger toutes seules. »

Il est très difficile de corriger les schémas de comportement ancrés en nous depuis l’enfance, dans le foyer de nos parents. Chaque foyer a ses défauts et ses qualités. Dans ce cas, il faut corriger ce comportement auquel nous sommes habitués depuis l’enfance, pour que nos propres enfants apprennent à reconnaître leurs torts avec une attitude juste.

Les offenses non pardonnées empoisonnent notre âme comme le poison empoisonne le corps.

Esther Tolédano, conseillère conjugale à Kiryat Séfer, raconte cette histoire. Une femme est venue la consulter au sujet de ses enfants. Sa fille, une gentille petite fille, s’épanouissait à la maternelle : elle avait beaucoup d’amies, participait à toutes les activités et répondait aux questions sur ce qu’elle apprenait. Mais depuis quelque temps, elle s’était repliée sur elle-même, ne parlait à personne et restait assise dans un coin à bouder. Chez son fils, en âge de fréquenter le héder, on avait soudain constaté une sensibilité accrue de la peau, qui nécessitait un examen particulier ; un autre enfant avait développé des difficultés de concentration. Ils avaient déjà prié au Kotel pendant 40 jours et envoyé des billets à de grands rabbins pour leur demander de prier pour eux. Malgré cela, le problème n’était pas résolu et ils ne savaient plus quoi faire. Esther Tolédano lui a demandé : « Veux-tu entendre ce que j’ai à te dire ? Tu ne vas pas te vexer ? » La femme a répondu que, bien sûr, elle était prête à tout pour ses enfants : elle les aimait tellement qu’elle était prête à supporter n’importe quoi.

Esther lui a alors posé cette question : « Et chez vous, comment va le chalom bayit — la paix au foyer ? » « Tout va très mal, a répondu la femme. Les choses n’ont jamais été particulièrement bonnes, mais dernièrement, tout s’effondre. Seulement, quel rapport y a-t-il entre les problèmes des enfants et mes relations avec mon mari ? » La conseillère lui a répondu : « Écoute-moi, mets-toi d’accord avec ton mari : pendant 2 semaines, vous ne vous querellez à aucun sujet, vous ne vous disputez pas, vous ne cessez de vous freiner — vous vous maîtrisez et ne laissez pas éclater de dispute. Dans deux semaines, reviens me voir et raconte-moi comment vont les enfants. » Moins de deux semaines se sont écoulées. La femme a téléphoné en larmes : « Je n’en crois pas mes yeux. Tu ne peux pas imaginer à quel point tu avais raison ! Nous avons fait ce que tu nous as dit. Tout est rentré dans l’ordre pour les enfants ! »

Les enfants ne pouvaient plus supporter la tension permanente et les disputes.

Ils aiment leur maman, ils aiment leur papa. Et ils ne peuvent tout simplement pas supporter l’atmosphère constamment pesante de la maison, quand le foyer vacille et menace de s’effondrer. Lorsqu’ils ont vu que leurs parents s’étaient réconciliés, ils sont redevenus des enfants sages, sans problèmes. Et soudain, plus besoin d’examen particulier, plus besoin de travailleur social. Il ne fallait que la paix entre les parents. Bien sûr, ce ne sont pas toujours des problèmes aussi graves qui montrent que quelque chose ne va pas, mais il est indéniable que les relations entre les parents influent sur la santé psychique des enfants, et que les affrontements permanents et les humiliations mutuelles sont ce qu’il y a de pire. C’est une tension dont ils ne savent pas se libérer et qui les empoisonne, comme un poison. Or, réparer les dommages causés est bien plus difficile que de les prévenir.

à suivre

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa