Nechama Cheli

La réconciliation

Lors des cours précédents, nous avons parlé de la manière de demander pardon et d’accepter des excuses. Aujourd’hui, nous parlerons de l’importance et de la nature de la réconciliation entre les personnes. Il n’existe aucun foyer dans le peuple juif, à l’exception peut-être de ceux des grands sages de la génération, où il n’y ait pas de désaccords. Il arrive aussi qu’on se dispute, et c’est normal ; il serait étrange…

Rabbanite Léa Gans

La réconciliation

Lors des cours précédents, nous avons parlé de la manière de demander pardon et d’accepter des excuses.

Aujourd’hui, nous parlerons de l’importance et de la nature de la réconciliation entre les personnes.

Il n’existe aucun foyer dans le peuple juif, à l’exception peut-être de ceux des grands sages de la génération, où il n’y ait pas de désaccords. Il arrive aussi qu’on se dispute, et c’est normal ; il serait étrange qu’il n’y ait pas de disputes, tant l’homme et la femme sont des êtres différents. De plus, chacun apporte dans la famille ses qualités personnelles et reflète aussi l’éducation reçue dans le foyer de ses parents. Il est donc naturel que les désaccords et les disputes fassent partie intégrante de la vie conjugale. Et plus le mari et la femme cherchent, entre autres, à déterminer qui commande et qui a le dernier mot, plus les disputes deviennent probables et inévitables.

C’est particulièrement difficile pour notre génération, qui construit un foyer juif à une époque où tout va à toute vitesse, où tout se fait en courant, à la volée. Les gens n’ont pas le temps de s’écouter les uns les autres, ni même d’être à l’écoute d’eux-mêmes. Cette impatience provoque des accès de colère et de fureur. Le stress permanent réduit encore les chances, déjà minces, de compréhension mutuelle. Pour y remédier, nous devons travailler sur nos qualités : faisons des concessions les uns aux autres, écoutons-nous. Car chercher à tout prix à couvrir la voix de l’autre et à prouver qu’on a raison lui enlève généralement toute envie d’écouter.

Avec une attitude appropriée, les petits problèmes resteront petits et pourront être facilement résolus ensemble, si on ne les amplifie pas.

De petits ennuis peuvent prendre très vite de l’ampleur et conduire au divorce, à D-ieu ne plaise. Souvent, lorsqu’on examine un dossier de divorce, on découvre une multitude de petits problèmes, alors qu’un peu de tolérance réciproque aurait pu atténuer toutes ces aspérités et en réduire l’importance.

Nous, les femmes, sommes des êtres changeants, soumis aux fluctuations hormonales : la grossesse, l’accouchement, les changements d’humeur mensuels ou des difficultés avec un enfant peuvent nous faire perdre notre équilibre. Dans cet état, il nous arrive souvent d’exploser et de dire beaucoup de choses de trop, des paroles que nous n’aurions jamais prononcées dans notre état « calme » habituel. Mais « une parole n’est pas un moineau : une fois envolée, on ne peut plus l’attraper ». Une parole est comme une flèche : on ne peut pas la faire revenir, et nous ne pouvons pas prévoir comment elle blessera.

Il est écrit dans le « Choul’han Aroukh » que nous avons l’obligation d’aller demander pardon à la personne que nous avons offensée. Dans la famille, les occasions de présenter des excuses se présentent sans cesse. D’abord, comme nous l’avons dit, le mari et la femme sont des contraires qui s’attirent ; ensuite, il y a les enfants, à qui nous ne devons pas non plus avoir honte de demander pardon si nous les avons blessés.

La réconciliation doit être à la mesure de l’offense, comme le remède est adapté à la blessure.

S’il ne s’agit que d’une égratignure et que nous l’avons remarquée à temps, nous appliquons de l’iode, posons un pansement et, avec l’aide de D-ieu, elle guérira. Mais si nous laissons la plaie s’enflammer, si nous ne prêtons pas attention au problème à temps, du pus apparaîtra, l’infection se propagera, la fièvre montera : c’est alors l’organisme tout entier qui sera menacé. Un traitement plus sérieux, long et coûteux, sera nécessaire.

Une offense n’est rien d’autre qu’une égratignure sur l’âme de notre prochain. Tant que la blessure est récente, il faut se hâter de la soigner, de se réconcilier avec son mari, avec son enfant. Si nous avons blessé profondément, touché un point sensible, il ne s’agit plus d’une simple égratignure, et le remède doit lui aussi être plus sérieux. Il faut réfléchir aux excuses précises que nous devons présenter. Et, pour cela, nous devons nous mettre à la place de la personne blessée.

Parfois, il nous semble que nous n’avons rien dit de particulier.

Nous-mêmes n’aurions pas du tout été blessées par de telles paroles. Mais il nous faut nous « mettre dans la peau » de l’autre, ressentir pourquoi cela l’a blessé. Alors, nous comprendrons quel genre d’excuses il attend.

Un jour, un couple est venu chez nous pour demander à mon mari de les réconcilier. Ils étaient assis dans le salon, et moi, j’étais dans la cuisine, où j’essayais de ne pas écouter, mais c’était impossible, car ils parlaient de plus en plus fort. Chacun rappelait toutes les offenses que l’autre lui avait infligées. Ils s’échauffaient toujours davantage, ayant trouvé en mon mari une « oreille attentive ». Il essayait pourtant d’arrêter ce flot de paroles et leur demandait : « Bien, nous nous sommes écoutés, réfléchissons maintenant à la suite de votre vie. Voyons ce qu’il est possible de faire. » Mais ils ne voulaient rien remettre en question, seulement se complaire dans leurs blessures passées. Ils ne laissaient presque pas mon mari placer un mot… Et c’est ainsi qu’ils sont repartis, chacun avec ses rancœurs soigneusement entretenues.

La réconciliation demande beaucoup de forces.

Nous consacrons nos forces à ce qui compte pour nous. Si la paix dans notre foyer nous importe, il faut arrêter ce flot de rancœurs et réfléchir à la manière de ne pas détruire notre foyer. Des efforts considérables seront nécessaires à chaque étape de la réconciliation : s’arrêter dans le tourbillon des blessures, évaluer ce qui compte le plus pour moi, trouver la force de faire un pas vers son conjoint, demander pardon et accepter des excuses. Mais pour celui qui veut seulement vaincre à tout prix, avoir « raison », montrer du doigt les coupables, c’est une impasse. Elle ne mène nulle part.

Ce couple ne voulait pas penser à son avenir commun ; ils voulaient seulement s’accuser mutuellement, déverser tout ce qui s’était accumulé, gagner une dispute qui durait depuis des années, et tant pis si tout s’écroulait. Personne, à part eux-mêmes, ne peut sauver leur union. Pour construire un foyer juif, il faut bâtir… des ponts. Le plus possible. Après chaque dispute.

À suivre

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa