Nechama Cheli

La salutation "Chalom" - La clé la plus importante

Salutation 10. Il est interdit de saluer avec le mot « chalom » les personnes en deuil. Dans certaines communautés, cette règle s’applique même le Chabbat, quand les pratiques du deuil ne sont pas observées publiquement. On ne se salue pas non plus avec le mot « chalom » le neuf Av, car c’est un jour de deuil pour tout le peuple ju…

La salutation "Chalom" - La clé la plus importante

Salutation

10. Il est interdit de saluer avec le mot « chalom » les personnes en deuil. Dans certaines communautés, cette règle s’applique même le Chabbat, quand les pratiques du deuil ne sont pas observées publiquement.

On ne se salue pas non plus avec le mot « chalom » le neuf Av, car c’est un jour de deuil pour tout le peuple juif. Mais il est permis de répondre à la salutation d’une personne qui ne connaît pas cette loi.

11. Il n’est pas d’usage qu’un homme salue une femme avec le mot « chalom ». Mais certains spécialistes des lois de la Torah de notre génération l’autorisent. Ils expliquent que, de nos jours, le mot « chalom » est devenu pour beaucoup de gens une formule de politesse et n’exprime aucune proximité particulière, même lorsqu’on s’adresse à une femme. Pour la même raison, il est également permis de demander à un mari des nouvelles de la santé de son épouse.

12. Si quelqu’un rencontre un ami proche après trente jours de séparation, il récite la bénédiction Chéhé'héyanou – (« …qui nous a permis de vivre jusqu’à ce moment »). S’ils ne se sont pas vus pendant une année entière, on récite la bénédiction Mé'hayé hamétim (« …qui ressuscite les morts »). Mais tout cela n’est permis que si la personne se réjouit de cette rencontre. Selon un avis, de nos jours, si les personnes se sont parlé au téléphone ou ont correspondu, ces bénédictions ne sont pas récitées lors de leurs retrouvailles.

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Tous ceux qui connaissaient le rav Sim'ha étaient toujours remplis de joie lorsque quelqu’un prononçait son nom près d’eux. Le rav Sim'ha Goutnis était toujours souriant et rayonnait d’amour. Il ne blessait jamais personne, et nul ne parvint jamais à susciter en lui de mauvaises pensées ni de la jalousie. On disait du rav Goutnis qu’il avait un don particulier pour offrir de l’amour à tous ceux qu’il rencontrait.

Son petit-fils Nahoum, âgé de dix ans, était un enfant très renfermé et timide, et le rav Sim'ha veillait tout particulièrement sur lui, si bien que l’enfant se mit lui aussi à lui témoigner de l’amour et à aider les autres. Un jour, en lui rendant visite, Nahoum dit à son grand-père âgé de quatre-vingts ans : « Ah, si j’avais un caractère comme le tien ! Toute ma vie serait différente… »

Le grand-père leva la tête de son livre, regarda son petit-fils de ses yeux bienveillants et dit en montrant le canapé : « Assieds-toi, nous devons parler. »

Le jeune Nahoum pensa que son grand-père allait encore lui parler de la façon dont il fallait saluer chaque personne.

Il répétait très souvent à ses petits-enfants : « Quand quelqu’un voit qu’on s’intéresse à lui et qu’on lui sourit, il sent qu’on est heureux de le voir et que le contact avec lui a une importance particulière. C’est précisément ainsi que les cœurs se rapprochent.

Les commandements qui régissent les relations entre les personnes sont la clé de tous les autres commandements, et la salutation est le premier pas pour établir de bonnes relations entre les personnes. La salutation - c’est la clé la plus importante.

Très souvent, les gens se retrouvent dans leur univers fermé et se sentent seuls, ce qui entraîne diverses pensées négatives et des soupçons. Mais tous ces nuages se dissipent très vite lors d’une rencontre agréable. Imagine qu’une simple salutation et un sourire peuvent délivrer les gens de la haine, des conflits et de la tromperie ! De plus, dans une telle situation, il est beaucoup plus facile d’expliquer à quelqu’un en quoi il se trompe, puisqu’il est prêt à t’écouter. De brèves rencontres agréables peuvent aussi épargner aux gens des commérages inutiles, car la bienveillance les aidera à faire preuve de plus de retenue. »

Mais soudain, Nahoum remarqua que l’expression du visage de son grand-père était un peu différente de l’ordinaire. Le rav Sim'ha commença à parler de lui-même à la troisième personne, comme s’il révélait un secret.

« Sim'ha Goutnis était un enfant très renfermé. Sa solitude et son manque de confiance en lui étaient justement la cause de sa tristesse et de sa méfiance envers les autres. Il n’avait pas d’amis avec lesquels partager ses pensées et ses émotions. Bien qu’il n’essayât pas lui-même de nouer des liens avec les autres et ne se pressât pas de les saluer avec le sourire, il était terriblement peiné lorsqu’une connaissance passait près de lui sans le saluer. »

Nahoum resta figé, surpris et intrigué : « Quoi, il existe un autre Sim'ha Goutnis que grand-père ? Ce garçon me ressemble tellement ! »

On voyait que cette histoire émouvait encore son grand-père : sa voix tremblait par moments et ses yeux se remplissaient de larmes. Il poursuivit : « Quand Sim'ha eut treize ans, ses parents organisèrent un grand repas et invitèrent tous les proches et les amis de la famille. Parmi les invités à la bar-mitsva se trouvait le grand rabbin de la ville. C’était un homme très sage et expérimenté. Il s’assit à côté du garçon et commença à lui parler de ce jour extraordinaire et des commandements de la Torah. Puis il s’interrompit, regarda Sim'ha et dit : “Tu dois choisir un commandement auquel tu accorderas une attention particulière toute ta vie.” Mille idées vinrent aussitôt à l’esprit de Sim'ha. Les possibilités étaient nombreuses, mais laquelle choisir ?

« J’ai une proposition, dit le sage rabbin. Que ce soit le commandement de saluer. Chaque fois que tu rencontres quelqu’un, sois toujours ouvert et souriant. »

Sim'ha n’osa pas refuser la proposition de ce rabbin respecté. Il l’accepta, et dès lors, sa vie se mit à changer. Bien sûr, au début, ce commandement lui demanda beaucoup d’efforts, mais au bout d’un certain temps, constatant que cela n’avait rien d’effrayant, Sim'ha ressentit un immense soulagement. Peu à peu, son entourage changea aussi. Il se fit des amis, dont beaucoup lui témoignaient un profond respect et un vif intérêt. »

Après une courte pause, le rav Sim'ha revint de ses souvenirs et dit à Nahoum :

« Imagine la situation suivante. Supposons que tu connaisses quelqu’un de loin, que tu ne salues généralement pas, et que, lorsque tu as besoin d’argent, il soit le seul à être dans les parages. Tu lui empruntes la somme nécessaire et tu te sens mal à l’aise. Puis tu marches dans la rue et le voilà qui vient à ta rencontre. Tu as envie de le saluer le premier, mais tu te rappelles alors l’interdiction du ribit[1]. Tu ne l’avais jamais salué le premier, et voilà que ta “dette” se met à parler en toi. Tu rendras l’argent, et tout ce qui viendra s’y ajouter, y compris une amabilité particulière, aura l’apparence du ribit.

Je vais te raconter une autre histoire. Cela s’est passé en Uruguay, où un groupe de cho'hatim (abatteurs rituels) procédait à l’abattage cacher du bétail. À la fin de la journée, l’un d’eux décida de vérifier quelque chose dans la chambre froide et s’y attarda. En essayant de sortir, il découvrit avec horreur que la porte était fermée. À ce moment-là, tout le monde était déjà parti, et il ne restait plus qu’un gardien dans l’immense entrepôt. Les cris et les tentatives de frapper à la porte ne servaient à rien. Le cho'het semblait condamné. Mais le gardien, à qui ce cho'het — le seul de tous — disait chaque jour bonjour et au revoir avec le sourire, se souvenait de son visage et de sa gentillesse. Quand tout le monde eut quitté l’entrepôt, le gardien sentit qu’il lui manquait quelque chose. Ah ! Ce soir, personne ne lui avait dit : « Chalom ! » (Dans ce cas — au revoir.) Il se souvint aussitôt de cet honnête cho'het et appela le responsable du groupe. Celui-ci vérifia et constata que le cho'het n’était effectivement pas rentré avec les autres. Plusieurs personnes retournèrent à l’entrepôt et se mirent à le chercher, jusqu’à le trouver dans la chambre froide, terriblement transi de froid, mais sain et sauf.

Ce Juif suivait l’exemple du grand rabbi Yohanan ben Zakkaï, qui saluait toujours toutes les personnes qu’il rencontrait.

Or, tout le monde savait que rabbi Yohanan était tellement plongé dans l’étude de la Torah que, même en chemin, il ne faisait pas quatre pas sans prononcer des paroles de Torah. À ton avis, mon garçon, qu’apprenons-nous de cette histoire ? »

- Que la récompense du commandement de saluer les autres est immense : elle peut même sauver une vie ! – répondit aussitôt Nahoum.

- Non ! dit le grand-père en souriant. C’est que les gens ont un besoin incroyable de ces quelques mots qui semblent si insignifiants ! Ce gardien attendait chaque jour un mot aimable, le matin comme le soir. Tu vois ce livre ? Il s’intitule « Avot de-Rabbi Nathan »[2]. Il est écrit ici, au treizième chapitre, que même si quelqu’un a offert à son prochain tous les biens du monde, ce don ne vaut rien s’il avait lui-même les yeux baissés vers le sol et si ses paroles étaient dépourvues de chaleur humaine. Inversement, lorsqu’on accueille quelqu’un avec le sourire et avec chaleur, il a l’impression qu’on lui a offert tous les trésors du monde ! »

Le soir, Nahoum rentra chez lui et ouvrit la porte. Mais au lieu de se glisser aussitôt dans sa chambre comme d’habitude, il rassembla son courage, se tourna vers les personnes présentes et prononça d’une voix claire le précieux mot « Chalom ! »

 
  1. Ribit - interdiction d’accorder et de contracter des prêts à intérêt ↑
  2. Version développée du traité « Avot », qui ne figure pas dans le Talmud, mais est très estimée parmi les érudits de la Torah. ↑