Nechama Cheli

La véritable grandeur

Essayons d’imaginer la grandeur. Yankélé rentre chez lui après un mariage à Haïfa. Il est déjà tard, il est fatigué, épuisé, et ne souhaite qu’une chose : poser la tête sur l’oreiller. Il récite déjà le « Kriat Chéma » avant de dormir, mais soudain, il se dit : « Un instant, si l’Éternel est mon D-ieu et qu’Il est un, alors je dois faire quelque chose pour Lui. » Pour ne pas …

Rav Chimchon Dovid Pinkous

La véritable grandeur

Essayons d’imaginer la grandeur.

Yankélé rentre chez lui après un mariage à Haïfa. Il est déjà tard, il est fatigué, épuisé, et ne souhaite qu’une chose : poser la tête sur l’oreiller. Il récite déjà le « Kriat Chéma » avant de dormir, mais soudain, il se dit : « Un instant, si l’Éternel est mon D-ieu et qu’Il est un, alors je dois faire quelque chose pour Lui. » Pour ne pas s’endormir, il remplit un seau d’eau, y jette des morceaux de glace, enlève ses chaussettes, plonge ses pieds dans le seau et étudie jusqu’au matin.

Voilà la grandeur, celle que nous souhaitons pour nos enfants. À cet instant, le Tout-Puissant réunit sûrement toute Sa cour et dit : « Regardez quelle créature J’ai créée dans Mon monde ! »

Regardons maintenant ce que fait une femme, que nous appellerons Ra’hel.

Il est neuf heures et demie du matin. Son mari est au kollel, et elle est à la maison avec son petit garçon, qui court partout. Soudain, elle découvre de l’eau sur le sol. Que s’est-il passé ? Il s’avère que le petit espiègle a mis le bouchon de la baignoire et ouvert le robinet ; l’eau a débordé, et toute la maison est maintenant inondée. Elle prend une serpillière et passe une heure et demie à éponger l’eau (se rappelant entre-temps qu’elle avait mal au dos deux jours plus tôt…).

Soudain, le téléphone sonne. C’est la voisine du dessus : « Ra’hel, je dois sortir de toute urgence, pourrais-tu me rendre service et garder mes jumeaux ? » Elle accepte et, cinq minutes plus tard, les jumeaux sautent déjà avec son petit garçon sur le sol qui n’a pas encore complètement séché.

Enfin, elle finit d’éponger ce qui reste d’eau, jette un regard à l’horloge et découvre qu’il est déjà midi et demi : il faut préparer le déjeuner de toute urgence. Elle prend son enfant et les jumeaux, court avec eux au magasin, attrape deux boîtes de maïs sur une étagère, fait la queue à la caisse, paie, rentre en courant, réchauffe rapidement quelque chose sorti du congélateur et, grâce à D-ieu, un semblant de déjeuner est tout de même prêt.

Yaakov rentre à la maison, soulève le couvercle de la casserole et demande, déçu : « Il y a quelque chose de convenable à manger dans cette maison ? » Elle se tait, murmurant seulement : « Excuse-moi, je n’ai pas eu le temps de cuisiner… » Il sort de la maison, s’achète une pita aux falafels et, quand il a fini de manger, il est déjà deux heures. « J’ai besoin de dormir, essaie de faire en sorte qu’ils ne fassent pas de bruit », déclare-t-il à sa femme. Elle fait tout son possible pour que le joyeux trio ne dérange pas le repos de son mari.

À trois heures, il retourne au kollel et, à trois heures et demie, sa belle-mère appelle : « Ra’hel, j’ai entendu dire que tu avais préparé du maïs pour le déjeuner aujourd’hui… »

À cet instant, le sang lui monte aux joues et les larmes lui viennent aux yeux. Elle dit au téléphone : « Maman, un instant… » Elle va au robinet, se verse un verre d’eau, prononce la bénédiction : « Béni sois-Tu, Éternel, notre D-ieu, Roi de l’univers, par la parole de qui tout existe », et boit. Et l’eau « emporte » la colère comme les larmes ; tout disparaît, comme si rien n’avait eu lieu !

À cet instant, le Tout-Puissant réunit toute Sa cour et dit : « Regardez quelle créature J’ai créée dans Mon monde ! »

Voilà cette forme de grandeur que l’on appelle : « Pour Toi, le silence est louange. » « Et D-ieu est dans Son saint palais, toute la terre se tait devant Lui » (Habacuc, 2:20). La plus grande de toutes les louanges : « Toute la terre se tait devant Lui. »