Nechama Cheli

« Laisser entrer » dans son égoïsme

Deuxième partie : « Laisser entrer » dans son égoïsme C’est vrai, le mariage consiste en grande partie à travailler sur ses qualités. On ne peut pas simplement « appuyer sur un bouton » pour que tout fonctionne. Chaque être humain naît égoïste, même s’il a aussi, bien sûr, ses qualités. Mais « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Avant tout, nous ressen…

Rabbanite Léa Gans

« Laisser entrer » dans son égoïsme
Deuxième partie : « Laisser entrer » dans son égoïsme

C’est vrai, le mariage consiste en grande partie à travailler sur ses qualités. On ne peut pas simplement « appuyer sur un bouton » pour que tout fonctionne. Chaque être humain naît égoïste, même s’il a aussi, bien sûr, ses qualités. Mais « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Nous ressentons avant tout notre propre personne, notre douleur et notre plaisir. Notre tâche n’est pas simplement de faire une place à une autre personne, mais de la « laisser entrer » dans notre égoïsme, afin qu’elle ne soit plus « l’autre », qu’elle devienne une partie de nous-mêmes. Avec les enfants, cela se fait tout seul : dès qu’un enfant naît, c’est immédiatement « mon enfant ». Mais avec le mari, il faudra du temps pour y parvenir. Dans le mariage, nous nous réévaluons, chacune de nos qualités est mise à l’épreuve. Nous cherchons ce qui est « déformé » en nous. Remarquez bien : en nous, pas chez notre conjoint. Puis nous apprenons à le corriger. En nous construisant nous-mêmes et en construisant notre foyer, nous trouverons la joie et l’amour qui accompagnent celui qui fait ce qu’il aime.

Le Gaon de Vilna écrit que l’être humain ne peut pas rester sur place. Soit il s’élève, soit il dégringole. Tout travail sur soi, et la construction d’un foyer juif ne fait pas exception, ressemble à un escalator qui descend. Pour monter sur un tel escalator, il faut avancer vers le haut plus vite qu’il ne vous entraîne vers le bas, c’est-à-dire fournir des efforts. Si l’on « se laisse porter par le courant », l’escalator nous emportera vers le bas. Car il ne reste pas immobile.

Nous avons souvent l’impression que, si nous nous préparons sérieusement avant le « combat », si nous étudions ce sujet sous tous ses aspects avant le mariage et acquérons quelques outils, tout ira ensuite comme sur des roulettes. Maintenant que nous sommes si bien préparées, nous allons « nous reposer sur nos lauriers » pendant toute notre vie conjugale : il n’y a plus rien à faire ! Il ne reste qu’à en récolter les fruits : la joie et le bonheur. Pourtant, pour une raison ou une autre, cela ne se passe pas ainsi.

Dans le mariage, nous rencontrons une autre personne, qui se comporte rarement « comme dans un manuel ». Il faut donc sans cesse apprendre, faire des efforts et s’investir pour monter sur l’escalator qui descend. C’est un travail permanent. 

Deux êtres imparfaits se sont rencontrés…

On a l’impression que tout devrait venir naturellement, spontanément : nous devrions simplement être à l’aise l’un avec l’autre. Mais dans la vie, cela n’arrive jamais. Et même dans les familles où cette aisance semble exister, elle est généralement le résultat de longues années de travail sur soi de la part du mari et de la femme. Si nous étions parfaits, il nous serait sans doute plus facile de « nous ajuster l’un à l’autre ». Mais nous ne sommes pas parfaits.

Récemment, une des enseignantes de l’école de ma fille est décédée des suites d’une grave maladie. Sa mère est venue à la réunion et a parlé de sa fille. Elle a dit : « Ma fille était si parfaite qu’elle avait apparemment achevé sa mission dans ce monde ! » Elle a parlé des qualités parfaites que possédait sa fille, de son très haut degré de gratitude. Elle n’avait que 48 ans. « Apparemment, ces 48 années nous ont été offertes en cadeau : vivre auprès d’elle. Maintenant, on nous l’a reprise », a dit sa mère. Une personne parfaite, qui n’a pas besoin de travailler sur elle-même, n’a rien à faire dans notre monde imparfait : on la retire de ce monde.

Lors de nos chéva berakhot, à mon mari et à moi (un repas au cours de l’un des 7 jours suivant le mariage), mon beau-père (le Gaon Rav Israël Gans) a prononcé un dvar Torah (des paroles de Torah). Il a dit : « Vous êtes maintenant au tout début du chemin. Pour beaucoup, tout s’achève avec le mariage, mais pour nous, Juifs craignant D.ieu, avec le mariage, tout ne fait que commencer. Votre travail le plus difficile va maintenant commencer : votre élévation commune, votre construction commune. »

à suivre

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa