Nechama Cheli

Le don de la parole - Une grande différence

« Chalom, 'Havi ! C'est Mme Cohen, la maman de Libi. » 'Havi retint son souffle et rougit même sous le coup de l'émotion. « Tu es passée chez nous hier et tu m'as demandé si je voulais envoyer ma petite fille de quatre ans dans ton groupe d'activités extrascolaires d'été, tu te souviens ? » Et comment, bien sûr qu'elle s'en souvient ! 'Havi aura douze ans cette…

Hadassa Chvalb

Le don de la parole - Une grande différence

« Chalom, 'Havi ! C'est Mme Cohen, la maman de Libi. »

'Havi retint son souffle et rougit même sous le coup de l'émotion.

« Tu es passée chez nous hier et tu m'as demandé si je voulais envoyer ma petite fille de quatre ans dans ton groupe d'activités extrascolaires d'été, tu te souviens ? »

Et comment, bien sûr qu'elle s'en souvient ! 'Havi aura douze ans cette année et rêve depuis longtemps d'organiser un groupe d'activités d'été pour les enfants du voisinage. Depuis un bon moment déjà, elle avait du mal à se concentrer sur autre chose que son million d'idées et de projets passionnants pour occuper le temps : dessin, chansons, jeux et récompenses. Mais, bien sûr, son groupe a avant tout besoin de participantes…

La semaine précédente, elle avait préparé de jolies annonces et les avait coloriées avec des feutres aux couleurs vives, puis les avait affichées à tous les arrêts et sur toutes les maisons du quartier. Trois mamans avaient appelé pour inscrire leurs enfants, mais on était encore loin du nombre de filles prévu à l'origine pour le groupe. 'Havi avait alors décidé d'en faire la publicité en allant tout simplement frapper aux portes de ses voisins.

« C'est une très bonne idée, avait dit l'une des voisines avec un sourire. Seulement, je ne suis pas sûre que les dates de ton groupe ne coïncident pas avec celles de notre voyage… Tu sais, je vais en discuter avec mon mari et je te rappellerai. »

'Havi avait dessiné un grand point d'interrogation en face du nom de Libi Cohen et espéré que, même si la maman de Libi décidait de ne pas l'envoyer, une autre fille viendrait prendre sa place.

Maintenant que la maman de Libi Cohen l'appelait, il n'était pas étonnant que 'Havi soit si émue : peut-être la maman de Libi avait-elle finalement décidé d'inscrire sa fille ?

« 'Havi, merci, dit la voix agréable de Mme Cohen dans le combiné. Je suis certaine que ton groupe sera tout à fait spécial, mais, malheureusement, ses dates coïncident avec notre départ. Je suis vraiment désolée que Libi ne puisse pas se joindre à vous et, dans tous les cas, je te souhaite beaucoup de succès. Et n'oublie pas de nous appeler l'année prochaine ! »

'Havi prit congé et raccrocha. Elle était, bien sûr, quelque peu déçue, mais restait malgré tout d'excellente humeur.

« Qui a appelé ? » demanda sa maman. Le projet du groupe d'été l'enthousiasmait autant que 'Havi : elle lui trouvait constamment des idées intéressantes, la conseillait et, bien sûr, priait autant que sa fille pour sa réussite.

« C'était notre voisine, Mme Cohen, répondit 'Havi. Elle appelait pour me dire que, cette année, elle ne pourrait pas envoyer Libi dans mon groupe. »

« Vraiment ? s'étonna sa maman. À voir ton visage, on pourrait croire que tu as reçu une réponse positive ! »

'Havi expliqua : « Tu sais, maman, quand les autres mères m'appellent au sujet du groupe d'été, c'est généralement pour me dire qu'elles ont réfléchi et décidé que leur petite fille s'y sentirait bien et qu'il leur faut l'inscrire. Mme Cohen, en revanche, comme tu le vois, n'a pas besoin de mon groupe. Pourtant, elle m'a appelée, et j'ai eu beaucoup de plaisir à lui parler. »

Sa maman ne put manquer l'éclat dans les yeux de 'Havi et éprouva une fois de plus de l'admiration pour sa voisine, Mme Cohen.

« Tu sais, maman, elle m'a dit qu'elle en avait discuté avec son mari et que, dans l'ensemble, l'idée leur avait plu. Elle a pris le temps de m'appeler pour me faire connaître sa décision, afin que je n'aie pas à souffrir de l'incertitude et à attendre trop longtemps. Et puis, cela m'a fait plaisir qu'elle me remercie de lui avoir fait cette proposition. »

Quelques jours plus tard, la maman de 'Havi rencontra Mme Cohen à l'arrêt de bus et ne put s'empêcher de lui exprimer son admiration : « C'était si gentil de votre part d'appeler ma 'Havi. Cela l'a aidée à se sentir grande et importante. »

La maman de Libi s'étonna simplement : « Il n'y a pas de quoi ! Pourquoi n'aurais-je pas dû appeler ? À mon avis, chacun doit faire ce qu'il promet et, bien sûr, je ne pouvais pas manquer de la remercier pour tous ses efforts afin d'organiser le groupe. »

Le bus avait du retard et les deux femmes s'assirent sur un banc pour poursuivre leur agréable conversation. « Mon mari aime souvent répéter les paroles du rav Yaakov Kamenetsky : “Il n'y a aucune différence entre l'âme d'un adulte et celle d'un enfant – ni en qualité ni en taille.” » Mme Cohen sourit de nouveau : « Le fait que 'Havi soit encore une enfant n'est pas une raison pour la traiter avec moins de respect. »

Les paroles de Mme Cohen ne quittèrent pas l'esprit de la maman de 'Havi de toute la journée. Jusqu'alors, elle avait rarement songé au fait que le commandement « ne hais pas ton prochain » ne concernait pas uniquement les adultes.

Il est interdit de faire souffrir les enfants ! Nous avons l'obligation de les traiter avec le respect et l'attention qui leur sont dus. Par principe, les paroles négatives – celles qui peuvent vexer, blesser, humilier, effrayer – sont interdites ! Et peu importe à qui nous nous adressons : son âge, ses liens de parenté et son niveau d'instruction n'y changent absolument rien.

Nous devrions nous efforcer de nous abstenir de commentaires tels que : « Regardez Haïm ! Ha ha, il a encore mis son pyjama à l'envers ! », ou : « Si tu ne te tais pas tout de suite, je vais te donner un coup qui te fera mal, et tu auras au moins une raison de pleurer. » Voici un autre exemple de paroles destructrices : « Mais regarde ce que tu as rapporté du magasin ! Pourquoi réussis-tu chaque fois à acheter exactement ce qu'il ne fallait pas ? »

Gardons simplement à l'esprit l'immense potentiel que recèle chacune de nos paroles et notre obligation de choisir soigneusement nos expressions. Pesez chaque mot avant qu'il ne sorte de votre bouche : sera-t-il un diamant étincelant ou un couteau tranchant ?

Traduction – A. Chvalb. D'après un numéro de « Michméret ha-Chalom »