Rabbanite Léa Gans
Revenons au livre « Ahavat Hessed ». « Et combien cette qualité est grande : par son mérite, l’homme est prêt à accéder au monde à venir (c’est-à-dire qu’une part lui y est réservée).
Il en est question dans le traité Ta’anit (22a), à propos de rabbi Beroka. [Rabbi Beroka se rendait souvent au marché (…) et y rencontrait le prophète Éliyahou. Un jour, rabbi Beroka demanda : « Y a-t-il sur ce marché quelqu’un qui mérite le monde à venir ? » Éliyahou répondit d’abord que non, mais ensuite ils virent un homme portant des chaussures noires à lacets rouges (comme c’était l’usage chez les non-Juifs), et Éliyahou dit : « Lui. » Rabbi Beroka courut après lui et demanda : « Quel est ton métier ? » L’homme répondit : « Je te le dirai demain. » Le lendemain, il lui posa de nouveau la question, et l’homme répondit : « Je suis geôlier. Dans la prison, je sépare les hommes des femmes et je place mon lit au milieu, afin qu’ils n’en viennent pas à commettre des transgressions.
Si je vois une Juive en prison, j’essaie de la sauver, même au péril de ma vie, pour que les non-Juifs ne jettent pas leur dévolu sur elle. Un jour, une jeune fille juive fiancée s’est retrouvée en prison. J’ai versé sur le bas de sa robe de la lie de vin (qui ressemble à du sang) et j’ai dit : “Elle a ses indispositions habituelles”, et ils l’ont prise en dégoût. » Rabbi Beroka demanda alors : « Pourquoi portes-tu des chaussures noires à lacets rouges ? » L’homme répondit : « Je fréquente les non-Juifs, et ils ne savent pas que je suis juif. Quand ils préparent des lois néfastes contre les Juifs, j’en prends connaissance et j’en informe les sages juifs ; ils implorent la miséricorde, et les lois ne sont pas appliquées. » « Et pourquoi, hier, quand je t’ai interrogé sur ton travail, as-tu dit que tu me répondrais demain ? » « À ce moment-là, on était en train d’adopter une loi néfaste, et je me suis dit : je vais d’abord aller trouver les sages pour qu’ils prient pour l’annulation de la loi et la miséricorde. »
Ils parlent encore, et voici que deux hommes passent ; le prophète Éliyahou dit à leur sujet : « Ils sont dignes du monde à venir. »
Rabbi Beroka leur demanda : « Quel est votre métier ? » Ils répondirent : « Nous sommes des bouffons et des bateleurs. Nous mettons les gens de bonne humeur. Si nous voyons deux personnes se disputer, nous (les faisons rire) et les amenons à faire la paix » (et c’est à ce sujet qu’il est écrit : « Il en mange les fruits dans le monde à venir… la paix entre les hommes ».]
Rabbénou Yona a aussi écrit : s’il conseille à de nombreuses personnes de donner de la tsédaka et de pratiquer le hessed, il recevra lui-même le mérite des nombreuses personnes qui (auront donné) de la tsédaka (à son instigation), ainsi que celui des âmes qu’il aura formées. Et il sera assuré du mérite attaché à la tsédaka qui sera donnée (sous son influence), comme il est dit (Isaïe, 32:8) : « Mais l’homme noble conseille noblement et tiendra ferme dans sa noblesse ».
Et nos sages ont dit (Baba Batra, 9a) : « L’acte est plus grand que celui qui l’accomplit — cela concerne l’amour des bonnes actions » [ici et ci-après, les passages entre guillemets sont des citations d’« Ahavat Hessed » — N.d.T.]
Si nous ne savons pas nous-mêmes ce qui pourrait aider dans une situation donnée, mais que nous connaissons quelqu’un qui a rencontré un problème semblable et que nous pouvons les mettre en relation pour que l’un conseille l’autre, c’est aussi du hessed.
à suivre
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa