Rabbanite Léa Gans
Je voudrais maintenant citer un passage du livre « Ahavat 'Hessed », dont j’ai parlé plus haut. Il s’agit de la section « Les bonnes actions liées à la parole » (8:2).
« Si son prochain est en colère contre quelqu’un et qu’il peut, par ses paroles, apaiser cette colère, ce sera une bonne action. Comme il est écrit au sujet de Yossef, qui a dit : “Alors, si tu gardes mon souvenir lorsque tout ira bien pour toi, (daigne) donc me témoigner de la bonté : mentionne-moi au pharaon et fais-moi sortir de cette maison” (Béréchit, 40:14). De même, s’il peut, par ses paroles, empêcher qu’un malheur arrive à son prochain, ce sera également une bonne action. Par exemple, si, un jour, il se trouve parmi des personnes soupçonnées de vol et que (d’après certains indices) il devine qu’elles s’apprêtent à aller dévaliser quelqu’un. Et voilà qu’il les entend parler de la fortune de cet homme (qu’il est riche et qu’il vaut la peine de le dévaliser) : il serait juste qu’il se “joigne” à elles et leur raconte que cet homme est pauvre, même s’il sait lui-même que ce n’est pas vrai. Ce sera une bonne action. Comme nous le savons, c’est ainsi qu’Avraham a agi avec Sarah : “Voici la bonté que tu me témoigneras : partout où nous irons, dis de moi : C’est mon frère” (Béréchit, 20:13) ».
Nous voyons ici un autre exemple du fait que la vérité et le mensonge ne sont pas des notions absolues.
Tout doit être considéré à la lumière de la Torah. Si, selon la Torah, dire d’un riche qu’il est pauvre et le sauver ainsi d’un vol relève de la vérité, alors, dans ce cas, dire la vérité « objective » et lui attirer ainsi un malheur relève du mensonge.
Poursuivons notre lecture d’« Ahavat 'Hessed » : « De même, s’il peut avertir son ami, lui donner un conseil à propos de quelque chose afin qu’il s’en préserve, il doit bien entendu le faire, conformément à la loi, comme il est écrit à la fin du “'Hochen Michpat” (426a). En outre, s’il peut, par ses paroles, amener une personne à en aider une autre, c’est aussi une bonne action, et il recevra pour cela une bénédiction du Tout-Puissant, comme le rapporte la Tossefta (Péa, 4:17). Et même s’il a dit aux autres : “Donnez”, il recevra pour cela une récompense, comme il est dit (Devarim, 15:10) : “…car pour cela (c’est-à-dire pour la parole), l’Éternel, ton D-ieu, te bénira dans toutes tes œuvres et dans tout ce à quoi tu mettras la main” ».
Cela concerne, par exemple, ceux qui se déplacent pour collecter la tsédaka.
Des jeunes filles viennent souvent chez nous collecter des dons pour l’organisation « Bonei Olam », pour « Yad Eliézer », pour « 'Hasdei Naomi ». Toutes ces jeunes filles ne demandent pas pour elles-mêmes, ni parce qu’elles manquent de quelque chose. Elles demandent pour les autres, comme il est écrit : « il a dit aux autres : “Donnez” ». C’est ainsi qu’elles accomplissent du 'hessed par leur parole (en plus du 'hessed lemaassé, c’est-à-dire en actes : elles se déplacent, frappent aux portes, collectent).
Poursuivons la lecture d’« Ahavat 'Hessed » (8:3) : « Donner à son prochain un conseil adapté à ses affaires, comme il est écrit dans le “'Hochen Michpat” (97a), et cela s’applique même (en tant qu’aide) aux riches ».
Chacun de nous connaît mieux un domaine particulier et peut donner des conseils aux autres.
Par exemple, si nous avons parmi nos connaissances un médecin ou une infirmière, nous pouvons parfois leur demander conseil. Si quelqu’un est autrefois « passé maître » dans les démarches pour obtenir une machkanta (un prêt hypothécaire), il peut conseiller les autres sur la façon de les accomplir plus facilement, à de meilleures conditions et plus efficacement. Celui qui travaille dans la construction peut donner des conseils dans ce domaine. Il s’avère que conseiller une personne en s’appuyant sur son expérience ne consiste pas simplement à répondre à sa question. Dans ce cas, c’est aussi accomplir la mitsva du 'hessed grâce à notre parole.
Dans notre communauté, il y a des personnes que l’on appelle askanim (acteurs de la vie communautaire), et qui accomplissent un immense 'hessed, par exemple dans le domaine des soins médicaux.
Ils étudient une spécialité médicale donnée pour savoir quels sont les meilleurs médecins et hôpitaux dans ce domaine, et où il vaut mieux se faire soigner : en Israël ou à l’étranger. Récemment, j’ai vu dans notre journal de quartier une annonce où quelqu’un proposait des conseils pour savoir où bénéficier de meilleurs soins dentaires à moindre coût. D’autres apportent leur aide dans le domaine de l’arnona (taxe municipale) : ils conseillent sur les moyens de faire des économies. Il existe des conseillers financiers. Et même dans un domaine tel que la confection des 'hallot, il y a des spécialistes prêts à nous conseiller pour rattraper notre pâte lorsqu’elle est ratée.
Toute personne qui a étudié un domaine à fond (dans le cadre de son travail ou parce qu’elle a rencontré des difficultés à un moment de sa vie) peut aider autrui par ses conseils.
J’ai une voisine experte en lessive. Elle donne à toutes les voisines ses « astuces » pour détacher les vêtements. Je peux toujours m’adresser à elle, lui décrire le problème (c’est-à-dire, en fait, ce qui a causé la tache), et elle me conseille le produit à utiliser pour l’enlever : du bicarbonate de soude, de l’acétone, du « Saint Moritz » (un dégraissant), de l’« économika » (de l’eau de Javel), de l’acide citrique… Elle m’a sauvé quantité de vêtements grâce à ses conseils ! Ce n’est pas simplement gentil de sa part. C’est un véritable 'hessed qu’elle accomplit par la force de sa parole.
Qui aurait cru que des choses apparemment aussi petites nous permettraient d’accomplir une si grande mitsva !
Je me souviens que, lorsque j’étudiais au séminaire, j’avais une amie dans une autre classe, d’un an mon aînée. Le Chabbat, nous faisions ensemble l’aller-retour jusqu’au Mur des Lamentations (nous habitions alors à Guéoula). À cette époque, cela ne faisait pas peur [il s’agit apparemment du trajet par la porte de Damas — N.d.T.], contrairement à aujourd’hui. De nos jours, je ne laisserais pas ma fille emprunter ce chemin, mais à l’époque, c’était sans danger. En chemin, nous bavardions beaucoup, et elle m’a notamment raconté que la professeure de Torah que j’aurais cette année-là aimait beaucoup et appréciait qu’une élève sache par cœur un verset de la Torah ainsi que le commentaire de Rachi sur ce verset. J’en ai tenu compte.
Lorsque la professeure est entrée dans la classe, elle a commencé à appeler les filles les unes après les autres pour leur demander de réciter un verset par cœur. Aucune ne le savait : elles n’étaient pas préparées à cette façon d’étudier. Moi, j’avais eu le temps de me préparer, puisque j’avais été prévenue. Je pense que mon amie n’avait même pas conscience du 'hessed qu’elle m’avait fait, simplement au fil de la conversation. Mais il arrive aussi qu’au cours d’une conversation, on se livre plutôt au lachon hara ou aux commérages…
À suivre
Texte préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa