Rabbanite Léa Gans
La dernière fois, nous avons parlé de la grande force des mots que le Tout-Puissant nous a accordée. Nous avons surtout abordé sour méra (« éloigne-toi du mal »), mais il y a aussi assé tov (« fais le bien »). Nous avons vu comment un mauvais usage de la parole peut gâcher nos prières, blesser nos proches, répandre de mauvais propos sur notre prochain et lui nuire.
Nous allons maintenant nous intéresser à assé tov et examiner quelles mitsvot nous pouvons accomplir par la force de la parole.
Pour chaque force que le Tout-Puissant crée « pour le mal », Il crée une force du bien bien plus puissante. Nous avons parlé du pouvoir destructeur du mal, mais la force créatrice du bien est beaucoup plus grande.
Le livre « Ahavat Hessed » du Rav Israël Méïr HaCohen (le Hafets Haïm) décrit de nombreuses manières d’accomplir de bonnes actions. En principe, nous savons tous comment nous y prendre, mais ce livre contient une multitude de précisions sur des sujets comme la tsédaka ou le prêt d’argent : combien, à qui, comment… Il comporte notamment un chapitre sur le hessed bé-dibour, les « paroles bienfaisantes ».
Alors, quelles bonnes actions pouvons-nous accomplir avec notre bouche ?
La génération du désert, qui recevait sa nourriture, la manne, directement du ciel, se demandait comment accomplir de bonnes actions dans une telle situation. Il n’y a ni pauvres ni riches, personne qui manque de moyens de subsistance. Si chacun reçoit exactement ce dont il a besoin pour sa famille, que tous ont suffisamment et que personne n’est dans le besoin, alors c’est fini, il n’y a plus aucune possibilité de faire une bonne action ?
La réponse est que les riches (qui étaient riches en Égypte) connaissaient le goût des mets accessibles seulement aux gens aisés, par exemple le foie d’oie. Le pauvre, lui, ne connaissait que sa nourriture habituelle : du pain avec de l’oignon. Nous savons que la manne changeait de goût « à la demande » de celui qui la mangeait. La bonne action que le « riche » pouvait accomplir pour le « pauvre » consistait donc à lui indiquer quels plats délicieux existaient dans le monde, pour qu’il puisse « commander » autre chose que du pain et des légumes.
C’est ainsi qu’ils ont cherché — et trouvé des possibilités. Et nous ?
Ma mère avait une amie qui avait perdu son mari à la suite d’une longue maladie et était ensuite tombée en dépression. Elle était dans un état terrible. Ses yeux et ses oreilles s’étaient « déconnectés », c’est-à-dire qu’ils fonctionnaient mal : elle ne voyait et n’entendait presque plus. De plus, elle restait couchée presque tout le temps et ne voulait pas s’occuper d’elle-même. Rien ne l’intéressait. Mais elle avait de bons enfants, qui essayaient de l’emmener quelque part avec eux, de la faire sortir, de lui faire plaisir, de l’encourager. Rien n’y faisait : elle ne sortait pas de cette grave crise. Puis quelqu’un eut l’idée de lui dire qu’une organisation aidant les grands malades dans les hôpitaux avait grand besoin d’elle.
Au début, cette idée semblait absurde : comment pourrait-elle, si malheureuse et épuisée, aider qui que ce soit ?!
Mais celui qui avait eu cette idée était apparemment un génie, car dès qu’elle y est arrivée, tout a changé. Si, au début, on l’y conduisait parce qu’elle n’avait pas de forces, elle a ensuite retrouvé de l’énergie, l’envie de donner et la possibilité d’aider. Elle s’est ressaisie en sentant qu’on avait besoin d’elle, qu’elle pouvait être utile. Cela lui a donné des forces. Elle passait de longues heures à essayer d’aider les malades, eux aussi souvent en dépression. Elle savait en effet comment les aider, sur quels points précisément et comment les soutenir. Au fil de son bénévolat, elle ne s’est pas rendu compte à quel point elle avait elle-même changé : elle était sortie de son propre abattement, du deuil de son mari, et avait repris vie.
Lorsqu’une personne soutient les autres, elle s’aide elle-même bien davantage.
Toute la vie de celui qui donne aux autres en y consacrant ses forces prend une autre tournure. Il sent qu’on a besoin de lui. Il prend soin de lui pour être en mesure d’aider les autres.
Nous, mères de famille, sommes constamment occupées à aider notre entourage : nos maris, nos enfants. Mais même une personne seule, une femme dont tous les enfants ont grandi et quitté le nid, peut se révéler très utile et trouver des personnes qui ont besoin de son aide.
À suivre
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa