Rabbanite Léa Gans
À plus forte raison dans notre foyer. L’empathie et une parole bienveillante y façonnent l’atmosphère.
Un enfant est rentré du héder ou de l’école, nerveux et contrarié. Il a faim, il est fatigué, il n’a plus de patience : il crie sur tout le monde. L’une de mes filles sait gérer ce genre de situations. Elle l’emmène dans une autre pièce, lui parle doucement, le calme, s’intéresse à ce qui le concerne — et soudain, on dirait un autre enfant. Il cesse de s’en prendre à tout le monde et de critiquer la nourriture qu’on lui sert ; son comportement change complètement. Mais si tout le monde répond à ses cris par des cris (« Pourquoi nous cries-tu dessus ? Qu’est-ce qui ne te plaît pas ? Pourquoi es-tu si nerveux ? »), il ne se calmera certainement pas et, très probablement, ne fera que se braquer davantage.
S’asseoir quelques minutes en tête à tête avec lui, au calme, lui parler, s’intéresser à ce qui le concerne : cela agira comme de l’huile lubrifiante dans un mécanisme.
Dans notre quartier, il y a une éducatrice de maternelle qui dit toujours, à toutes les réunions de parents et à toutes les fêtes de fin d’année : « Tout cela, nous le devons à notre merveilleuse assistante. Comme elle veille sur les enfants et prend soin d’eux ! Comme elle nettoie la maternelle ! Grâce à elle, il est si agréable d’y être. » En réalité, bien sûr, l’assistante lave le visage des enfants, les aide en cas de petits « accidents », lave les sols — mais, au fond, ce n’est pas le rôle principal à la maternelle. Pourtant, ces quelques phrases que l’éducatrice glisse en son honneur rehaussent le statut de l’assistante aux yeux de toutes les mamans présentes, et aux yeux de l’assistante elle-même. Bien sûr, outre le hessed, l’éducatrice y gagne aussi : l’assistante accomplira ses tâches et l’aidera avec davantage de joie.
Ma fille a été éducatrice remplaçante dans une maternelle de la Vieille Ville de Jérusalem.
À la fin de l’année, il y a eu une fête à la maternelle, et l’une des mamans s’est levée et a dit quelques mots, pendant deux minutes tout juste, pour dire combien ma fille avait été une bonne éducatrice au cours de ces quelques mois : les enfants se sentaient bien avec elle, ils n’avaient « même pas remarqué » le changement d’éducatrice et s’étaient attachés à elle. Ce sont peut-être précisément ces mots qui ont permis à ma fille d’avoir sa propre maternelle l’année suivante (c’est-à-dire un poste d’éducatrice titulaire), car la directrice de tout le réseau de maternelles assistait à la fête et avait entendu ces paroles bienveillantes à son sujet.
C’est un domaine où la modestie ne fait que nuire. Il ne faut pas se retenir lorsqu’il convient de remercier, de dire des mots chaleureux.
C’est une modestie mal placée. C’est particulièrement vrai dans les relations entre mari et femme. Le mari n’a qu’une femme, et la femme n’a qu’un mari : qui d’autre pourrait leur apporter autant de soutien qu’ils peuvent s’en apporter mutuellement ? D’autant que, dans la colère, nous ne nous gênons souvent pas pour dire à nos proches ce que nous ne dirions pas à des inconnus. Nous n’hésitons pas à prononcer des mots qui se plantent dans l’autre comme des flèches. Et lorsqu’il faut faire un compliment, nous sommes gênés ?
Nous avons désormais une autre bonne raison de remercier et de faire des compliments dans notre propre foyer : c’est l’accomplissement de la mitsva de guemilout hassadim par la parole.
À suivre
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa