Rabbanite Hava Kouperman
Poursuivons notre analyse du livre du prophète Zacharie. Arrêtons-nous sur deux passages intéressants (prophéties) où il est question de chevaux.
Le premier passage se trouve au premier chapitre (verset 8). Il y est dit : « J’ai vu la nuit : voici un homme (un ange) monté sur un cheval roux, qui se tient parmi les myrtes du ravin, et derrière lui, des chevaux roux, bais et blancs. » Nous lisons le deuxième passage au chapitre 6 (des versets 1 à 8), où il est question non seulement de chevaux, mais aussi de chars. « …et voici que quatre chars sortent du ravin entre deux montagnes ; ces montagnes sont des montagnes de cuivre. Au premier char sont attelés des chevaux roux, au deuxième char des chevaux noirs, au troisième char des chevaux blancs et au quatrième char des chevaux tachetés, gris. Je m’écriai et dis à l’ange qui me parlait : que signifient ces (apparitions), mon seigneur ? L’ange répondit : ils partent dans les quatre directions du ciel, après s’être présentés devant le Maître de toute la terre. Les chevaux noirs attelés à l’un des chars partent vers le pays du nord, les blancs sont partis à leur suite et les tachetés sont partis vers le pays du sud. Quant aux gris… ils demandèrent la permission d’aller parcourir la terre. Et Il dit : allez, parcourez la terre, et ils parcoururent la terre. Il m’appela à haute voix et me dit : regarde, ceux qui partent vers le pays du nord ont apaisé Mon esprit dans le pays du nord. »
Comme nous l’avons déjà souligné avant d’aborder l’analyse du livre de Zacharie, sa prophétie est complexe et obscure. Zacharie lui-même ne comprend pas ses visions. Il demande toujours à l’ange : qu’est-ce que cela ? Et l’ange lui donne toujours des explications. Nous ne rencontrons rien de semblable chez aucun des autres prophètes.
Il existe de nombreux commentaires qui examinent les prophéties de Zacharie dans leurs moindres détails. En général, les opinions des différents commentateurs s’opposent, se contredisent… Nous n’entrerons pas dans tous ces détails, puisque nous abordons ce livre dans son ensemble.
Ainsi, le prophète dit : « J’ai vu la nuit… » La nuit symbolise l’exil. Les visions comportent également quatre chars et des chevaux de quatre robes différentes : la prophétie évoque donc quatre exils.
Mais pourquoi montre-t-on au prophète la robe des chevaux avec tant de précision ? Dans la première prophétie, les chevaux sont roux, bais et blancs. Dans la deuxième, des chevaux noirs apparaissent, et les chevaux ne sont plus seuls : ils sont attelés à des chars.
Dans les deux prophéties, les chevaux roux sont cités en premier et les blancs en troisième ; les deuxièmes chevaux sont noirs dans le deuxième passage et bais (brun-rouge) dans le premier. Les robes baie et noire sont très proches, puisque le sang coagulé est toujours noir.
La première prophétie ne comporte pas de chevaux tachetés, gris ; ils n’apparaissent que dans la deuxième prophétie (il s’agit manifestement de chevaux gris pommelés). Bien entendu, cette robe bicolore a elle aussi sa symbolique ; nous essaierons de la comprendre.
Les quatre chars et les quatre robes des chevaux symbolisent les quatre points cardinaux, ainsi que les quatre royaumes qui asserviront le peuple juif.
Au fond, la prophétie de Zacharie parle de ce contre quoi le prophète Daniel avait déjà mis en garde, après avoir réussi à déchiffrer le message du rêve du roi Nabuchodonosor. (La statue apparue au roi en rêve avait une tête d’or, des bras d’argent, un tronc de cuivre, des jambes de fer, etc.)
La robe rousse des chevaux représente Babylone. Le rouge symbolise le fait que le roi de Babylone a détruit le Premier Temple et fait couler beaucoup de sang. Dans le monde antique, les chevaux symbolisaient la guerre. Les chars, à plus forte raison. La robe noire des chevaux symbolise la Perse, sous la domination et l’oppression de laquelle les visages des Juifs noircissaient (c’est précisément la Perse qui avait l’intention d’anéantir tout le peuple juif). Le blanc est la couleur de la Grèce, « pure », belle, avancée dans les sciences et la philosophie. Mais lorsqu’une personne éprouve une honte terrible, elle rougit d’abord, puis pâlit jusqu’à devenir blanche. Les Grecs ne tuaient pas les Juifs, mais tentaient de les helléniser. Ils ne reconnaissaient pas le Tout-Puissant et faisaient subir à nos lieux et objets sacrés des choses qui nous faisaient blêmir.
La dernière robe est le gris pommelé. Les deux couleurs correspondent au christianisme et à l’islam (c’est notre quatrième exil). Deux couleurs, parce que le monde est dominé par deux religions, et non par une seule.
Le Gaon de Vilna dit que les chars symbolisent, entre autres, la nature inanimée à laquelle l’être humain insuffle, pour ainsi dire, la vie : c’est notre capacité à dominer la nature, à la modifier à notre guise (à mettre en mouvement ce qui est immobile). Le cheval symbolise le fait que nous utilisons la nature telle qu’elle est, sans la modifier, en l’adaptant simplement à nos besoins.
En Égypte, à Babylone et dans les autres royaumes qui dominaient les Juifs pendant les exils, on utilisait les uns comme les autres. C’est pourquoi les prophéties comportent à la fois des chevaux et des chars. (Rappelez-vous : lorsque les Égyptiens poursuivent les Juifs sortis d’Égypte, ils les pourchassent sur des chars attelés de chevaux.)
Certaines personnes pensent que rêver d’un cheval au galop est mauvais signe, parce que le cheval symbolise la guerre.
La prochaine fois, nous essaierons d’examiner les liens et les correspondances dont la prophétie de Zacharie est riche.
À suivre