Rav Simha Cohen
L'une des difficultés fréquentes dans la communication entre époux tient au fait que la femme recherche le partenariat, tandis que l'homme est tourné vers un but.
L'épouse a tendance à raconter à son mari tout ce qui lui est arrivé. Le mari l'écoute naturellement comme il écouterait toute autre personne qui lui parle. Mais comme les hommes pensent en fonction d'un but et se sentent en outre responsables de leur femme, le mari suppose que les récits de son épouse poursuivent un objectif et qu'ils visent à lui demander de faire quelque chose, de résoudre un problème à sa place ou de l'aider dans une tâche qu'elle a du mal à accomplir seule.
Ainsi, lorsque son épouse lui raconte comment s'est passée sa journée, il n'envisage même pas qu'elle ne lui demande pas nécessairement de l'aide.
Tout ce qu'elle souhaite, c'est partager avec lui ses émotions et ses pensées. Lui, en revanche, considère son récit comme un préambule qui débouchera sur une demande et tente de deviner, à travers ses paroles, où elle veut en venir. Alors, quand le récit se prolonge et qu'il ne comprend toujours pas ce qu'on attend finalement de lui, il l'interrompt et dit : « Mais enfin, qu'est-ce que tu veux de moi ?! » L'épouse se sent naturellement blessée : elle avait « simplement » besoin de partager avec lui, du début à la fin, ce qui lui était arrivé, et de lui raconter où elle était allée, qui elle avait rencontré et ce qu'elle avait ressenti.
Elle est contrariée non seulement parce que son mari interrompt son récit, mais aussi - et c'est le plus important - parce qu'il ne la comprend pas.
Illustrons ce qui vient d'être dit par l'exemple suivant.
Tard dans la nuit, l'épouse engage cette conversation avec son mari : « Tu sais ce qui s'est passé aujourd'hui ? » Le mari est un homme tourné vers un but, et il lui paraît évident qu'il s'est produit quelque chose qui exige son intervention : à ses yeux, rien d'autre ne peut expliquer une telle agitation de son épouse à une heure aussi tardive. Comme le cerveau fonctionne plus vite que la langue, il passe mentalement en revue toutes les situations possibles dans lesquelles elle aurait besoin de son aide. Peut-être n'y a-t-il plus de pain à la maison, et les enfants n'auront rien à emporter à l'école ? Peut-être le lait a-t-il tourné ? Ou peut-être la machine à laver est-elle tombée en panne ?
La femme poursuit son récit : « Je me suis approchée de la machine à laver… ».
À cet instant, le mari se conforte dans l'idée que le problème concerne la machine à laver. En entendant les mots « machine à laver », il conclut que son récit poursuit un objectif précis et qu'elle a indubitablement besoin de son aide. Son cerveau continue de fonctionner à plein régime et propose plusieurs possibilités : « Peut-être n'a-t-elle pas réussi à fermer la porte de la machine, ce qui l'empêche de fonctionner ? Peut-être le tambour est-il coincé et ne tourne-t-il pas ? Peut-être la pompe est-elle tombée en panne et l'eau ne s'évacue-t-elle pas, ou y a-t-il un problème avec le filtre ? Ou peut-être y a-t-il eu un court-circuit ? Ou bien n'y a-t-il plus de lessive en poudre ? ».
Et, effectivement, elle dit : « C'est alors que j'ai remarqué que je n'avais plus de lessive en poudre ». « Ah, se dit le mari, si elle m'en parle à cette heure tardive, c'est probablement qu'elle me prépare à répondre à une demande qu'elle formulera un peu plus tard : aller au supermarché ouvert jour et nuit pour acheter de la lessive en poudre. Car sinon, poursuit-il dans ses pensées, quel sens cela aurait-il de me raconter une histoire sans aucun but au milieu de la nuit ? »
Mais, à sa surprise, il l'entend dire qu'elle est allée elle-même au magasin d'articles ménagers. « Elle n'a donc pas besoin que j'aille acheter de la lessive en poudre : il n'y a pas de problème. Alors pourquoi me raconte-t-elle tout cela ?! ». (Les hommes qui lisent ces lignes remarqueront qu'à ce stade, le mari passe brusquement, dans sa pensée, de la conviction initiale que son épouse cherche à résoudre un problème précis à une incompréhension totale de la raison pour laquelle elle lui raconte une histoire sans but.
Le mode de pensée du mari, orienté vers un but, continue de le pousser en avant ; son cerveau inventif ne se calme pas.
Il parvient à la « solution » suivante : « Elle n'a probablement pas trouvé de lessive en poudre au magasin d'articles ménagers et va maintenant me demander d'aller en acheter ? »
L'épouse continue de raconter comment elle est arrivée au magasin, est entrée dans le rayon des produits ménagers et a examiné toutes les étagères, sans trouver sa lessive en poudre préférée. À ce stade du récit, le mari est déjà certain qu'on va très bientôt lui demander d'aller dans un autre magasin pour acheter la lessive en poudre manquante : il commence à se préparer mentalement à sortir.
Les pensées du mari défilent rapidement, mais son épouse n'en sait rien et poursuit son récit : « La vendeuse du rayon des produits ménagers a vu que je cherchais quelque chose sans le trouver. Elle m'a alors demandé ce qu'il me fallait. J'ai répondu : “Ma lessive en poudre préférée !” Elle m'a proposé de la suivre et m'a montré que, dans la réserve, derrière de grandes bouteilles de produit pour laver les sols, se trouvait une boîte de lessive en poudre qui venait d'être livrée. Imagine la chance que j'ai eue ! - conclut joyeusement l'épouse. - Quelle “déception” cela aurait été si j'étais arrivée 10 minutes plus tôt ?! Je n'aurais pas trouvé de lessive en poudre et je serais rentrée à la maison les mains vides ! »
À ce stade, le mari est totalement désorienté et abattu :
« Alors, en fait, nous avons de la lessive en poudre ?! » se dit-il. « Cela veut dire que je n'ai pas besoin de sortir de la maison maintenant pour en acheter ? Et tout ce long récit ne visait pas à ce que je t'aide à te procurer cette fichue lessive en poudre ! Alors à quoi bon tous ces longs récits ?! Enfin, je peux dormir, puisque demain je dois me lever tôt pour aller travailler ».
Ce dialogue décevant montre que les difficultés de communication entre le mari et l'épouse ne proviennent pas de mauvaises intentions, mais des différences entre la psychologie de l'homme et celle de la femme, ainsi que de la méconnaissance de ces différences.