Rav Chimchon Dovid Pinkous
Il est dit dans le livre de Job (26:7) : « (Le Tout-Puissant) suspend la terre sur belima (le vide). » Le mot belima, traduit par « vide », signifie littéralement : beli ma – sur rien. Nos sages en tirent cet enseignement : « Le monde n’existe que grâce à celui qui se retient (bolem, verbe dérivé de belima) au moment d’une querelle, comme il est dit : “suspend la terre sur belima (ici, “sur la maîtrise de soi”)”. »
Le Tout-Puissant « suspend le monde » à l’homme qui se tait au moment d’une querelle (c’est-à-dire qu’Il fait dépendre de lui l’existence du monde). Un tel homme est le fondement de l’existence du monde entier.
Nous découvrons ici une grandeur qui s’acquiert d’une manière tout à fait inattendue : sans effort dans la Torah et les commandements, simplement en se taisant au moment d’une querelle. Comme l’ont dit les sages : « À quiconque est resté assis sans pécher, on accorde une récompense comme s’il avait accompli un commandement. »
Il faut comprendre quelle grandeur réside dans le silence, dans le fait de retenir des mots qui étaient déjà sur le bout de la langue.
On sait que les anges chantent un chant. Quel est le chant des anges ? « Saint, saint, saint », et « Bénie soit la gloire de l’Éternel mimkomo (depuis son lieu) ». Il existe cependant une autre catégorie d’anges, appelée hachmal (mentionnée dans la prophétie d’Ézéchiel). Le Gaon de Vilna explique que ce mot se compose de deux mots : hach (se taire) et mal (de memalel, parler). Comme il est dit dans le traité Haguiga : « Tantôt ils se taisent, tantôt ils parlent », et le Gaon ajoute qu’il s’agit de la répétition de la prière de la Amida par le hazan.
Lorsque l’on glorifie le Tout-Puissant, il est absolument nécessaire d’atteindre cette perfection du chant : la parole associée au silence. La prière de la Amida prononcée par le hazan est un chant, et le silence des autres fidèles est lui aussi un chant. Ensemble, ils forment un chant particulier et merveilleux, dont l’essence est : hach – mal.
Il existe deux façons de chanter pour le Tout-Puissant : il y a la mélodie de « Saint, saint, saint » et de « Bénie soit la Gloire de l’Éternel mimkomo (depuis son lieu) », et il y a la mélodie du silence.
Ainsi, se taire ne consiste pas seulement à ne pas commettre de péchés. Le silence est, en lui-même, un chant.
On trouve, à propos du prophète Élie, une description du chant des anges : « Et (le Tout-Puissant) lui dit : sors et tiens-toi sur la montagne devant le Créateur… et voici que le Tout-Puissant passe, et un grand vent… le Créateur n’est pas dans le vent… et après le vent, un fracas, le Créateur n’est pas dans le cœur… et après le feu, la voix d’un silence ténu » (Rois 1, 19:11-12). Le point culminant de ce chant est « la voix d’un silence ténu », comme il est dit dans les Téhilim : « Pour Toi, le silence est louange. » La plus grande louange est le silence.
Imaginons : lorsqu’un grand érudit de la Torah entre dans une yéchiva, tous baissent la voix et se mettent à chuchoter. Mais s’il s’agit du plus grand sage de la Torah, du guide de la génération, tous se taisent simplement, et le silence règne dans la salle !
Le silence est le plus grand des chants, plus grand encore que le plus beau chant qui puisse exister.
Et nos sages demandent : quel chant soutient le monde ? « Il suspend la terre sur belima (la maîtrise de soi) » : lorsqu’un homme sait se taire pour la gloire du Ciel. Lorsqu’il est sur le point d’éclater tant il a envie de dire ne serait-ce qu’un mot, de piquer l’autre, de montrer qu’il est plus important. Mais il crie, en silence, pour la gloire du Tout-Puissant. Voilà la plus haute des grandeurs !
préparé par Mme Léa Choukhman