Bassia Tsiboukmakher
Dans la maison de la famille Elyachiv (nom de jeune fille de la rabbanite Batcheva Esther Kanievsky), la hafrachat ‘halla — le prélèvement de la ‘halla — était le moment de la plus grande élévation spirituelle de toute la semaine.
La rabbanite Chaïna ‘Haya, mère de Batcheva Esther, accomplissait cette mitsva avec un profond respect chaque jeudi soir. Aussitôt après le prélèvement de la ‘halla, toutes les femmes de la famille Elyachiv récitaient une prière particulière et lisaient des Téhilim.
À cette époque, peu de foyers possédaient un four. Les filles aînées, Batcheva et Sarah, apportaient donc les ‘hallot tressées à la boulangerie la plus proche du quartier de Beit Israël, située à cinq minutes à pied de leur maison. Après avoir transporté jusqu’à la boulangerie les lourdes plaques de fer chargées de ‘hallot, les filles pouvaient utiliser le grand four du boulanger pour quelques pièces. Une fois les ‘hallot cuites et un peu refroidies, Batcheva et Sarah les retiraient des plaques et les rapportaient à la maison.
Après son mariage, la rabbanite Batcheva Esther Kanievsky préparait souvent des ‘hallot maison, mais certaines semaines, des ‘hallot achetées à la boulangerie étaient servies à la table de la famille Kanievsky. Tout changea en 1967, lorsque plusieurs malheurs s’abattirent sur leur famille en peu de temps : d’abord, le rav ‘Haïm tomba dans un trou en se rendant au Kotel et resta alité pendant huit mois. Peu après, leur fils Chlomo fut renversé par une voiture près de chez eux alors qu’il traversait la route. Une nouvelle fois, la rabbanite Kanievsky dut passer de longues journées et des nuits sans sommeil à l’hôpital. Après ces événements, elle ne manquait pas de remercier le Tout-Puissant d’avoir miraculeusement sauvé la vie de son mari et de son fils, et elle s’engagea à accomplir chaque semaine la mitsva du prélèvement de la ‘halla.
Au début, la rabbanite pratiquait la hafrachat ‘halla le vendredi matin. Mais, avec le temps, de plus en plus de femmes exprimèrent le souhait de s’associer à cette mitsva, et la rabbanite Batcheva Esther se mit à préparer les ‘hallot le jeudi, comme c’était l’usage dans la maison de ses parents.
Avant de prélever la ‘halla, la rabbanite expliquait aux femmes et aux jeunes filles réunies les lois de cette mitsva. Après le prélèvement de la ‘halla, lorsque les femmes, pleines d’enthousiasme, lui faisaient part de leurs impressions, elle leur demandait de ne pas délaisser cette mitsva, mais d’en faire une coutume dans leur famille.
Le prélèvement de la ‘halla se déroulait généralement ainsi : la rabbanite récitait la bénédiction sur le prélèvement de la ‘halla et prélevait un morceau de pâte. Aussitôt après, elle priait et parlait littéralement au Tout-Puissant pendant une dizaine de minutes, sans oublier de mentionner tout ce que les femmes lui avaient confié au cours de la semaine. Elle lisait ensuite la prière particulière qui suit le prélèvement de la ‘halla. Puis elle adressait de nouveau des demandes au Tout-Puissant pour toutes les femmes présentes, pour chacune individuellement, en évoquant ce qui lui manquait. Cela paraît simple, mais imaginez combien de prières s’élevaient de la maison de la famille Kanievsky ce jour-là, alors que jusqu’à cent cinquante femmes s’y réunissaient chaque jeudi ! La plupart devaient rester dans la bibliothèque à ce moment-là, car les dimensions modestes de la cuisine ne permettaient pas d’y accueillir plus de quinze personnes à la fois (la cuisine était si petite qu’il n’y avait même pas de place pour le réfrigérateur, qu’il avait fallu déplacer dans la chambre).
Durant les dernières années de la vie de la rabbanite, de plus en plus de femmes venaient le jeudi prendre part à la mitsva.
Ni la cuisine ni la bibliothèque ne pouvaient désormais accueillir toutes celles qui souhaitaient venir. La rabbanite devait réciter la bénédiction sur le prélèvement de la ‘halla aussi fort que possible, afin que toutes les femmes et les jeunes filles présentes puissent l’entendre et répondre « Amen ».
Dans son discours aux funérailles de la rabbanite Kanievsky, le rav Yits‘hak Zilberstein la qualifia d’enseignante exceptionnelle en matière de mitsva du prélèvement de la ‘halla.
C’était parfaitement justifié, car c’est grâce à la rabbanite que des milliers de femmes, en Terre d’Israël et ailleurs, s’étaient engagées à accomplir cette mitsva. En dehors d’Israël, la hafrachat ‘halla revêt même une importance plus grande, car en Terre d’Israël, de nombreuses mitsvot que nous pouvons accomplir sont liées à la terre, tandis qu’en dehors, celle du prélèvement de la ‘halla est la seule !
On demandait souvent au rav ‘Haïm Kanievsky quel était le secret de son épouse : comment parvenait-elle à enflammer le cœur de tant de femmes à travers le monde pour l’accomplissement de la mitsva de la hafrachat ‘halla ? Le rav ‘Haïm répondait que ce secret était la joie de vivre et la joie d’accomplir les mitsvot. Et comme cette joie venait du plus profond du cœur de la rabbanite, elle ne pouvait laisser personne indifférent.
Préparé par A. Schwalb