Rabbanite Hava Kouperman
Le prophète Abdias figure dans le livre des « Douze petits prophètes », après Amos et avant le prophète Jonas. Il est considéré comme le plus petit des petits prophètes.
Son livre ne comporte qu’un seul chapitre.
La tradition orale compare le prophète Abdias au prophète Isaïe. (Rappelons aux lecteurs que le « grand » prophète Isaïe, tout comme les grands prophètes Jérémie et Ézéchiel, fait partie des 15 prophètes postérieurs, parmi lesquels figurent également les 12 « petits prophètes ». Isaïe est le plus grand des trois grands prophètes (il possède le niveau spirituel le plus élevé). Abdias est le plus petit des petits prophètes et possède le niveau spirituel le plus modeste (mais que D.ieu accorde à chacun un niveau semblable au sien !). Abdias et Isaïe commencent tous deux leur prophétie par le mot « 'hazon » - Vision.
Selon la tradition, Abdias est édomite. Il est l’intendant du palais du roi Achab. Dans le Livre des Rois (livre 1, chapitre 18, verset 3), il est dit de lui : « Abdias … administrait le palais et... était un homme qui craignait profondément D.ieu ».
Il faut souligner que personne d’autre qu’Abdias n’a reçu une telle qualification.
Lorsque la reine Jézabel, épouse d’Achab, une idolâtre connue pour sa cruauté, décida d’exterminer tous les prophètes du Très-Haut, Abdias les cacha dans deux grottes et les approvisionna en pain et en eau. Il sauva cent personnes d’une mort certaine, en cachant cinquante d’entre elles dans une grotte et cinquante dans l’autre. Et, selon la tradition, il ne se souciait pas seulement de leur fournir le strict nécessaire, autrement dit de les sauver physiquement. Il leur fournissait aussi de l’huile d’olive pour qu’ils aient de la lumière et puissent étudier la Torah. C’était une période de famine, tout cela coûtait une fortune ; Abdias dépensa tous ses biens et s’endetta. Puis il mourut. Lorsque l’on vint emmener ses enfants en esclavage, parce que sa veuve n’avait pas de quoi rembourser la dette de son défunt mari, elle se précipita, désespérée, auprès du prophète Élisée. Apprenant qu’il ne restait dans la maison qu’une dernière petite cruche d’huile, celui-ci lui ordonna d’emprunter aux voisins de nombreux récipients vides et d’y verser l’huile de cette unique cruche jusqu’à ce qu’ils soient tous remplis. Le miracle de l’huile intarissable fut accordé à cette femme en récompense de la droiture exceptionnelle de son mari.
D’ailleurs, tant que le prophète Abdias était en vie, la table du palais royal d’Achab était cachère. Les corbeaux apportaient au prophète Élie, qui se cachait, de la nourriture provenant de la table du roi. Si la nourriture du palais n’avait pas été cachère, le Très-Haut ne l’aurait pas permis.
À cette époque, une restriction existait déjà : pour devenir prophète, il fallait être né juif.
À l’origine, il en allait autrement : les Juifs comme les non-Juifs pouvaient devenir prophètes. Mais tout changea après la faute du veau d’or, lorsque Moïse en fit la demande au Très-Haut, qui l’exauça. Ceux qui étaient déjà prophètes à ce moment-là pouvaient continuer à prophétiser, mais seul celui qui était né juif pouvait devenir un nouveau prophète.
Le seul non-Juif qui parvint à franchir cet obstacle fut Abdias, qui se donna tout entier et consacra tous ses biens au sauvetage de cent prophètes.
Vivant dans un entourage malfaisant et soumis à l’influence du roi Achab et de la reine Jézabel (c’est-à-dire à la fois à une influence masculine et féminine), il sut rester pur et juste. Né édomite, il est en réalité l’opposé d’Ésaü, l’ancêtre d’Édom. Ésaü vivait lui aussi sous une influence masculine et féminine (celle de deux justes, Rébecca et Isaac), mais il n’en retint rien.
Le prophète Abdias et Ésaü ont donc un trait commun : l’imperméabilité aux influences.
Seulement, ce trait est bénéfique à Abdias, qui en fait bon usage ; Ésaü, lui, ne le fait pas. Un seul trait positif très puissant — et Abdias ne reçoit qu’une seule prophétie. Elle concerne Édom (et donc aussi Ésaü).
Cette prophétie précise ce qu’Ésaü faisait de mal et pour quoi il sera puni. Lors de la destruction du 1er Temple, il livrait les réfugiés juifs aux Babyloniens ; lors de la destruction du 2e Temple, il fut celui-là même qui le détruisit (le nom du destructeur est connu : il s’agit de l’empereur romain Titus).
Et pourtant, Ésaü est notre frère ! Son attitude envers nous mérite donc d’autant plus de reproches.
Il existe un midrach qui propose une interprétation intéressante du rêve prophétique de Jacob, dans lequel il voyait une échelle montant jusqu’au ciel et des anges qui y montaient et en descendaient. Le midrach dit que le nombre d’échelons de l’échelle symbolise le nombre d’années pendant lesquelles les autres peuples asserviront les Juifs. Jacob vit l’ange de Babylone monter de 70 échelons puis redescendre (autrement dit, les 70 années de l’exil babylonien lui furent révélées), l’ange de Perse monter de 52 échelons puis redescendre (l’exil perse dura 52 ans), l’ange de Grèce monter de 180 échelons puis redescendre... L’ange de Rome, ayant pris pied sur l’échelle, se mit à monter toujours plus haut, atteignit le ciel, mais ne songea même pas à redescendre.
Jacob prit peur.
Alors le Très-Haut lui dit : « S’il s’élève comme l’aigle (l’aigle est le symbole de Rome et, d’ailleurs, aussi de la Russie et de l’Amérique), et s’il fait son nid parmi les étoiles, même de là, Je te retirerai ». Ainsi commence le livre d’Abdias.
« Sur le mont Sion, il y aura le salut », dit Abdias. (Le 'Hafets 'Haïm disait la même chose à la veille de la Seconde Guerre mondiale).
La prophétie d’Abdias contient aussi une autre phrase très célèbre : « La maison de Jacob sera un feu, la maison de Joseph une flamme, et la maison d’Ésaü de la paille ». Autrement dit, les descendants d’Ésaü brûleront dans la flamme de Joseph.
La dernière phrase de la prophétie d’Abdias figure dans le siddour. Lors de la prière du matin, il est d’usage de la réciter à la fin du « Chant de la mer », avec une citation du prophète Zacharie : « Des sauveurs monteront sur le mont Sion pour juger le mont d’Ésaü, et ils verront que la royauté appartient à l’Éternel[1]. Et l’Éternel sera roi de toute la terre ; en ce jour, l’Éternel sera un et Son Nom sera un[2]».
Cette conclusion révèle le sens profond du miracle qui arriva aux Juifs sur la mer. Lorsque nos ancêtres, poursuivis par les Égyptiens, traversèrent la mer sains et saufs, tandis que leurs poursuivants périrent tous, sans exception, dans ses profondeurs, le monde vit que c’est le Très-Haut qui règne ici : Il est Roi et tout est soumis à Sa volonté. Il en sera de même dans l’avenir, lorsque la victoire sur Ésaü sera accomplie.