Nechama Cheli

Le prophète Joël — Le principal signe de l’approche du Machia'h

Dans les articles précédents, nous avons étudié 4 prophètes, en les présentant dans l’ordre où ils figurent dans la tradition (c’est-à-dire dans l’ordre où les Sages en parlent). En commençant, comme dans le livre des « 12 prophètes », par Hosée, nous avons « sauté » le prophète Joël, qui se trouve entre Hosée et Amos. Puis nous sommes passés au proph…

Rabbanite Hava Kouperman

Le prophète Joël — Le principal signe de l’approche du Machia'h

Dans les articles précédents, nous avons étudié 4 prophètes, en les présentant dans l’ordre où ils figurent dans la tradition (c’est-à-dire dans l’ordre où les Sages en parlent). En commençant, comme dans le livre des « 12 prophètes », par Hosée, nous avons « sauté » le prophète Joël, qui se trouve entre Hosée et Amos. Puis nous sommes passés au prophète Michée, en « sautant » les prophètes Abdias et Jonas.

Revenons donc maintenant à Joël et rétablissons l’ordre adopté dans le livre des « 12 prophètes ».

Le livre de Joël ne mentionne pas les rois de son époque. C’est pourquoi la datation de sa prophétie reste incertaine. Il existe toutefois plusieurs opinions à ce sujet. Selon l’une d’elles, Joël est le fils du prophète Samuel. Cette opinion se fonde sur le passage du livre de Samuel (chapitre 8, verset 2) : « Le nom de son fils aîné (celui de Samuel) était Joël, et celui du second, Avia. » Certes, le livre de Samuel dit que ses fils ne suivirent pas les traces de leur père. Mais une tradition affirme qu’ils s’amendèrent par la suite et que l’un d’eux put même devenir prophète. Pourtant, dans le livre de Joël, son père porte un tout autre nom : Pétouël. Or nous ne rencontrons nulle part ailleurs de prophète de ce nom.

Comment démêler cette confusion ?

Vous vous souvenez sans doute que, lorsque le nom du père d’un prophète est mentionné, cela signifie que le père était lui aussi prophète. Il reste donc à supposer que le nom de Pétouël désigne le prophète Samuel, car on ne connaît aucun autre prophète dont le fils se serait appelé Joël. Qu’une même personne apparaisse sous deux noms ou davantage dans le Tanakh est chose fréquente. De plus, il existe une règle bien connue : « La Torah ne vient pas induire en erreur, mais seulement éclaircir. » Et nous recourons souvent à cette règle.

Mais alors, pourquoi Samuel est-il appelé Pétouël?

Ce nom a pour racine léfatot, « séduire ». « Pétouël » se traduit par « Celui qui séduit le Très-Haut ». Dans le psaume 99 (verset 6), il est dit : « …Samuel est parmi ceux qui invoquent Son Nom. » C’est précisément de Samuel que l’on disait qu’il savait « séduire » D.ieu par sa prière. Selon toute vraisemblance, il est donc Pétouël.

Il existe d’autres opinions concernant l’époque de la prophétie de Joël, mais nous les examinerons plus tard.

Le livre du prophète Joël décrit une terrible catastrophe : l’invasion de hordes de sauterelles de quatre espèces différentes.

Selon une opinion, ce groupe de quatre symbolise les 4 exils extrêmement éprouvants que le peuple juif est destiné à traverser.

La sauterelle entraîne à la fois des dégâts matériels et la mort de tout ce qui vit. Elle détruit les cultures et les récoltes, provoque la famine et dévore tout ce qu’elle peut manger (y compris les parties en bois des maisons).

La prophétie décrit ensuite comment D.ieu aura pitié du peuple juif et le débarrassera de ce terrible fléau.

Rabbi Its'hak ben Yehouda Abravanel et la Tradition orale voient dans la sauterelle une image allégorique de notre mauvais penchant. Au deuxième chapitre du livre de Joël (verset 20), il est dit : « J’éloignerai de vous celle du nord (la sauterelle) et la jetterai dans une terre stérile et déserte, son avant vers la mer orientale (dans la tradition juive, l’est est toujours devant), et ses arrières (ceux de la sauterelle) vers la mer (occidentale) de derrière. »

Souvenez-vous : lorsque nous avons abordé le thème des « 12 tribus d’Israël », nous avons expliqué que le Très-Haut, en créant le monde, l’avait doté d’un côté nord inachevé, où est placé le mauvais penchant. De même, chaque personne possède son propre côté inachevé, son propre nord : le Très-Haut nous a créés ainsi le jour où Il a créé l’être humain.

Ainsi, chacun de nous doit « achever de construire son nord » en luttant contre son mauvais penchant.

La Tradition orale dit que la sauterelle « du nord » est précisément le mauvais penchant, caché au plus profond de nous. Il prendra fin au dernier jour, lorsque viendra le Machia'h. La prophétie de Joël parle d’une mer. Or les mots « jour » et « mer » en hébreu — yam et yom — ont des sonorités proches et peuvent, au niveau du drach, se substituer l’un à l’autre sur le plan du sens.

La prophétie de Joël dit aussi que ce qui aura été chassé (c’est-à-dire le mauvais penchant) dégagera une odeur nauséabonde, et tous verront alors clairement à quel point le mauvais penchant est répugnant.

Au troisième chapitre du livre de Joël, il est dit qu’après l’expulsion du mauvais penchant, le Très-Haut répandra Son esprit sur toute chair ; les fils comme les filles, les personnes âgées comme les jeunes, et même les esclaves, hommes et femmes, auront tous des visions prophétiques. Et il y aura des signes dans les cieux et sur la terre : du sang, du feu et des colonnes de fumée, avant la venue du jour du Très-Haut, grand et redoutable.

Et seuls ceux qui se trouveront à Jérusalem trouveront le salut.

Le prophète Malachie, le dernier des 12 petits prophètes, parle lui aussi de ce jour grand et redoutable. Nous y reviendrons par la suite.

À la fin du chapitre 4 du livre de Joël, presque à la toute fin du livre, il est dit qu’Israël deviendra finalement un pays incroyablement fertile : du jus coulera du sommet de toutes les montagnes, le lait ruissellera des collines et les lits des cours d’eau se rempliront d’eau. La Tradition orale dit que le signe le plus manifeste de l’approche de la venue du Machia'h est l’accroissement de la fertilité du pays d’Israël. Israël est comparé à une nourrice fidèle. Si on lui enlève son fils de lait, elle ne donnera de lait à personne d’autre.

Mais si on le lui rend… sentant son retour, elle exulte, l’accueille à bras ouverts et le nourrit.

La prophétie dit aussi qu’une source jaillira de la Maison du Très-Haut (c’est-à-dire du Temple) et arrosera la vallée de Chittim. (Dans cette vallée, les Juifs sortis d’Égypte ont commis un péché avec les filles de Moab. La vallée de Chittim symbolise les passions. Lorsque le Troisième Temple — la Maison du Très-Haut — sera édifié, la source qui y jaillira arrosera cette vallée, où il ne restera plus aucune soif. La passion et la soif sont de même nature).

Joël prophétise que l’Égypte sera déserte et qu’Édom sera désert et vide. Ils recevront ce châtiment pour avoir dépouillé le peuple juif et versé le sang juif.

Jérusalem et la Judée, quant à elles, demeureront habitées à jamais, de génération en génération.

À suivre

Nous remercions le magazine « La Voix de Yaakov » et, personnellement, Mme Alla Feldman pour le contenu fourni.