Rabbanite Hava Kouperman
Passons au Livre des 12 petits prophètes lui-même. Il s’ouvre sur le Livre du prophète Osée.
Selon la tradition, celui-ci est issu de la tribu de Ruben, le premier-né de Jacob. Ainsi, dans le Livre des 12 prophètes, Osée, descendant de Ruben, se voit lui aussi attribuer le rôle de premier-né.
Le père d’Osée, Bééri, était le chef de la tribu de Ruben à la veille de l’exil des Juifs hors d’Israël.
Selon une tradition qui nous a été transmise, Bééri était lui aussi prophète (sinon, son nom n’aurait pas été mentionné). Il avait prononcé de nombreuses prophéties, mais leur portée concernait l’époque à laquelle il vivait. C’est pourquoi la plupart de ses prophéties n’ont pas été consignées, à l’exception de deux, insérées sous forme de citations dans le Livre d’Isaïe.
Le Livre d’Osée commence par des informations sur l’identité d’Osée et celle de son père, puis précise à quelle période se rapporte sa prophétie. Il mentionne les noms des rois de Juda et d’Israël qui régnèrent vers la fin de l’existence du royaume d’Israël, avant sa conquête par l’Assyrie (Achour) et l’exil des Juifs vers l’est.
Il faut préciser que tous les prophètes ne mentionnent pas les rois. Osée, cependant, cite les rois dont il était contemporain, qu’il s’agisse d’une prophétie concernant Israël ou d’une prophétie concernant Juda (quatre rois règnent en Juda, tandis qu’au cours de cette même période, un seul roi règne en Israël : Jéroboam le Second).
J’aimerais ici faire une nouvelle digression pour parler plus particulièrement de Jéroboam le Second.
Contrairement à son ancêtre, Jéroboam le Premier, qui s’était rendu célèbre en divisant le royaume en deux, Jéroboam le Second était un bon souverain, juste.
Le prophète Amos en témoigne, lui qui prononça un jour une prophétie très dure : « Israël sera dévasté parce qu’il abrite de faux prophètes. »
Les « bienveillants » d’Amos vinrent trouver le roi en exigeant : « Tue-le, il sème le trouble parmi tes sujets ! » Mais Jéroboam le Second, après les avoir écoutés, refusa : « Si le prophète parle ainsi, c’est que le Très-Haut le lui a dit. »
Tous les rois ne méritent pas que leur nom soit mentionné dans une prophétie.
Le roi Jéroboam le Second est le seul à être mentionné par deux prophètes, Osée et Amos. Cela témoigne incontestablement en sa faveur.
L’époque à laquelle vit Osée est donc critique : l’exil approche. Le Très-Haut veut que le peuple s’amende, et alors l’exil n’aura pas lieu. Comme toujours dans les périodes difficiles, D.ieu envoie au peuple quatre prophètes : Osée, Amos, Isaïe et Michée.
La question se pose toujours de savoir quel prophète est venu avant les autres, et lequel après. L’ordre chronologique de leur apparition est précisément celui indiqué ci-dessus. Comment savons-nous qu’Osée est le premier ? Par le texte qui ouvre son livre : « Au commencement, le Très-Haut parla à Osée... »
Mais pourquoi la prophétie commence-t-elle précisément ainsi ?
Ruben fut le premier à comprendre qu’il était possible et nécessaire de réparer une erreur. (En intervenant dans la vie privée de son père, même avec les meilleures intentions, il avait commis une grave faute. Il fallait la réparer.)
Dans le judaïsme, Ruben est un symbole de l’amendement, tout comme Juda.
Le dernier chapitre du Livre du prophète Osée évoque la demande du Très-Haut au peuple juif de s’amender (chapitre 14, ligne 2) : « Reviens, Israël, vers l’Éternel, ton D.ieu, car tu as trébuché dans ton péché. » Nous lisons ce passage le Chabbat qui précède Yom Kippour.
De même que Ruben fut le premier à entreprendre de s’amender, son descendant Osée fut le premier à appeler les Juifs à s’amender.
Nous avons déjà dit que certains prophètes défendaient le respect dû au Père (le Très-Haut), tandis que d’autres prenaient la défense du fils (le peuple juif). Il y avait aussi des prophètes qui se battaient pour les deux.
Jonas, comme nous l’avons vu plus haut, se préoccupait du peuple juif, allant presque jusqu’à s’opposer au Très-Haut. (Un père apprécie beaucoup que l’on prenne la défense de son fils, même si cela implique de s’opposer à lui-même.)
Osée, lui, prenait la défense du Très-Haut. Le Très-Haut lui dit : les Juifs pèchent, se sont corrompus et sont devenus incontrôlables. Au lieu de rappeler à D.ieu : « Mais ce sont Tes enfants », Osée déclara : « Remplace-les donc par un autre peuple ! » (Selon une opinion, il voulait ainsi sauver les Juifs en tentant de leur épargner le châtiment.) Le Très-Haut ordonna alors à Osée de trouver la femme la plus infidèle, de l’épouser, d’avoir des enfants avec elle et de tirer de leur vie commune une leçon complète et amère. (Il est à noter qu’Osée donna à ses enfants, sur l’ordre du Très-Haut, des noms symboliques. Il appela sa fille « Inconsolable » et son fils « Pas Mon Peuple ».) Lorsque le Très-Haut lui dit : « Et maintenant, divorce ! », Osée s’écria : « Mais c’est ma femme ! »... — « Pourtant, elle est infidèle ! » — « J’ai des enfants avec elle ! »...
« Alors pourquoi Me proposes-tu de remplacer le peuple juif par un autre sous prétexte que les Juifs sont infidèles ? Fais donc de même avec ta femme ! »
Le Très-Haut apprit au prophète Jonas à avoir pitié des autres peuples (à travers l’exemple du ricin sous lequel il s’était endormi, à l’abri du soleil, alors que la plante était haute et verdoyante. Mais pendant le sommeil de Jonas, le ricin se dessécha. « Jonas, as-tu beaucoup souffert à ton réveil ? » « J’en ai souffert à en mourir ! » « Tu ne l’as pas fait pousser, et tu souffres. Comment pourrais-Je ne pas avoir pitié des habitants de Ninive ? »)
D.ieu apprend au prophète Osée à avoir pitié des Juifs. L’un comme l’autre reçoivent de difficiles leçons.
Pour conclure notre propos sur le prophète Osée, ajoutons que la deuxième partie de son livre est lue comme haftara de la paracha Bamidbar. Nous lisons le chapitre 12 du Livre d’Osée comme haftara de la paracha Vayétsé.
Toutes les prophéties d’Osée sont extrêmement dures : il parlait de la mauvaise conduite du peuple et des terribles châtiments qui allaient en découler.
Le plus souvent, il appelle les Juifs « Éphraïm », car la majeure partie de ses prophéties concerne les Juifs vivant dans la partie nord du royaume divisé en deux. Dix tribus y résident, dominées par celle d’Éphraïm (au sud, seules deux tribus sont restées, dominées par celle de Juda).
à suivre