Rabbanite Léa Gans
Cinquième leçon
Quantité et qualité
Lorsque Ésaü et Jacob se sont rencontrés, Ésaü a dit : « J'ai beaucoup », c'est-à-dire : j'ai beaucoup, mais j'en veux encore, cela ne me suffit pas. Jacob, lui, a dit : « J'ai tout. » Avait-il vraiment tout ? Jacob aurait-il dit cela par orgueil ? Bien sûr que non. Jacob a dit qu'il avait tout ce dont il avait besoin. Il a tout ce que le Tout-Puissant lui a donné, et il n'a pas besoin de plus.
Cela nous montre quelle est l'attitude des méchants envers la vie, et quelle est celle des justes. Les méchants, quelle que soit la quantité de ce qu'ils possèdent, en veulent toujours davantage. Les justes, eux, se contentent de ce qu'ils ont.
Nous voyons ici une autre différence. Ésaü parle de quantité : beaucoup. Ce qu'il possède peut se compter ; il lui en faut donc toujours plus. Jacob, lui, perçoit la qualité. Même s'il y a peu de commandements accomplis, mais qu'ils le sont avec qualité, cela peut déjà être « tout ».
Nous avons évoqué le Temple. Il y avait dans le Temple 12 pains de proposition. On les partageait entre tous les cohanim, et chacun en avait assez, malgré la taille de son morceau. Ils ressentaient la satiété parce qu'ils savaient percevoir la qualité plutôt que la quantité.
Autrement dit, une petite quantité, mais une grande qualité — à la mesure de nos possibilités —, voilà ce qui nous est demandé.
Il existe une histoire, survenue il y a de nombreuses années, au sujet d'une femme atteinte d'une grave maladie intestinale. Elle se sentait mal et restait alitée. À l'époque, on ne disposait pas de tous les moyens d'hygiène qui existent aujourd'hui. Il n'y avait pas non plus d'organisations pour aider ces personnes. Une seule femme venait auprès de cette malade et l'aidait une fois par semaine : elle la lavait, changeait ses vêtements et son linge de lit. On comprend que la malheureuse souffrait beaucoup toute la semaine de ne pouvoir prononcer la moindre parole sainte, parce que sa maladie la laissait constamment souillée physiquement. Mais le jour où on la lavait, elle pouvait prier.
L'un des grands maîtres de la génération de l'époque vint rendre visite à cette femme. Il lui demanda si elle avait goût à la vie. Elle souffrait physiquement et moralement — de sa maladie, de sa solitude, de ne pouvoir prier ni réciter de bénédictions —, une telle vie avait-elle un sens ? Elle dit : « Non, je veux continuer à vivre ! » Il demanda de nouveau : « Quel sens vois-tu dans une telle existence ? » Elle répondit : « C'est vrai, toute la semaine, je suis seule, je souffre énormément. Mais le jour où l'on me lave, où l'on change mes vêtements et où je suis de nouveau propre, je peux, dans un premier temps, prier, réciter une bénédiction, parler à D-ieu : toute la semaine de souffrances qui vient de s'écouler en vaut la peine, pour ce moment ! Je veux continuer à vivre ! »
Cette femme nous enseigne ce que sont la quantité et la qualité. Si elle pensait en termes de quantité, il y aurait de quoi désespérer. Bien sûr, les heures où elle reste alitée, impuissante et seule, sont bien plus nombreuses que les instants où elle peut prier et réciter une bénédiction. Mais elle accorde une si grande valeur à la qualité de ces instants qu'il vaut la peine de continuer à vivre pour eux.
À plus forte raison lorsqu'une personne est en bonne santé et peut consacrer tout son temps à accomplir les commandements de façon consciente et réfléchie ! Elle unit alors sa dimension physique à sa dimension spirituelle, s'attache au Tout-Puissant : et c'est là la vraie joie !
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa