Nechama Cheli

Les bâtisseurs du foyer juif

Première partie : Les bâtisseurs du foyer juif Il existe une parabole bien connue sur le fils d’un roi qui s’était séparé de sa suite et égaré dans la forêt. Il erra quelque temps, puis eut la chance de tomber sur un petit village où vivaient des gens simples, mais bons. Ils l’accueillirent chaleureusement, lui donnèrent à manger et à boire, lui donnèrent de chauds vê…

Rabbanite Léa Gans

Les bâtisseurs du foyer juif
Première partie : Les bâtisseurs du foyer juif

Il existe une parabole bien connue sur le fils d’un roi qui s’était séparé de sa suite et égaré dans la forêt. Il erra quelque temps, puis eut la chance de tomber sur un petit village où vivaient des gens simples, mais bons. Ils l’accueillirent chaleureusement, lui donnèrent à manger et à boire, des vêtements chauds et un toit. Ces bonnes gens laissèrent au prince le temps de reprendre des forces, puis l’aidèrent à retrouver le chemin du palais.

Lorsque le prince rentra chez lui, le roi fut très heureux et décida naturellement de récompenser les bons habitants du village. Il demanda à son fils ce qui, à son avis, manquait dans ce petit village. Le prince réfléchit et se souvint qu’il n’avait vu aucune voiture dans les rues du village, ce qu’il rapporta à son père.

Le roi acheta la voiture la plus perfectionnée et ordonna de la placer dans la rue principale, avec les clés sur le contact. Chaque habitant peut venir utiliser la voiture, en remerciement du sauvetage du prince.

Les habitants du village remercièrent vivement le roi. Ils organisèrent des tours de garde : chaque soir, ils venaient à la voiture, s’installaient à tour de rôle sur les sièges moelleux, se tournaient dans tous les sens et regardaient par les fenêtres. Au bout d’un certain temps, quelqu’un osa appuyer sur un bouton, et les phares de la voiture éclairèrent la rue ! Quel miracle ! Ils pouvaient désormais allumer et éteindre la lumière. Puis quelqu’un d’autre pressa la poire du klaxon, et la voiture émit un son perçant… Quel merveilleux cadeau du roi : il éclaire et fait du bruit, on peut l’allumer et l’éteindre. Chaque jour après le travail, les habitants du village venaient à la voiture, faisaient la queue et pouvaient profiter les uns après les autres du cadeau du roi.

Quelque temps plus tard, le roi décida de vérifier si les habitants du village utilisaient son cadeau. Il vint lui-même au village et vit que la voiture se trouvait toujours à l’endroit où on l’avait placée, et que les mauvaises herbes commençaient déjà à l’envahir. Le roi demanda s’ils s’en servaient. Les habitants lui assurèrent avec ferveur que, chaque soir sans faute, ils s’installaient à tour de rôle dans la voiture et appuyaient sur les différents boutons.

– Et rouler ?

– Comment, elle roule ?!

Le roi se tordit de rire pendant un long moment, puis dit : « Je ne vous ai pas simplement donné un jouet coûteux. Grâce à cette voiture, vous auriez pu parcourir de grandes distances, aller où bon vous semblait, mais vous vous êtes contentés d’appuyer sur les boutons. Il fallait demander comment s’en servir si vous ne le saviez pas ! »

Il est clair qu’il s’agit d’une parabole, et chacun de nous peut se reconnaître dans l’habitant du village.

Nous commençons notre vie de famille, souvent sans savoir ce que signifie bâtir un foyer juif.

Qu’est donc réellement cet outil que le Tout-Puissant nous a donné — le plus perfectionné, le plus efficace ?! Grâce à lui, nous pouvons nous élever très haut, jusqu’au sommet : la perfection, c’est-à-dire l’unité. Mais, en général, nous jouons avec les portières, appuyons sur les boutons, allumons et éteignons, sans bouger de place.

Nous savons que « La sagesse des femmes a bâti la maison » (Michlé 14:1). Chaque femme porte en elle une sagesse de vie, et il lui faut seulement les outils que le Tout-Puissant a conçus pour bâtir un foyer juif. Bien sûr, apprendre à faire vivre un foyer juif, tout comme apprendre à conduire, demande du temps et des efforts, mais nous possédons déjà les outils : pourquoi ne pas apprendre à nous en servir ?

En effet, chacune peut mériter que le mariage devienne pour elle non pas un joug (ol), mais une élévation (al).

Un autre récit véridique illustrera ce qui vient d’être dit. Un directeur de yéchiva partit à l’étranger pour recueillir des dons destinés à soutenir la yéchiva. Au bout d’un certain temps, après des efforts titanesques, il trouva un donateur respecté qui accepta de donner une somme assez importante pour couvrir la majeure partie des dépenses annuelles. Toutefois, pour recevoir l’argent, le directeur de la yéchiva devait se présenter à un rendez-vous avec cet homme fortuné au jour et à l’heure fixés par le secrétaire : c’était un homme très occupé, qui n’avait pas de temps libre et dont toute la journée était planifiée avec une grande précision. « Si vous êtes en retard, il n’y a aucune chance qu’il vous reçoive », déclara le secrétaire.

Le jour même du rendez-vous, le directeur de la yéchiva fut poursuivi par la malchance : retards et pannes se succédaient. Alors qu’il ne lui restait que tout juste assez de temps, il arrêta un taxi au hasard dans la rue, donna l’adresse au chauffeur et lui demanda de se dépêcher. Mais le rav ignorait que cet homme était devenu chauffeur de taxi depuis peu et connaissait donc mal la ville. De plus, le chauffeur crut entendre le nom d’une autre rue, ressemblant à celui de la rue voulue, et partit à l’autre bout de la ville. Bref, il s’était trompé. Lorsqu’ils prirent conscience de l’erreur, ils revinrent sur leurs pas, mais un temps précieux avait déjà été perdu. Lorsque le directeur de la yéchiva entra dans le bureau de son bienfaiteur potentiel, une heure entière s’était déjà écoulée depuis l’heure du rendez-vous. Le rav demanda s’il pouvait malgré tout être reçu. Mais le secrétaire lui annonça, d’un air impassible, qu’il n’était pas le seul demandeur et que la somme considérable qu’il aurait pu recevoir avait été remise à un autre, arrivé à l’heure, et même en avance. Il était donc inutile de demander à être reçu, et il pouvait repartir.

De retour en Israël, le directeur de la yéchiva réunit ses élèves pour leur raconter cette histoire instructive. Il leur dit que, bien entendu, tout vient du Ciel. Certes, cette somme aurait pu nourrir toute la yéchiva pendant presque une année entière, et il n’aurait pas été nécessaire de chercher à nouveau des bienfaiteurs. Mais ce n’était pas là la leçon de cet événement qu’il se devait de leur transmettre : une personne qui a des projets vraiment importants, un rendez-vous auquel elle doit arriver à l’heure coûte que coûte, ne doit pas choisir un chauffeur au hasard. Elle doit se renseigner sur son ancienneté au volant et sur sa connaissance de la ville. Il doit connaître les rues comme les lignes de la paume de sa main !

Il en va de même pour nous, les bâtisseurs du foyer juif.

Puisqu’il s’agit d’une tâche très importante, décisive dans notre vie, nous ne pouvons pas nous fier à des méthodes nouvelles, qui n’ont pas fait leurs preuves avec le temps, même si cette question y est étudiée et examinée sous tous ses angles. Il apparaît sans cesse quelque chose de nouveau, mais nous avons seulement besoin de ce chauffeur de taxi bien précis, compétent et connaissant son métier, qui nous conduira à destination à coup sûr et à l’heure.

Le Tout-Puissant, Qui nous a créés, nous a donné la Torah, qui nous guide. Une approche juste, fondée sur la Torah, nous permet d’atteindre notre objectif : bâtir un véritable foyer juif, en parvenant à l’unité, à la perfection.

Si l’on prend un filtre de couleur, par exemple des verres rouges pour des lunettes, le monde entier se teintera de rouge. Avec des lunettes bleues, il se teintera de bleu. Cela ne signifie pourtant pas que tout deviendra réellement bleu ou rouge. Le monde restera tel qu’il était. En mettant des lunettes adaptées, correctement choisies, dont les verres conviennent à nos yeux, nous verrons clairement et nettement la situation telle qu’elle est. La vision du monde de la Torah, si nous apprenons à regarder le monde à travers elle, peut devenir ces lunettes correctement choisies dont nous avons besoin pour voir avec justesse les situations de la vie.

Une activité préférée

Chacun aime s’investir dans ce qu’il sait bien faire. Prenons une femme qui a suivi une formation de cheffe pâtissière. Elle a appris à confectionner et à décorer des gâteaux et des pâtisseries, et c’est aussi devenu son activité préférée. Parmi les différentes choses à prévoir pour une matinée festive destinée aux enfants, elle choisira de préparer un gâteau, parce que c’est pour elle une activité familière qu’elle aime. Même si cela lui demande du temps, elle s’occupera volontiers du gâteau, parce qu’elle sait le faire. Il en va de même pour une femme qui a suivi des cours de coupe et de couture, qui s’est acheté une coûteuse machine à coudre professionnelle et qui connaît toutes sortes d’astuces et de tours de main du métier : pour elle, coudre n’est pas seulement un travail, c’est aussi un plaisir, parce qu’elle sait bien le faire.

Il en va de même pour chacune de nous : si nous apprenons à bâtir correctement notre foyer, si nous consacrons nos forces à étudier la manière dont la Torah nous indique d’agir au sein d’une famille juive, si nous travaillons sur nos traits de caractère, nous acquerrons alors un savoir-faire, et nous consacrer à notre foyer deviendra notre activité préférée !

à suivre

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa