Nechama Cheli

Les compliments - Comment féliciter et comment gronder

Même pour gronder, s’appuyer sur les qualités de l’enfant En réaction à une faute, un parent peut dire : « Un garçon aussi gentil et bien élevé que toi ! Je n’arrive tout simplement pas à croire que tu aies fait cela ! Cela ne te ressemble pas du tout ! » L’enfant garde alors le sentiment d’être bon, et il n’est vraiment pas fait pour un tel …

Rabbanite Léa Gans

Les compliments - Comment féliciter et comment gronder

Même pour gronder, s’appuyer sur les qualités de l’enfant

En réaction à une faute, un parent peut dire : « Un garçon aussi gentil et bien élevé que toi ! Je n’arrive tout simplement pas à croire que tu aies fait cela ! Cela ne te ressemble pas du tout ! » L’enfant garde alors le sentiment d’être bon, et il n’est vraiment pas fait pour un tel comportement. À l’inverse, les mots : « Tu es un mauvais garçon ! Tu fais toujours ça ! » plongeront l’enfant dans le désespoir ; il sera convaincu d’être mauvais et continuera à faire des méchancetés.

Le rav Kalonymus Kalmich Shapira (l’Admour de Piaseczno) écrit au sujet des reproches formulés dans le langage des compliments dans son livre « 'Hovat haTalmidim » : « Comme le Chla haKadoch nous explique merveilleusement la voie (à suivre pour) éduquer notre génération ! Il explique le verset de Michlé (9:8) : “Ne reprends pas le moqueur, car il te haïra ; reprends le sage, et il t’aimera.” Lorsque tu admonestes ton prochain, ne le méprise pas et ne l’humilie pas en lui disant : “Tu es un moqueur !”, car cela l’amènera à te haïr et il ne t’écoutera pas. Mais admoneste le sage. Dis-lui : “Tu es pourtant intelligent ; pourquoi donc agir ainsi ?” — et il t’aimera et t’obéira. »

Lorsque nous allons voir quelqu’un et voulons qu’il nous écoute sans sombrer dans le désespoir, c’est-à-dire lorsque notre but est de le soutenir et non de le rabaisser à ses propres yeux, il faut formuler nos remarques en prenant appui sur les compliments.

Par exemple : « Tu es une fille formidable ! Intelligente, responsable ! Comment as-tu pu oublier d’habiller la petite avant la promenade ? À présent, elle a pris froid ! Agir ainsi ne te ressemble pas. » Sur ce ton, la fille prendra la remarque à cœur et aura davantage envie de bien agir.

Digne de confiance

Au lieu de gronder et de punir un enfant qui a commis une faute, surtout si elle se répète, il est souvent utile de lui témoigner de la confiance et de tout laisser sous sa responsabilité.

C’est une véritable sagesse de la vie. Mais cela demande une grande dose de courage. Tous les parents ne sont pas capables de laisser une question qui les tourmente sous l’entière responsabilité de leur enfant. Et, bien sûr, même les parents les plus courageux s’inquiètent ensuite, tout en s’efforçant de ne rien laisser paraître. L’enfant en qui l’on a cru s’efforcera de prouver qu’il est digne de la confiance qu’on lui a accordée, digne de respect.

La Guemara (Baba Metsia, 85a) rapporte une histoire qui illustre parfaitement cela. Rabbi (Yehouda ha-Nassi) et Rabbi Éliézer, fils de Rabbi Chimon (bar Yo’haï), étaient amis. Un jour, Rabbi se rendit dans le village où avait vécu Rabbi Éliézer, qui était alors déjà décédé. Il demanda aux habitants : « Ce juste a-t-il un fils ? » Ils lui répondirent que oui, mais qu’il s’était corrompu et était devenu un débauché. Que fit-il, lui, Rabbi ? Il alla le trouver et « l’ordonna » : il lui accorda la semikha pour devenir rabbin. Puis il l’envoya étudier la Torah auprès de Rabbi Chimon ben Issaï ben Lakounia, le frère de sa mère. Chaque jour, le fils disait : « Je veux retourner dans ma ville » (c’est-à-dire reprendre mes anciennes mauvaises actions). Rabbi Chimon ben Issaï lui répondait : « On a fait de toi un sage, on t’a revêtu d’un manteau d’or digne de ton rang et on t’appelle “rabbi”, et toi, tu dis : “Je vais retourner dans ma ville !” » Le fils jura alors d’abandonner de telles pensées. C’est ainsi qu’il grandit et, devenu un sage de la Torah, vint à la yéchiva de Rabbi. Pendant le cours, Rabbi entendit sa voix et dit : « Cette voix ressemble à celle de Rabbi Éliézer, fils de Rabbi Chimon. » On lui répondit que c’était son fils.

Le manteau rabbinique d’or dont on avait revêtu Rabbi Éliézer était une marque de respect, un signe extérieur (adi, un ornement), que l’on ne pouvait toutefois porter en se conduisant de manière inconvenante.

Si l’on élève l’enfant à un certain niveau de considération, y compris à ses propres yeux, il ne voudra pas en déchoir ni perdre sa dignité.

Chaque fois que le fils de Rabbi Éliézer voulait reprendre ses anciennes activités, on lui rappelait qu’il était désormais rabbin, qu’il avait atteint un autre niveau et qu’il ne lui convenait plus de se conduire comme auparavant. Il finit par devenir un sage de la Torah. Après avoir accordé à l’enfant un degré de confiance plus élevé, y compris dans notre propre regard de parents, nous devrons peut-être lui rappeler que sa nouvelle position ne lui permet plus de se conduire comme avant. Mais, dans cette perspective, la remarque sera perçue comme un compliment et n’humiliera pas l’enfant.

Prenons l’exemple d’une fillette qui sait qu’on ne mange des bonbons qu’à certains moments, par exemple pas avant de se coucher. Sa maman rentre d’une réunion de parents d’élèves où l’enseignante lui a donné un bonbon pour sa fille. Elle explique à sa fille qu’elle pourra le manger le lendemain, après l’école. La fillette connaît la règle de la maison, mais, malgré tout, elle n’a pas résisté et a mangé le bonbon. Même dans cet exemple négatif, la maman peut employer la méthode de l’encouragement en disant : « Tu es une petite fille si intelligente. Quand on te dit quelque chose, tu essaies de le faire, de te retenir. Ce que tu as fait aujourd’hui ne te ressemble pas vraiment. Tu avais sans doute faim et tu n’as pas réussi à te retenir. Si je te donne un bonbon demain, tu feras vraiment de ton mieux pour ne pas le manger avant le déjeuner, et je suis sûre que tu y arriveras. »

Féliciter pour les efforts, plutôt que pour le résultat

Un principe très important consiste à féliciter pour les efforts, pour l’énergie investie, plutôt que pour le résultat. Il faut féliciter moins pour la note obtenue à l’examen que pour l’assiduité et l’application. On peut saluer le soin avec lequel un exercice a été réalisé et proposer, la fois suivante, une tâche plus difficile. On pourra ainsi augmenter la difficulté des tâches et, comme sur un escalier, permettre à l’enfant de progresser toujours davantage dans ses réussites.

Supposons que les enfants aient fait des efforts et ne se soient pas disputés pendant toute une demi-heure : nous les avons félicités, et la fois suivante, leur objectif sera de ne pas se disputer pendant 40 minutes. Il faut sans cesse relever un peu la barre, tout en veillant à ce que l’enfant puisse réussir la tâche. En constatant qu’il y arrive, il pourra continuer à avancer.

Les compliments doivent toujours mettre en valeur le potentiel.

Si l’enfant n’a pas étudié et a obtenu 80 sur 100, alors que nous savons qu’il peut faire mieux lorsqu’il se prépare, quelle devrait être notre réaction ? Si nous lui disons : « C’est ta note ? C’est décevant… », il se découragera. Mais il ne faut pas non plus dire : « Quelle excellente note ! Pas moins de 80 points ! », car, si cela suffit, l’enfant abaissera ses exigences et ne cherchera pas à obtenir davantage. Il convient d’exprimer notre pensée ainsi : « Bien sûr, 80 est une bonne note, mais nous sommes certains que, la prochaine fois, tu te prépareras mieux, tu feras des efforts et tu obtiendras une note plus élevée. »

Si un garçon a du mal à apprendre les michnayot par cœur, il faut augmenter le rythme progressivement. On lui demandera d’abord d’apprendre une michna, sans manquer de le féliciter pour le résultat : « Tu vois, tu as réussi à en apprendre une par cœur, cela signifie que tu pourras en apprendre deux. » Ainsi, avec le temps, il prendra confiance en ses capacités.

J’ai un fils de quatre ans qui apprend actuellement les lettres et en confond certaines. Lui dire : « Pff, tu n’as encore pas réussi ! » serait une mauvaise façon de s’y prendre. Il répondrait aussitôt : « Je ne veux plus lire ! Je ne veux plus voir ces lettres ! Arrête de m’interroger, je vais jouer. » Mais si je lui dis : « Oh ! Comme tu as bien réussi ! Tu n’as confondu que deux petites lettres, et toutes les autres étaient justes ! Essaie encore une fois. Je suis sûre que, cette fois, tu feras de ton mieux pour bien, bien retenir une lettre et ne pas la confondre. » Puis ajouter une autre lettre, et encore une autre. Chacune sera une réussite à part entière.

Le sentiment de réussite donne des ailes. Ici, cela fait beaucoup de petites réussites, une pour chaque lettre. Grâce à ce « carburant », l’enfant est prêt à poursuivre son chemin.

Parfois, pour permettre aux enfants plus âgés de connaître une première réussite, il faut leur promettre un cadeau pour les inciter à étudier. Par exemple, tu révises pour un examen, et en récompense de tes efforts, nous t’offrirons… Après cette première réussite, on pourra s’y référer comme à une expérience positive : nous et lui avons constaté qu’il en était capable, qu’il possédait les aptitudes et l’assiduité nécessaires.

À suivre

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa