Nechama Cheli

Les compliments dans l’éducation

Dans la continuité du thème « la main droite rapproche », parlons d’un élément aussi important dans l’éducation que les compliments. Les compliments peuvent constituer un véritable outil éducatif, nécessaire pour renforcer les comportements positifs. L’être humain est, par nature, né pour faire partie de la société. C’est pourquoi il est si important pour chacun de recevoir du soutien …

Rabbanite Léa Gans

Les compliments dans l’éducation

Dans la continuité du thème « la main droite rapproche », parlons d’un élément aussi important dans l’éducation que les compliments.

Les compliments peuvent constituer un véritable outil éducatif, nécessaire pour renforcer les comportements positifs.

L’être humain est, par nature, né pour faire partie de la société. C’est pourquoi il est si important pour chacun de recevoir le soutien de son entourage. Il est très difficile de se soutenir soi-même, de se féliciter : « J’ai réussi ! J’y suis arrivé ! Je sais le faire ! Je suis capable de continuer à réussir ! » Sans le soutien de l’entourage, sans cette réaction que nous appelons un « feedback », il n’est pas facile de s’encourager soi-même.

Plus encore qu’un adulte, l’enfant a besoin que l’on reconnaisse ses réussites, ses possibilités, ses compétences et même ses forces, afin d’avancer, de se développer et de pouvoir se dire avec assurance : « Je peux. » Il recherche cette reconnaissance, l’attend de ses parents, de ses enseignants et, finalement, même de ses amis. C’est, en réalité, le « carburant » qui lui permettra de continuer à avancer.

Ne pas féliciter — pour élever un enfant orgueilleux ?

Que dirions-nous d’un parent qui affirme : « Je ne veux pas féliciter mon enfant, cela ferait de lui un orgueilleux » ? Si nous disons à l’enfant : « Tu peux ! Tu es intelligent et talentueux ! Tu y arriveras et tu réussiras ! », ne risque-t-il pas de prendre la grosse tête ? Lorsqu’un compliment est sincère, que l’enfant croit l’avoir mérité et qu’il est certain d’avoir droit à notre admiration, il est fier de lui, bien sûr ! Mais nous savons que l’orgueil n’est pas la meilleure des qualités…

Il y a ici une certaine confusion entre les notions. Si l’enfant est convaincu d’avoir réussi par lui-même : « C’est ma force et la puissance de ma main qui m’ont acquis toute cette richesse » (Devarim, 8:17), cela peut le conduire à l’orgueil. Mais si nous lui disons : « Le Tout-Puissant t’a donné du talent, des possibilités, et tu en as fait bon usage », cela ne l’incite pas à l’orgueil.

Il existe une parabole bien connue sur un homme à qui l’on avait confié, à la synagogue, un rouleau de Torah pour le remettre dans l’Aron ha-Kodech, l’armoire des rouleaux. Tous les fidèles s’approchaient pour embrasser le rouleau qu’il tenait dans ses mains. Cet homme se mettrait-il à penser : « Tous me respectent tellement qu’ils viennent embrasser ce que je tiens ?! » Tout le monde comprend parfaitement à qui sont destinés les honneurs dans cette situation.

Il en va de même dans notre cas. Si nous félicitons et encourageons l’enfant en lui disant que le Tout-Puissant lui a donné des forces, des possibilités, de l’intelligence, de la volonté, de la ténacité, de la persévérance et d’autres qualités pour qu’il progresse et s’améliore, il aura le sentiment qu’on lui a confié un capital qu’il doit préserver et faire fructifier.

En hébreu, le mot idoud, encouragement, compliment, a la même racine que le mot adi, joyau, ornement.

D’un côté, ceux qui possèdent un bijou précieux veulent le mettre en valeur, le faire ressortir ; mais, de l’autre, ce bijou n’est pas eux-mêmes ni une partie d’eux, seulement quelque chose qu’ils portent. Montrer un bijou précieux sert à susciter le respect envers celui qui le porte. De même, mettre en valeur les qualités de caractère de l’enfant est nécessaire à son respect de lui-même. En soulignant et en encourageant ses qualités, ses aptitudes et ses compétences, nous lui montrons les ressources intérieures positives qu’il possède et l’incitons ainsi à les utiliser pour continuer à progresser. Chaque enfant a de bons côtés qu’il faut découvrir et développer, et chacun a les siens.

Plusieurs erreurs peuvent survenir lorsque l’on fait un mauvais usage des compliments :

Premier cas : les compliments doivent porter sur le domaine dans lequel nous souhaitons voir l’enfant progresser. L’enfant rencontre de réelles difficultés, et nous voulons trouver chez lui quelque chose à féliciter. Nous nous sommes donné beaucoup de mal et avons trouvé une qualité positive, mais… elle n’a aucun rapport avec ce que nous souhaitions corriger dans son comportement !

Par exemple, un garçon doit passer un examen, mais il est déjà certain d’échouer : « À quoi bon étudier ? Je n’ai aucune chance ! Je ne comprends rien au cours ! Je n’ai pas la force d’étudier ! De toute façon, je vais échouer ! » Ses parents veulent l’encourager et trouvent quelque chose à féliciter : « Le dessin que tu as fait l’autre jour était tout simplement magnifique ! Puisque tu as réussi un tel chef-d’œuvre, cela veut dire que tu as des ressources et du talent, et que tu réussiras aussi ton examen ! » L’enfant se demande, à juste titre : quel rapport y a-t-il entre les deux ?!

Autrement dit, même lorsque nous cherchons un exemple à donner à l’enfant pour qu’il croie en ses capacités, il vaut mieux dire autre chose : « Tu te souviens, il y a un an, tu avais aussi un examen, et tu avais alors trouvé la force de t’asseoir pour étudier. Tu avais finalement obtenu une bonne note. Nous sommes certains que, si tu consacres encore cette fois de l’énergie et des efforts à tes études, tu pourras réussir. Au besoin, nous t’aiderons. » En soutenant chez l’enfant les mêmes aptitudes et compétences qui l’avaient aidé à ce moment-là, nous l’inciterons à accomplir de nouvelles choses.

Autrement dit, nous devons encourager de nouvelles réussites dans une activité en nous appuyant sur les réussites antérieures dans ce même domaine.

En revanche, si l’on a décidé d’inscrire l’enfant à un atelier de dessin, les compliments sur ses dessins seront tout à fait appropriés.

Il importe ici de souligner qu’il n’est pas toujours bon de dire à l’enfant : « Nous sommes certains que tu réussiras. » Si ce n’est pas le cas, il sera encore plus déçu de lui-même. Il faut dire : « Nous espérons que tu réussiras. »

Une autre erreur concerne les compliments « a contrario ». Il faut être très prudent pour ne pas blesser avec de tels « compliments ». « Comment ? Tu dis que tu n’y arrives pas ? Et notre voisin, un garçon qui a deux ans de moins que toi, y arrive très bien ! Puisqu’il peut le faire, toi aussi ! Il est impossible que tu n’y arrives pas ! » La comparaison avec les frères, avec les voisins, est une mauvaise méthode, blessante. Elle n’apporte aucun soutien et, de plus, elle attriste. Au lieu de s’ouvrir et de dire : « Je peux, j’en suis capable », l’enfant se refermera sur lui-même : « Puisqu’il est plus jeune que moi et qu’il y arrive, alors que moi, je n’y arrive pas, je ne vais même pas essayer. »

À suivre

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa