Rabbanite Léa Gans
Le goût de l’échec
À l’inverse, si l’on exige l’accomplissement d’une tâche trop difficile, l’effet sera opposé. Imaginons une fillette de sept ans à qui sa maman dit : « Je vais m’allonger après le déjeuner pendant quelques heures. Tu dois surveiller les petits, leur donner leur dîner, les laver, leur mettre leur pyjama — et qu’il n’y ait pas de bruit ! » La plupart de ces tâches ne seront probablement pas accomplies. Si l’on confie une tâche au-delà de ses forces, même si, la fois suivante, je lui confie une tâche bien moins importante, par exemple surveiller les petits pendant seulement 10 minutes, la fillette refusera : elle sera persuadée qu’elle échouera dans sa mission.
Après avoir goûté ne serait-ce qu’une fois à l’échec, l’enfant perdra confiance en ses forces. L’échec engendre le désespoir. L’enfant n’évalue pas la situation avec suffisamment de maturité ; il ne peut pas se dire : « Cette fois-là, la tâche était trop difficile, je n’avais aucune chance d’y arriver, mais maintenant, on me confie une tâche à ma portée. » L’enfant dira : « Je n’y suis pas arrivé la dernière fois, je n’y arriverai pas non plus maintenant. »
Les compliments doivent être honnêtes, mais…
Une histoire illustre merveilleusement ce qui vient d’être dit. Lors d’une réunion de parents d’élèves, on confondit deux garçons nommés Avi Cohen : l’un était un très bon élève à la conduite exemplaire, l’autre un garçon turbulent en difficulté scolaire. On dit par erreur au père d’Avi le turbulent que son fils travaillait très bien. Ce papa avait l’habitude de ne recevoir des enseignants que des reproches au sujet de son fils, et voilà soudain des compliments ! De retour à la maison, il félicita le garçon et lui raconta ce qu’il avait entendu de l’enseignant. Avi décida de se montrer digne de la confiance de son père et de son enseignant, et se mit à bien travailler. La confusion fut découverte au semestre suivant, mais entre-temps, Avi le turbulent était lui aussi devenu Avi le très bon élève.
Dans cette histoire, tout a réussi grâce à un malentendu. Mais, en principe, les compliments doivent être sincères. Si un père félicite son fils en lui disant : « Tu es le plus intelligent ! Tu auras “cent”, rien de moins, à l’examen », alors qu’en réalité les capacités de son fils sont loin de lui permettre d’atteindre ce résultat, l’enfant balaiera ses paroles : « Des paroles en l’air ! » Et les compliments de son père n’auront aucun effet sur lui. Mieux vaut féliciter pour une réussite réelle, même modeste, que pour une réussite imaginaire.
Et pourtant, il arrive parfois que ce soit l’inverse : ce qui n’existait pas avant les compliments devient réalité.
Voici une autre histoire qui a également donné des résultats étonnants. L’un des conseillers médicaux connus de nos jours (askan refouï — une personne qui recherche de bons médecins dans le monde entier et conseille à qui s’adresser pour traiter un problème particulier) était, enfant, un garçon très faible et maladif. De ce fait, il avait une piètre estime de lui-même ; il ne voyait pas ce qu’il pourrait devenir plus tard, et quel avenir pouvait donc avoir un enfant aussi chétif ? Un jour, il alla chez son médecin et l’entendit dire : « Tu es fort. Tu as beaucoup de force intérieure ! Tu surmonteras tout ! Tu iras loin ! » En entendant cela, le garçon crut chacun de ces mots. Il avait alors environ 10 ans. Au fil des années suivantes, ces paroles lui donnèrent des forces. Sa santé s’améliora progressivement, il se mit à donner des conseils médicaux et fonda une organisation qui aide les personnes ayant besoin de consulter des médecins expérimentés. Fait intéressant, de nombreuses années plus tard, lors d’un nouveau congrès où cet homme donnait une conférence, car, dans certains domaines, il était déjà presque médecin, il aperçut ce même médecin, « son » médecin. Il alla le voir et lui rappela les paroles chaleureuses qu’il avait entendues à l’âge de 10 ans. Des gens, y compris des médecins, ne cessaient de venir le remercier pour cette merveilleuse organisation. Il déclara qu’il devait tout cela — ses réalisations et ses actions méritoires au service des autres — à ces paroles du médecin. Le médecin s’en souvenait-il ? Après quelques rappels, le médecin se souvint de qui il s’agissait et sourit. « J’ai dit ces mots au garçon qui était dans mon cabinet avant toi. Tu es entré alors qu’il sortait, et je lui ai dit ces mots juste avant son départ. » Mais même dans ce cas, les compliments avaient fait leur effet. À en juger par des cas semblables, nous ne saurons jamais à quel point le véritable potentiel d’un enfant est grand.
Que faut-il pour faire des compliments ?
Un peu d’énergie. Remarquer les détails, réagir. Lorsqu’un petit enfant fait son premier pas, il observe notre réaction. Si elle se résume à : « Bon, il marche, voilà tout », tout peut en rester là. Mais si d’autres enfants ou des adultes sont autour de lui et que tous se réjouissent, l’applaudissent et l’encouragent, il fera encore un petit pas, puis un autre, pour entendre des compliments.
C’est encore plus vrai pour un enfant plus âgé. Lui non plus ne sait pas encore se dire : « Bravo à moi ! », mais il attend beaucoup qu’on le lui dise. Les parents doivent le faire. Il y a chez chaque enfant quelque chose qui mérite des compliments. Il faut simplement faire l’effort de le trouver.
Encore un témoin
Le mot idoud (compliment) ressemble également au mot od (encore). Autrement dit, l’enfant voudra entendre encore des compliments et fera donc à nouveau une bonne action.
Idoud est également apparenté au mot ed, témoin. Lorsque mes filles rentrent à la maison après un examen, je demande : « Alors, comment s’est passé ton écrit ? » « Je ne sais pas. » « Mais tu le sens comment ? » « Je ne sais pas ; quand on aura la note, on verra. » Le résultat arrive : 100 points. Eh bien, ne savais-tu pas que tu allais réussir ? Non : pour elle, le résultat, la note donnée par l’enseignante, est un témoin du fait qu’elle connaissait la matière. Bien sûr, l’examen est un exemple frappant, mais chaque sourire, chaque regard admiratif, chaque appréciation élogieuse témoigne des réussites de l’enfant.
Paroles destructrices
Il nous arrive de laisser échapper des paroles irréfléchies qui produisent l’effet inverse : « Tu casses toujours tout, mieux vaut ne pas y toucher ! Tu es toujours en retard, tu manques les cours — mieux vaut ne pas t’inscrire pour être de service… »
L’une de mes filles est venue me demander conseil sur ce qu’il valait mieux qu’elle fasse dans un spectacle scolaire : être scénariste ou costumière, chanter dans la chorale ou danser. Il m’a échappé : « Mieux vaut ne pas participer à la chorale. » Depuis ce jour, elle est convaincue qu’elle chante mal et qu’il vaut mieux ne pas essayer. J’ai eu beau tenter de la convaincre du contraire à de nombreuses reprises, ce fut en vain. Elle est prête à écrire le scénario, mais surtout pas à chanter. Nulle part.
Cela fonctionne aussi dans l’autre sens. Si une fille a préparé un gâteau très réussi et qu’on l’a félicitée en lui disant : « Tu es excellente en pâtisserie », elle continuera à faire de la pâtisserie, car cela lui réussit très bien. Elle augmentera la difficulté des tâches qu’elle se donne et se perfectionnera, puisqu’elle est « excellente en pâtisserie » — elle le sait.
Nos paroles destructrices ont une grande influence sur l’enfant ; il vaut donc la peine de réfléchir à ce que nous disons. D’un côté, nous lui collons en quelque sorte une étiquette pour l’avenir : tu n’en es pas capable. De l’autre, nous voulons le protéger de certaines tâches. Par exemple, une mère essaie de préserver sa fille qui veut devenir monitrice : « Oh, pourquoi travailler si dur ! Tu n’as ni les forces ni le temps pour cela ! Tu dois te reposer davantage. » La fille prend cette sollicitude maternelle au pied de la lettre : je ne peux pas, je n’en suis pas capable, laissons cela aux filles qui ont plus de forces et de possibilités. Ce stigmate lui reste toute sa vie. Pourtant, les intentions de la mère étaient les meilleures : protéger sa fille d’une surcharge !
Si un enfant s’apprête à assumer une tâche au-delà de ses forces, ne lui disons pas qu’il n’y arrivera pas. Mieux vaut trouver d’autres mots, par exemple, dans notre cas : ce n’est pas le bon moment, maman a besoin de davantage d’aide à la maison — tu iras la prochaine fois. L’essentiel est de ne pas donner à l’enfant une image négative de lui-même.
Dans les situations critiques, les forces viendront
Nous savons que les gens n’utilisent qu’une petite partie de leurs capacités et peuvent, dans les situations de tension, supporter des charges beaucoup plus importantes que celles auxquelles ils sont habitués. Il en va de même pour les enfants. Bien que nous pensions que leurs réserves d’énergie sont très limitées, les compliments peuvent les aider à repousser leurs limites et à aller plus loin, là où nous ne les aurions même pas attendus.
Imaginons cette situation courante : une maman vient de donner naissance à un bébé. Sa fille aînée arrivait habituellement tout juste à faire tous ses devoirs dans la journée : elle devait encore préparer un examen avec une amie, réviser, dessiner, coller… Soudain, après l’accouchement de sa mère, elle arrive à faire ses devoirs, à préparer un examen, à nourrir les plus jeunes, à les aider à faire leurs devoirs et à les coucher.
Les enfants ont donc beaucoup plus de forces que nous ne le pensons, mais il faut les soutenir par des compliments. Il faut semer en eux la confiance en eux-mêmes, la confiance dans les forces que le Tout-Puissant leur a données, et la nourrir de compliments.
À suivre
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa