Rav Yaakov Galinski
« Qu’ils la mangent (la viande du sacrifice pascal) avec de la matsa et des herbes amères » (Chemot, 12:8).
Au sujet de la mitsva du maror, nous apprenons dans la Michna : « Quels légumes conviennent pour accomplir cette mitsva à Pessa'h ? 'Hazéret, tamkha, oulchin, 'har'havina et maror».
Cette mitsva recèle des allusions dont l’étude nous permettra de réussir dans nos entreprises pendant le mois de Nissan, et en particulier pendant la fête de Pessa'h elle-même.
'Hazéret (de la même racine que le mot 'hozer — « répéter »).
Pour beaucoup d’entre nous, les jours du mois de Nissan sont des jours de vacances, une pause dans le rythme habituel de l’étude. Tout au long de l’année, nous avons étudié de nombreux feuillets de Guemara, chapitres de Michna et lois de la Torah. À propos de tout cela, nos sages ont dit : « Quiconque étudie la Torah sans la réviser ressemble à une personne qui sème mais ne récolte pas. Rabbi Yéhochoua dit : quiconque étudie la Torah et l’oublie ressemble à une femme qui met au monde des enfants et les enterre. » Quel dommage si nous ne faisons pas grandir toutes nos merveilleuses pousses, si nous ne les récoltons pas et ne les rapportons pas à la maison pour qu’elles restent à jamais notre propriété. Nous devons donc consacrer ces jours précisément à réviser le plus possible.
Certaines personnes aiment toujours étudier des choses nouvelles et en éprouvent beaucoup de plaisir. C’est très bien, mais c’est précisément ici que la 'hazéret, l’une des sortes d’herbes amères, nous adresse cette allusion : même si tu ressens un peu d’amertume, ne t’arrête pas, car c’est l’une des mitsvot de cette fête.
La Guemara dit : « La 'hazéret, c’est la 'hassa (laitue). » On sait que la racine de la 'hassa est amère, tandis que ses feuilles sont savoureuses. Il en va de même de la révision : au début, on s’y livre sans grand enthousiasme, mais celui qui s’y habitue finira par ressentir une douceur sans pareille, et l’on dira de lui : « Le Tout-Puissant a pitié de lui ('has) et le sauve. »
Oulchin (sonne comme les mots ol chinoun — « le fardeau de l’étude »).
On réussit dans l’étude lorsqu’on la considère comme un fardeau, une obligation. Particulièrement pendant cette période, où l’on n’a pas d’obligation permanente d’étude comme celle de la yéchiva, il faut se fixer soi-même un horaire régulier. Le mieux est de le faire avec un ami ou de rejoindre un groupe d’étudiants. Ce fardeau peut sembler un peu amer au début, mais il sera doux à la fin, et c’est seulement en acceptant ce fardeau que l’on peut réussir.
Tamkha (sonne comme le mot tomekh — « soutenir »).
Ces jours se prêtent particulièrement à tout ce qui concerne la tsédaka et la kim'ha de-Piss'ha : l’aide et le soutien aux pauvres. Bien sûr, les dépenses de la fête sont importantes, et notre situation financière n’est déjà pas très bonne, surtout à Pessa'h. C’est pourquoi la tamkha — est l’une des sortes d’herbes amères, mais c’est l’une des mitsvot de la fête dont dépend sa lumière intérieure.
'Har'havina (du mot 'hourban — « destruction »).
Se souvenir de ce qui a causé la destruction du Beth Hamikdach. En ces jours où nous montions autrefois à Jérusalem pour célébrer Pessa'h dans la Maison de notre Père céleste, dans la sainteté, tout proches de Lui, avec enthousiasme et une joie extraordinaire, nous devons nous rappeler pourquoi nous avons été privés de tout cela : à cause de la haine gratuite.
La haine gratuite englobe aussi bien les grandes choses que les petites. À la veille de Pessa'h, lorsque tout le monde est à la maison, que le temps est compté et que le travail abonde, les petites querelles entre frères et sœurs ou entre d'autres membres de la famille privent la fête de toute sa lumière et de tout son plaisir et la transforment en maror. Mais ce n'est pas le maror de la mitsva : bien au contraire !
Et qu'est-ce qui sera ici le maror prescrit ? La capacité de supporter, de se taire, de céder. À leur sujet, il est dit que leur début est amer, mais que leur fin est plus douce que le miel ; alors, « Une joie éternelle repose sur leurs têtes », illuminant véritablement la fête.
Traduction : Mme Léa Choukhman