Nechama Cheli

Les grandes batailles et comment y survivre

Et voilà qu’enfin, les manches retroussées, nous commençons à apprendre à argumenter, à nous engueuler et à nous disputer. Critiquer, dire tout ce qu’on a sur le cœur. Faire quelque chose de nos émotions et de ceux qui — grrr !! — les provoquent. Mais pourquoi apprendre ? Tant bien que mal, la plupart d’entre nous s’en sortent déjà !.. Pour commencer, faisons un peti…

Rabbanite Esther Offengenden

Les grandes batailles et comment y survivre

Et voilà qu’enfin, les manches retroussées, nous commençons à apprendre à argumenter, à nous engueuler et à nous disputer.

Critiquer, dire tout ce qu’on a sur le cœur. Faire quelque chose de nos émotions et de ceux qui — grrr !! — les provoquent.

Mais pourquoi apprendre ? Tant bien que mal, la plupart d’entre nous s’en sortent déjà !..

Pour commencer, faisons un petit test.

Écrivez comment vous vous disputez habituellement. Dans l’ordre, sous forme de plan. Cinq points suffisent.

Et maintenant, sur le même principe, écrivez comment vous vous réconciliez.

Ceux qui ont pu accomplir cet exercice sans trop de difficultés ont gagné ! Ils ont énormément gagné dans leur vie familiale.

Malheureusement, la plupart des gens ont du mal à faire ce test. Chez  beaucoup, il n’existe pas de méthode pour se disputer, et les aptitudes à la réconciliation sont imparfaites. Cela entraîne toutes sortes de conséquences regrettables.

Prenons comme exemple une variante d’une parabole bien connue.

Il était une fois un mari et sa femme. Ils vécurent longtemps, mais pas vraiment heureux. Le mari blessait souvent sa femme, criait, faisait des scènes. Sa femme supportait tout en silence, encore et encore, puis elle sentit que tant de douleur et de ressentiment s’étaient accumulés qu’elle ne pourrait plus tenir sans les laisser sortir. Que faire ? En parler à quelqu’un ? Elle en avait honte, et puis elle n’avait personne à qui en parler. Répondre en criant  — elle ne savait pas faire. Elle réfléchit, réfléchit encore, et trouva une idée. Un Grand Arbre Robuste poussait dans leur cour. Alors, après chaque dispute, elle se mit à prendre un marteau et à enfoncer des clous dans l’arbre !

Un jour, son mari rentra à la maison, indigné :

- Il y a des petits voyous dans notre cour ! Tu verrais ce qu’ils ont fait du Grand Arbre ! Il est couvert de clous !!!

- Ce ne sont pas les enfants. C’est moi, répondit sa femme.

- Toi ?! Mais pourquoi ?

Elle lui raconta alors toute l’histoire. Il fut bouleversé, et ils commencèrent à s’efforcer d’améliorer leur vie familiale. Chaque fois qu’ils parvenaient à corriger quelque chose, à gravir une marche de plus, le mari allait retirer solennellement un clou de l’Arbre.

Un jour, le Mari conduisit joyeusement sa Femme auprès de l’arbre et lui montra qu’il ne restait plus un seul clou !

- Il n’y a plus de clous.  Les trous, eux, sont restés, soupira  la Femme.

Imaginons que nous soyons des petits oiseaux sur les branches de ce Grand Arbre.  Examinons la situation :

  1. Les trous resteront, c’est indéniable. Et même lorsqu’ils se refermeront, il restera des traces. Mais ! Est-ce vraiment le moment de le rappeler au Mari, alors qu’il a fourni tant d’efforts, qu’il s’est donné tant de peine ! J’ai peur que ce trou ne mette plus de temps que les autres à se refermer.
  2. Au fait, pourquoi y a-t-il TANT de trous ? À quel propos son mari se déchaînait-il avec tant d’ardeur, en solo ? Apparemment, non seulement elle ne se disputait pas avec lui, mais elle communiquait très peu avec lui en général.
  3. Et se réconcilier avec elle, à en juger par sa dernière réplique, semble également problématique.
  4. Je plains vraiment l’Arbre. Ou plutôt, celui qui tient le rôle d’Arbre dans leur famille. Malheureusement, ce sont généralement les enfants...

En somme, de là-haut, les petits oiseaux voient très bien que les disputes sont un phénomène aux multiples facettes et aux conséquences variées. D’un autre côté, tenter de ne jamais entrer en conflit, comme le fait la femme, ne mène à rien de bon non plus.

À suivre

Nous exprimons notre profonde reconnaissance à l’auteure, la rabbanit Esther Offengenden, et aux éditions « Michpa’ha ké-halakha » (www.mishpacha.ru) pour l’autorisation de publier des chapitres du livre « La vie après le mariage ».