Nechama Cheli

Les grandes fêtes dans la famille Levin

Chers lecteurs ! Nous vous présentons un entretien avec le rav Israël Levin et son épouse. Cette famille a commencé son cheminement vers le Créateur dès les années 80, alors que le pouvoir communiste était encore en pleine force. Ils sont arrivés en Israël en 1987. Actuellement, le rav Israël est depuis longtemps étudiant d’une y…

Léa Gitl Choukhman

Les grandes fêtes dans la famille Levin
Chers lecteurs ! Nous vous présentons un entretien avec le rav Israël Levin et son épouse.

Cette famille a commencé son cheminement vers le Créateur dès les années 80, alors que le pouvoir communiste était encore en pleine force. Ils sont arrivés en Israël en 1987. Actuellement, le rav Israël étudie depuis longtemps à la yechiva « Mir » ; il enseigne également et écrit des livres. La rabbanite Léa a enseigné pendant de nombreuses années au « Ma’hon Tal » et poursuit aujourd’hui son activité d’enseignante. Tous leurs enfants ont fondé de merveilleuses familles qui suivent la voie du Tout-Puissant.

Rav Israël : Notre cheminement a commencé par l’éducation des enfants. C’était l’atmosphère générale, l’orientation commune. Chaque famille luttait pour séparer ses enfants de la société dans laquelle elle vivait. Nous-mêmes savions encore peu de choses, mais ce que nous apprenions, nous le transmettions à nos enfants. Car il était impossible que nous menions une vie et nos enfants une autre.

Léa : nous avons commencé à avancer peu à peu, chaque famille à son rythme, mais nous comprenions déjà que nous ne pouvions pas continuer à faire partie de la société qui nous entourait. Un intérêt pour le judaïsme est né. Nous avons commencé à aller à la synagogue, alors que nous ne pratiquions encore rien. Le sentiment d'appartenir à une même communauté juive nous unissait. Nous nous souhaitions « Chana Tova ! », tout en ayant encore une idée très vague de ce qu'était Roch Hachana. Mais nous étions déjà fiers de pouvoir prononcer ces mots et de comprendre, ne serait-ce qu'un peu, ce qu'ils recouvraient.

R.I. Tout a commencé vers 1981. Et dès 1985, nous avions le sentiment d'être devenus des personnes tout à fait différentes.

Léa : Des groupes ont commencé à se former chez les uns et les autres, où l'on enseignait aux enfants quelques éléments de judaïsme : des chansonnettes juives, quelques règles élémentaires, des mots en hébreu. Pour nous, c'était une grande réussite qu'un enfant puisse chanter une chanson enfantine en hébreu. Un jardin d'enfants a ouvert. Le « jardin d'enfants russe » dans notre maison, à Ramot Guimel – est le prolongement de ce jardin d'enfants de Moscou.

C'est bien sûr à la datcha de Riga que nous avons le plus appris. C'était une sorte de « séminaire » de trois mois pour les familles, où nous étudiions sans arrêt.  Nous étions une cinquantaine. Les femmes se relayaient par équipes de deux : pendant une semaine, elles travaillaient 14 heures par jour, tandis que tous les autres étudiaient. Puis les équipes changeaient. Cela nous a beaucoup aguerris. C'est là que j'ai appris à faire des hallot et à préparer différents plats juifs.

Pourriez-vous nous raconter, s'il vous plaît, comment se sont passées vos premières fêtes ?

Léa : Tout a commencé lorsque nous nous sommes rendus chez la famille Piatigorski.

R.I. C'est Ilia Essass qui nous avait envoyés chez eux. À ce moment-là, les Piatigorski n'avaient pas encore reçu l'autorisation de quitter le pays, mais ils avaient déjà le sentiment que leur départ était imminent. Nous étions venus chercher de la vaisselle cachère : une famille déjà partie en Israël l'avait laissée. Nous ne pouvions plus utiliser notre vaisselle, alors nous étions venus prendre celle-là. Et voilà que j'ai aperçu un chofar dans leur vitrine. J'avais étudié le chofar à la datcha, en 85, avec Ilia Essass. Nous étudiions alors le traité « Roch Hachana », où il était question du chofar, mais à ce moment-là, je n'en avais encore jamais vu de ma vie. Je ne savais pas ce que c'était. Depuis la datcha, nous sommes allés à la synagogue de Riga, la seule à avoir survécu aux Allemands. On pouvait y lire en hébreu : « Tu as brisé les dents des impies » (citation des Téhilim). Reb Guershon Gourevitch, qui s'occupait de la synagogue, nous a montré cette inscription (elle se trouvait en hauteur) et a dit : « C'est précisément grâce à cela que cette synagogue est restée debout. » Toutes les autres avaient été détruites. Celle-ci avait été épargnée et transformée en écurie. Reb Guershon était lui-même déjà très âgé à cette époque. Il avait été un élève du 'Hafets 'Haïm ! Il était le seul à pratiquer l'abattage rituel pour fournir de la viande cachère à toute la Russie.

Nous ne voyions donc de la viande (que nous recevions de Riga) que deux fois par an : avant Roch Hachana et avant Pessa'h.

Alors, quand nous sommes arrivés et avons expliqué que nous étudiions le traité « Roch Hachana », le rav Guershon nous a apporté un chofar pour que nous le voyions. Il était tout petit, tout noir. « Voilà ce qu'on appelle un chofar », nous a-t-il expliqué. Et moi, j'imaginais le chofar comme quelque chose d'énorme ! « Mais je ne sonne pas du chofar moi-même, a dit Reb Guershon. Si quelqu'un veut essayer, allez-y ! » Sans savoir moi-même pourquoi, j'ai tendu la main vers le chofar : « Laissez-moi essayer ! » Je l'ai pris, l'ai porté à ma bouche et, soudain, des sons se sont fait entendre. J'avais réussi ! Alors Reb Guershon a dit : « Eh bien, c'est toi qui sonneras ! »

Dès mon arrivée chez Piatigorski, j'ai remarqué ce chofar dans la vitrine. Je reste là, à le regarder, mais je n'ose pas le demander… Et soudain, Piatigorski me dit : « Je vois que tu aimerais avoir le chofar ? Prends-le. Nous partons bientôt, et tu auras besoin d'un chofar pour sonner à Roch Hachana. »

Ce Roch Hachana-là, j'ai sonné du chofar à la maison, comme je l'avais compris d'après ce que j'avais étudié dans le traité « Roch Hachana ». Plusieurs familles étaient invitées chez nous : les Koulvianski, les Zilberstein et une autre famille. Six mois plus tard, nous avons reçu l'autorisation de quitter le pays. Or, il s'est avéré que le chofar de la synagogue n'était pas cachère. Au moment de notre départ, Sacha Iline, un trompettiste professionnel, m'a donc demandé : « Ton chofar est le seul chofar cachère de tout Moscou. Laisse-le donc ici. » Il m'était très difficile de me séparer de ce chofar…

Quant aux simanim de Roch Hachana, nous n'avions que des pommes et du miel. À Moscou, à l'époque, il était tout simplement impensable de se procurer des grenades ou des dattes.

Léa : Israël est allé à la synagogue pour Yom Kippour et y est resté toute la journée. Il a passé la nuit tout près, avec un groupe de jeunes.  Mais auparavant, il nous était arrivé une histoire très étonnante, un véritable miracle. Nous nous préparions à Yom Kippour dans la précipitation. Une famille était aussi chez nous pour le repas précédant Yom Kippour : le mari devait aller à la synagogue avec Israël, tandis que sa femme restait chez nous. Bref, c'est la course, l'agitation, je lave les enfants, je cours entre la chambre et la salle de bains… Et soudain,  on frappe  à la porte.

R.I. J'étais déjà debout, en manteau, avec mon tallit dessous. Je m'apprêtais à partir, car il fallait une heure pour aller à la synagogue.

Léa : nous regardons par le judas et nous voyons un inconnu. En uniforme.

R.I. J'étais là à me demander si je devais ouvrir ou non. Finalement, je me suis dit que, puisque nous avions une mezouza, il ne nous arriverait rien de grave.

Léa : nous avons ouvert, il traverse le salon et s'assied, dos au mur. Or, c'était précisément dans l'armoire contre ce mur que se trouvaient tous nos objets religieux juifs : les sidourim, les chandeliers, etc. Il ne s'est pas retourné, n'a rien vu. Puis il s'est mis à poser des questions : comment allez-vous, est-ce que tout va bien, personne ne vous fait de mal… vous n'avez pas de problèmes avec les voisins…

R.I. À ce moment-là, cela faisait déjà assez longtemps que je ne travaillais plus. Je me suis dit qu'il allait maintenant me demander où je travaillais, etc. Mais il n'a posé aucune question de ce genre.

Léa : J'ai bien sûr répondu que tout allait bien, car j'avais tout simplement peur d'ouvrir la bouche… Il a posé encore quelques questions du même genre (il est resté en tout environ cinq minutes), puis il s'est levé et a dit : « Voici ma carte de visite. Je suis le major Iakovlev. Si vous avez des problèmes, des questions, des plaintes, adressez-vous à moi. » Puis il est parti.

Nous nous sommes dit que c'était tout simplement le prophète Élie. Peu de temps auparavant, beaucoup de nos connaissances avaient subi des perquisitions. On leur avait pris leurs livres et, chez certains, le vin maison qu'ils préparaient pour Pessa'h… Nous aussi, nous faisions du vin de raisins secs.

R.I. Et en 85, on procédait encore à des arrestations. C'était vraiment une période très sombre : un dirigeant mourait, un autre prenait sa place… Ce n'est qu'en 86 qu'un vent nouveau a commencé à souffler, et en 87, les portes ont commencé à s'ouvrir. Mais en 85, on avait encore très peur. Alors, dès qu'il est parti, je me suis aussitôt rendu à la synagogue. C'était déjà un véritable Yom Kippour. En Israël, tout se passe autrement : on « jette à l'eau » la personne d'emblée. Cela peut parfois être pour elle un choc si violent qu'elle a du mal à s'en remettre. Ce cheminement progressif a donc été pour nous un grand 'hessed du Créateur.

Je racontais tout à Yanika, ma fille aînée. Tout ce que je découvrais, tout ce qui se passait, nous le partagions avec elle. Elle avait alors 6-7 ans. Quand elle est entrée à l'école, cela a été toute une histoire. Nous voulions déjà qu'elle n'aille pas à l'école le Chabbat. Il fallait donc obtenir un certificat d'un médecin… Et en plus, une enfant avec un prénom aussi inhabituel…

Léa : Je suis allée voir une neurologue et je lui ai dit : « Vous savez, elle est très fatiguée en fin de semaine. À tel point qu'elle n'a plus du tout la force d'aller à l'école. » La neurologue m'a répondu avec beaucoup de compréhension : « Vous savez, cela arrive. » Et elle m'a donné un certificat valable six mois. Quand j'ai remis ce certificat à l'enseignante responsable de sa classe, celle-ci s'est montrée très sceptique. Elle voyait Yanika et n'observait aucun signe de fatigue chez elle à la fin de la semaine. Yanika n'est pas venue un Chabbat, puis un autre… Le troisième vendredi, elle a téléphoné : « La petite viendra-t-elle à l'école demain ? » Je réponds : « Non, elle est fatiguée… » – « Pourquoi ? Elle ne montre aucun signe de fatigue… » Et elle a ainsi téléphoné chaque vendredi, pendant six mois. Il fallait tenir bon. Elle soupçonnait sûrement quelque chose, même si elle ne disait rien.

R.I. Dans sa classe, on a commencé à l'appeler « l'étrangère »…

Arriviez-vous à célébrer Souccot d'une manière ou d'une autre ?

R.I. À la synagogue, non. Je suis allé voir Éliyahou Essass et lui ai dit que je voulais construire une soucca. Mais, d'un autre côté, il y avait déjà une soucca à la synagogue. Il m'a répondu que, si je voulais en construire une, c'était une mitsva (sans être une obligation) de construire sa propre soucca.

Léa : Nous étions déjà en 86. Baroukh, le fils de personnes que nous connaissions, vivait non loin de chez nous et venait pour les Chabbats et les fêtes. Il avait 19 ans et avait été le premier de sa famille à commencer à pratiquer. Dans sa famille, on n'acceptait pas tout cela, et il venait donc chez nous chaque Chabbat. Alors, tous les deux ont décidé de construire une soucca.  Nous vivions dans le quartier de Kountsevo. Non loin de chez nous, il y avait un grand et beau parc boisé, et derrière, les datchas du gouvernement. Il y avait aussi une base militaire à proximité. C'est précisément là, à la lisière de la forêt, entre la base et les datchas, qu'ils ont décidé de construire une soucca. C'était l'endroit le mieux protégé : à la base militaire, on pouvait penser que cette  construction appartenait aux datchas du gouvernement, et les gens des datchas pouvaient penser qu'il s'agissait d'une installation militaire.

R.I. La soucca avait été construite planche par planche, puis recouverte de papier peint blanc. Elle était toute lumineuse. C'était particulièrement beau quand la neige tombait dessus. Pour le sekhakh, nous avons utilisé les mauvaises herbes que nous avions coupées en dégageant l'emplacement de la soucca.  Un autre problème était l'eau : il fallait de l'eau pour la nétilat yadaïm. Or, il n'y avait pas d'érouv. Il fallait donc apporter à l'avance la nourriture et tout le reste. Qu'avons-nous imaginé ? Nous avons enterré dans le sol de la soucca une boîte en métal, dans laquelle nous avons mis à l'avance du pain, du miel et des pommes pour pouvoir faire un repas. Quant à l'eau, nous la prenions à une source qui se trouvait au pied de la montagne, à une trentaine de mètres.  Nous n'avions pas l'intention de construire la soucca dans un endroit aussi « dangereux » ; nous cherchions simplement un endroit offrant les meilleures conditions pour passer Souccot.

Les familles qui étaient venues chez nous pour Roch Hachana sont aussi venues pour Souccot. La soucca était assez grande, tout le monde a pu y tenir.

Nous nous sommes tous assis ensemble et avons commencé à chanter des chants juifs. Nous chantions si fort qu'on les entendait jusque sur la base militaire. Nous avons chanté ainsi toute la semaine. Le dernier jour, à Chemini Atséret, nous avons terminé le repas, récité le birkat hamazon et entendu un bruissement. Nous nous sommes éloignés de la soucca et avons aperçu des soldats en vestes matelassées qui s'approchaient furtivement de nous pour voir ce qui se passait là, dans cette soucca. L'un de nos compagnons a voulu retourner défendre la soucca. Mais nous lui avons dit qu'il valait mieux partir : de toute façon, le temps de la soucca était fini… Nous sommes donc partis sans savoir ce qu'elle était devenue. Plus tard, un jour de semaine, j'ai emmené Yanika et nous sommes allés à la soucca. Je pensais qu'ils l'avaient sûrement détruite. Mais il s'est avéré qu'ils n'avaient presque rien abîmé : ils avaient seulement arraché une affiche sur laquelle étaient dessinés un étrog et un loulav. J'ai tout remis en place et, par la suite, nous sommes revenus rendre visite à notre soucca.

Et au mois d'Adar, quand nous avons reçu l'autorisation de quitter le pays, nous sommes allés à la soucca et avons découvert que des oiseaux y avaient construit leurs nids. Il y avait un tel concert de gazouillis !

D'une manière générale, si seulement on comprenait que tout ce qu'on fait finit par faire partie de l'histoire… C'était une aide incroyable du Ciel.

- Aujourd'hui, bien des années plus tard, on le voit clairement.

R. I. Oui.

L. Quand les enfants voient la messirout néfech de leurs parents et y prennent part, cela a un grand impact sur leur éducation.

R.I. Ce n'est pas seulement de la messirout néfech : c'est précisément l'expression de l'amour de ce qu'on fait. Quand l'enfant voit à quel point cela compte pour ses parents… L'enfant, lui, ne se soucie pas de savoir comment il vivra, ce qu'il mangera demain. D'une manière générale, la vie en Israël soumet les gens à de rudes épreuves : ici, on s'inquiète beaucoup de la façon de gagner sa vie, etc. Là-bas, nous n'avions pas ces soucis. C'est donc justement le fait d'avoir commencé à pratiquer là-bas, progressivement, qui nous a permis de continuer ici.

Et ici, justement, comment cela s'est-il passé ? Comment se sont déroulées les premières fêtes ?

- Cela a été un choc. Nous étions invités chez des gens et nous avons senti que l'esprit des fêtes était différent ici. En Russie, il fallait faire des efforts pour créer quelque chose à partir de rien. Ici, tout est prêt. On peut aller tout acheter dans un magasin. Nous avons compris qu'il valait mieux passer les fêtes chez nous. Chacun développe sa propre approche de chaque fête. Chacun la célèbre de la manière qu'il a élaborée. Et le cadre choisi par quelqu'un d'autre peut ne pas vous convenir. Globalement, la transition a été très difficile. En Union soviétique non plus, ce n'était pas facile. Mais là-bas, nous étions portés par un tel enthousiasme et un tel romantisme, et les questions matérielles n'étaient pas aussi lourdes qu'ici. Là-bas, personne ne parlait d'argent. Nous vivions très, très modestement. Il arrivait que nous ne sachions pas quoi acheter : des pommes de terre ou du riz. Mais tout cela restait au second plan. Nous passions toujours beaucoup de temps à faire des activités avec les enfants ; pour les fêtes, je leur fabriquais des costumes, etc. En arrivant ici, j'ai continué. Je voulais qu'ils entrent dans le monde de la Torah en sentant que leurs parents participaient à la fête avec eux. Qu'ils n'aient pas le sentiment qu'il y avait quelque chose à part pour les enfants et quelque chose à part pour les parents. C'est une affaire commune. Par exemple, les enfants nous aidaient beaucoup pour Souccot : ils confectionnaient les décorations. Toute la soucca était décorée de leurs créations : il n'y avait rien d'acheté ni de tout prêt.  Les filles voyaient que leur père faisait tout de ses propres mains et prenaient exemple sur lui.

- Vous pensez que c'est précisément de cette façon qu'on peut transmettre aux enfants l'importance de la fête, la joie de la fête ?

L. Quand on s'investit soi-même, qu'ils y participent et qu'ils s'investissent eux aussi.

R.I. Celui qui entre dans le monde de la Torah sans y avoir grandi doit lui-même s'imprégner des fêtes : en s'y préparant, en étudiant leurs détails, tout ce qui les compose.

L. Pour les fêtes, nous invitions constamment des gens chez nous : ceux que nous connaissions déjà de Moscou et de la datcha, ainsi que d'autres. Nous investissions tant dans la soucca, nous la décorions et l'aménagions avec tant de soin qu'elle était extraordinaire, et nous n'avions aucune envie de la quitter.  Pendant les régalim, nous allions chez le rav  Ezrahi.

Quand les enfants étaient petits, c'était physiquement difficile. Je n'allais pratiquement jamais aux offices de Roch Hachana et de Yom Kippour. En revanche, Yanika y allait. À notre arrivée, elle avait déjà dix ou onze ans ; elle y allait donc et connaissait toutes les prières. Quand les enfants ont grandi et que j'ai commencé à y aller moi aussi, Yanika « m'apprenait » : elle me montrait où se trouvait chaque prière, etc. Bien sûr,  quand je priais à la maison, je sentais que je passais à côté de quelque chose, que j'étais un peu éloignée de la communauté. Mais je comprenais que c'était ce qui m'était demandé à ce moment-là. Un jour, alors que je priais, j'ai soudain entendu Rachel, qui avait cinq ans : elle était montée sur le rebord de la fenêtre et parlait à son amie. À l'époque, nos fenêtres n'avaient pas de barreaux. J'ai dû m'interrompre et courir vers elle. Elle était assise, les jambes dans le vide, en train de parler. Et nous habitions au troisième étage.  Cela m'a appris à ne pas envier les personnes qui se trouvent à la synagogue.

R.I. En outre, le cours pour femmes que nous donnons depuis déjà vingt ans, baroukh Hachem, apportait à Léa une nourriture spirituelle. Sans cette nourriture, c'est tout simplement impossible. Les filles aussi écoutaient ces cours.

L. Ces dernières années, nous invitons nos enfants chez nous, à tour de rôle. Parfois, nous invitons seulement les petits-enfants. Par exemple, la fille de Yanika : elle a déjà quatorze ans.

- Une femme a beaucoup de choses différentes à faire, surtout pendant les fêtes. Elle doit cuisiner, faire le ménage, recevoir les invités, occuper les enfants, et encore trouver le temps de prier elle-même. À votre avis, sur quoi faut-il se concentrer, qu'est-ce qui est le plus important ?

- J'ai toujours essayé de faire en sorte que tout le monde se sente bien (elle rit). Je voulais que tout soit déjà prêt quand les autres arrivaient. Pour ne pas les faire attendre, même au détriment de ma propre prière. C'est en effet la fonction principale de la femme : faire en sorte que tout le monde se sente bien. Il y a tellement de choses à faire, et il est impossible de tout faire à temps. Si l'on essaie de tout faire, on finit par se sentir complètement anéantie. Il faut donc se calmer et comprendre que sa tâche principale, c'est la maison. Et à la maison, il faut faire en sorte que ce soit la fête. Cela dépend de la femme : que tout le monde soit de bonne humeur, que la table soit joliment dressée, que chacun arrive et voie que la fête a commencé. En même temps, on peut parler au Créateur à tout moment. Mieux vaut réciter le minimum de prières, ou prier plus tard : tout le monde sera ainsi content. Il y aura une atmosphère de fête à la maison.

J'ai connu un moment décisif. C'était Sim'hat Torah, et nous avions beaucoup d'invités. Voilà que tout le monde est parti à la synagogue (les filles avaient déjà grandi et y sont allées aussi), tandis que je suis restée seule à la maison : je devais tout préparer pour le repas. Des pensées me sont venues : « Voilà, ils sont tous partis, ils m'ont laissée seule à la maison… » Et soudain, j'entends quelque chose s'effondrer dans la cuisine. L'évier s'était effondré. Au début, cela a été tout simplement « la goutte d'eau qui fait déborder le vase ». Puis, soudain, j'ai senti que je devais changer mon regard sur tout cela. Il fallait prendre les choses plus calmement –  oui, je suis la personne qui porte la responsabilité de tout. Préparer à manger, dresser la table, préparer la fête. C'est une « fonction » très importante et honorable.

Pour en savoir plus sur le parcours de la famille Levin, vous pouvez lire leur remarquable livre « Huile d'olive pure ».