Nechama Cheli

Les héroïnes du rouleau d'Esther – Esther-Hadassa

Il y a encore d'autres personnages féminins dans la Méguilat Esther. Les jeunes filles et les femmes que l'on rassemblait pour le harem d'A'hachvéroch, afin qu'il choisisse une épouse, passaient un an à recevoir toutes sortes de soins : « Six mois avec de l'huile de myrrhe et six mois avec des parfums et des onguents pour les femmes » (Esther, 2:12). Dans le Midrach (« Yalkout Chimoni », 2), il est rapp…

Zissi Skarjinskaïa

Les héroïnes du rouleau d'Esther – Esther-Hadassa

Il y a encore d'autres personnages féminins dans la Méguilat Esther.

Les jeunes filles et les femmes que l'on rassemblait pour le harem d'A'hachvéroch, afin qu'il choisisse une épouse, passaient un an à recevoir toutes sortes de soins : « Six mois avec de l'huile de myrrhe et six mois avec des parfums et des onguents pour les femmes » (Esther, 2:12). Le Midrach (« Yalkout Chimoni », 2) rapporte que beaucoup de gens cherchaient à envoyer leurs filles au harem dans l'espoir que le roi les choisisse. Chaque jeune fille estimait savoir parfaitement ce dont elle avait besoin pour charmer le roi : « Tout ce qu'elle demandait lui était donné, afin qu'elle (puisse) l'emporter en passant de la maison des femmes à la maison du roi » (ibid., 13). Mais aucune ne devina ce qui plaisait à A'hachvéroch, ni en matière de tenues ni de cadeaux.

Nous trouvons ici aussi un conseil important. Il arrive que mari et femme aient des points de vue différents sur ce qui est beau.

Elle aime une chose ; elle estime, par exemple, que le rose lui va bien. Son mari, lui, ne supporte pas le rose, et encore moins de voir sa femme en rose. Mieux vaut ne pas prendre de risque et se renseigner sur les goûts de votre mari.

Et l'on trouve aussi dans la Méguilat Esther, ou plus précisément dans le « Midrach Rabba » (9:4), le récit de Haman qui, après avoir préparé l'arbre, alla voir ce que faisait Mordekhaï et le trouva assis au beit hamidrach. Autour de Mordekhaï étaient assis des garçons, ses élèves, vêtus de toile de sac, qui étudiaient la Torah et pleuraient. Haman les compta : ils étaient 1000 (ou 12000, ou 22000). Il ordonna de les enchaîner et posta des gardes, ayant décidé que, le lendemain, il pendrait d'abord les enfants, puis Mordekhaï. Leurs mamans venaient leur apporter à manger. Elles leur demandaient : mangez, pour ne pas mourir de faim avant d'être pendus demain ! Mais les enfants glissaient une petite main dans le livre saint qu'ils étudiaient et juraient par la vie de Mordekhaï qu'ils ne mangeraient pas et mourraient en jeûnant. Alors les mères pleuraient avec leurs enfants. Leurs pleurs montaient de plus en plus haut, jusqu'à ce que le Très-Haut les entende. L'Éternel passa du trône du Jugement au trône de la Miséricorde et demanda : « Quelle est cette voix puissante que J'entends, semblable à celle des chevreaux et des agneaux ? » Moché Rabbénou se présenta devant le Très-Haut et dit : ce ne sont pas des chevreaux et des agneaux, mais les petits de Ton peuple, qui en sont à leur troisième jour de jeûne, et que l'ennemi veut tuer demain comme des chevreaux et des agneaux.

À cette heure même, le Très-Haut prit la sentence qui les condamnait, scellée d'un sceau d'argile, brisa celui-ci et déchira la sentence.

Il en ressort que les mères, qui jeûnaient elles-mêmes, ont puisé dans leurs dernières forces pour aller apporter à manger à leurs enfants. Elles savaient que le peuple entier était en danger, mais n'imaginaient pas que Haman commencerait par leurs enfants. Et maintenant que leurs enfants sont en danger, ces mamans juives veulent offrir une dernière fois à leurs petits qui étudient la Torah au moins du pain et de l'eau. D-ieu merci, nos enfants ne sont pas en danger, et nous pouvons les accueillir à leur retour du beit hamidrach et leur donner des gourmandises, afin qu'ils sentent à quel point leur étude de la Torah est importante pour nous.

Nous en arrivons enfin à Esther.

Esther-Hadassa. La seule dans tout le Tanakh à avoir reçu à la fois le 'hen et le 'hessed — la faveur et la bienveillance (Esther, 2:17) — du Roi. Le 'hen ne dépend pas des actions de la personne ; il n'est accordé que par le Très-Haut. Le « Manot Lévi » (2:15) écrit qu'Esther se conduisait avec pudeur et mangeait des aliments cachères ; c'est pourquoi le 'hen lui fut accordé. Le Maharil écrit que personne n'a jamais eu le 'hen et le 'hessed ensemble, à l'exception d'Esther ; c'est pourquoi il est écrit dans le piyout (« Ha-Adéret véha-Émouna » du rav Méchoulam ben Kalonymos) : « ha-'hen véha-'hessed lé-'Haï olamim », « la faveur et la bienveillance appartiennent à Celui qui donne vie aux mondes ». Et si Esther les possédait, ce ne fut que pour cette période. (Il est également écrit au sujet de Yossef qu'il avait « le 'hen et le 'hessed », mais seulement aux yeux de Yaakov ; aux yeux de ses frères, c'était le contraire.)

Il y a beaucoup à dire sur Esther. Par exemple, elle trouva comment dissimuler le fait qu'elle ne travaillait pas à Chabbat. Elle donna aux sept jeunes filles qui lui avaient été attribuées les noms des jours de la semaine (en allusion à la création du monde) et les répartit de telle sorte qu'une seule vienne chaque jour. Chaque jour, Esther s'occupait à un travail quelconque pour ne pas s'ennuyer (et pour que cela ne la conduise pas au péché), et six des jeunes filles la croyaient travailleuse. Le septième jour, elle se reposait, et la septième jeune fille pensait qu'elle ne faisait rien, comme il sied à une reine.

Comme l'a dit Rabbi Akiva, notre matriarche Sarah a vécu dans la droiture pendant 127 ans, tandis que son arrière-arrière… petite-fille Esther a régné sur 127 États.

Et, comme notre matriarche Rivka, Esther sait prendre ses responsabilités. Elle ordonne à tout le peuple de jeûner le premier jour de la fête de Pessa'h. Cela ne peut se faire que sur la base d'une prophétie. Rivka dit à Yaakov : « alaï», «sur moi ta malédiction, mon fils », car une prophétie avait révélé à Rivka qui recevrait les bénédictions (« Targoum Onkelos »). Et Esther dit : « tsoumou, alaï », c'est-à-dire « jeûnez, c'est sur moi que retombera la responsabilité de l'erreur », j'ai reçu une telle prophétie.

Elle sait aussi se taire et garder des secrets. Comme notre matriarche Rachel, qui ne révéla pas que c'était Léa qui se tenait sous la 'houppa à sa place, et comme Binyamin, le fils de Rachel, qui cacha à Yaakov que Yossef était vivant. D'autre part, Mordekhaï la convainc qu'il est des situations où il faut sortir de sa réserve : « Car si tu gardes le silence en un tel moment, (alors) le salut et la délivrance viendront pour les Juifs d'un autre lieu, tandis que toi et la maison de ton père (il s'agit du roi Chaoul, qui a épargné Agag) périrez » (Esther, 4:14).

Le « Sfat Emet » écrit que Pourim est une préparation à la délivrance future : « Et il me semble qu'en invitant Haman au banquet, Esther a affaibli en lui l'attribut de rigueur, comme il est écrit ensuite : “Et Haman sortit… joyeux et de bonne humeur”, cela a affaibli son arme » (Pourim 762).

Puisqu'Esther préparait un banquet en vue de la délivrance future, pour affaiblir Haman, et que chacun de nos Pourim, chacun des repas que nous préparons constitue aussi, selon le « Sfat Emet », une préparation à cette délivrance, nous avons assurément une raison de nous réjouir !

[Chaque Pourim, la maîtresse de maison juive prépare et envoie des michloa'h manot — que de joie cela apporte aux autres et à elle-même, mais il faut le faire « avec cœur » ! À toute personne qui la sollicite, la maîtresse de maison donne une pièce. Comme cela accroît la joie en ce jour lumineux ! La joie du repas de fête est en grande partie due à la maîtresse de maison ; c'est une préparation à la joie de la délivrance à venir ! — NDLR.]

Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa